Sommes-nous de bons ancêtres ? 

The good Ancestor[1], c’est le titre du dernier ouvrage de l’essayiste australien Roman Krznaric, dont il faut espérer qu’il sera bientôt traduit en Français comme il l’a déjà été en plusieurs langues tant son message est universel et surtout bienvenu dans les temps troublés que nous vivons. Le sous-titre “Comment penser long terme dans un monde de court terme“ donne le ton. 

Roman Krznaric estime à juste titre que « nous vivons à une époque de court-termisme pathologique. Les responsables politiques voient à peine au-delà des prochaines élections ou du dernier sondage ou tweet ». Le futur est vu comme le « temps de personne », un territoire non réclamé qui est de même dépourvu d’habitants. Le philosophe estime que « la tragédie est que les générations de demain non encore nées ne peuvent rien faire contre ces colonialistes qui pillent leur futur. (…) Elles n’ont aucun droit politique de représentation, elles n’ont aucune influence dans l’urne électorale ou sur le marché. Le grand silence majoritaire des générations futures est rendu impuissant et expulsé de nos esprits. » Bien sûr, au cours des 25 dernières années, plus de 200 résolutions de l’ONU ont explicitement mentionné le bien-être des générations futures, et le pape François a proclamé que « la solidarité intergénérationnelle n’est pas optionnelle, mais une question basique de justice ». 

Roman Krznaric rappelle que l’histoire nous enseigne que rien n’est inévitable jusqu’à ce qu’il advienne. L’homme sait penser long terme, comme quand il y a environ 12.000 ans, au néolithique supérieur, un de nos ancêtres, plutôt que de manger une graine décida de l’économiser pour la planter à la saison prochaine. Nous devons étendre notre horizon de vision si nous espérons avoir une chance de relever les défis existentiels et la panne civilisationnelle à laquelle notre espèce sera confrontée rapidement. 

L’auteur propose six façons de penser à long terme. Il préconise d’abord de faire preuve d’humilité en prenant conscience de ce qu’il appelle le “temps profond“, l’insignifiance de notre existence transitoire, en relation avec le vaste temps de l’histoire cosmique, en libérant notre esprit et en regardant à la fois le passé et au-delà du temps de nos vies le futur lointain. Nous devons accepter la réalité que nos histoires personnelles, depuis la naissance jusqu’à la mort. Il rappelle utilement que toutes les réussites et tragédies de la civilisation humaine sont à peine enregistrées dans les annales du temps cosmologique. 

Ce que nous voulons transmettre

Nous devons aussi penser à ce que nous voulons transmettre. Roman Krznaric appuie son propos sur des expériences et initiatives très inspirantes comme le concept maori de whakapapa qui décrit une ligne de vie qui connecte individuellement de « qui je suis, d’où je viens et la contribution que je veux apporter » ou l’atelier “septième génération“ où les participants s’engagent dans un dialogue entre pairs, avec une personne parlant pour la génération actuelle et une autre représentant les sept générations à venir. 

Comment penser le futur ? Comme l’a souligné Yuval Harari, en 1020 c’était relativement facile de prévoir ce que serait le monde de 1050, mais en 2020 c’est presqu’impossible de savoir quelle sorte de monde nous habiterons en 2050, voire même avant cette date. Il n’y a pas un futur seul qui attend d’advenir, mais plusieurs futurs possibles à l’horizon.

L’auteur rappelle que « L’histoire humaine est pas une histoire linéaire mais un drame imprévisible plein d’acteurs, d’idées et d’événements qui peuvent façonner sa forme narrative et plier son arc. Il est utile de prendre en considération trois possibles chemins pour le futur de la civilisation qui sont à l’horizon :  la panne, la réforme et la transformation. » Bien sûr, ce livre donne des outils pour mettre en œuvre la transformation. Avec une pédagogie très efficace dans son exposé.

P.S. : Il faut savoir que cette question « sommes-nous de bons ancêtres ? » avait été posée par Jonas Salk, découvreur du vaccin contre la polio. Ce scientifique avait choisi de ne pas le faire breveter pour le laisser plus abordable aux millions de personnes en ayant besoin. Lorsqu’un chaîne de télévision lui avait demandé qui détenait le brevet, il avait répondu : « Eh bien, au peuple, je dirais. Il n’y a pas de brevet. Pourrait-on breveter le soleil ? »


[1] Roman KRZNARIC, The Good Ancestor. How to think long term in a short-term world,

Penguin Random House, 2020

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s