
Vendredi dernier, à Figeac, j’animais le congrès des maires du Lot, avec pour grand témoin Alain Bauer. Le thème de notre échange : « Faire face au chaos mondial : les maires comme dernier rempart ». Parmi les réflexions de ce spécialiste des questions de sécurité, j’en retiens une qui m’a particulièrement frappé : notre propension à ne pas vouloir voir ce qui dérange nos certitudes.
« Ce n’est pas vrai, ce n’est pas grave et ce n’est pas moi. » Alain Bauer a depuis longtemps dénoncé ce mécanisme du déni du réel, qui consiste à nier les faits, puis à en minimiser la portée, avant d’en rejeter la responsabilité sur d’autres.
Que refusons-nous de regarder en face dans notre société ? En matière de sécurité, il nous faut distinguer la réalité des phénomènes, la manière dont nous les percevons et notre capacité collective à les reconnaître pour agir.
Le lendemain de notre rencontre, la France connaissait une nouvelle flambée de violences. Des commerces pillés, des bâtiments publics attaqués, des affrontements avec les forces de l’ordre. À Limoges, c’est l’hôtel de ville lui-même qui était ravagé par les flammes.
Ces événements donnent une résonance singulière aux propos entendus la veille. Bien sûr, il faut distinguer les revendications légitimes, les manifestations pacifiques et les violences qui ne sauraient trouver de justification dans la colère sociale. Mais il faut aussi s’interroger : comment en sommes-nous arrivés là ? Quels signes avons-nous négligés ? Quelles réalités avons-nous préféré ne pas regarder ?
Le déni n’est pas une politique. Et la lucidité n’est pas du catastrophisme.
Ce mécanisme ne concerne d’ailleurs pas seulement la délinquance. Il traverse bien des domaines de l’action publique. Combien de difficultés avons-nous préféré ignorer parce qu’elles dérangeaient nos habitudes, nos certitudes ou nos discours ? Les crises ne surviennent pas toujours sans avertissement. Encore faut-il consentir à reconnaître les signes qui les annoncent.
Les maires le savent bien. Ils sont confrontés quotidiennement à des réalités qui ne se laissent pas enfermer dans les catégories administratives ou les discours convenus. Ils entendent ce que les habitants vivent, parfois bien avant que les institutions ne consentent à le reconnaître.
C’est peut-être là une des premières vertus de la proximité : elle nous oblige à regarder le réel en face.
Mais être en première ligne ne signifie pas pouvoir tout résoudre. La sécurité demeure d’abord une responsabilité régalienne de l’État. La proximité des maires ne doit pas devenir un prétexte pour leur transférer des responsabilités sans leur donner les moyens de les exercer.
Il reste que la première condition de toute action publique est d’accepter le réel, même lorsqu’il nous dérange. On ne peut pas agir sur une réalité que l’on refuse de regarder.









