Chronique par temps de crise sanitaire

État-collectivités territoriales : le syndrome de l’auto-école

(Chronique parue dans Confinews le 22 avril 2020)

Tous ceux qui ont passé leur permis de conduire connaissent le principe de la double commande, qui permet au moniteur de garder la maîtrise du pilotage et de reprendre les commandes en cas de risque. La réforme constitutionnelle de 2003 a certes consacré l’organisation décentralisée de la République, il n’empêche : les préfets restent dans la position du moniteur d’auto-école en gestion de crise et le rappel peut être sévère en cas de catastrophe sanitaire. Il est hélas contre-productif dans la période inédite que nous vivons.

Le modèle de gestion de crise par les services de l’État, en direct, utilisé pour un plan Orsec, une inondation, un accident ferroviaire ou l’incendie d’une usine ne fonctionne plus quand il s’agit d’une situation complexe comme la crise actuelle qui a des dimensions sanitaires, sociales, économiques complexes sur le temps long.  On peut d’ailleurs constater que l’épreuve actuelle oblige souvent l’administration de l’État à rétropédaler après quelques coups de menton préfectoraux. Qu’on se souvienne de l’interdiction des marchés qui ne prenaient pas en compte les mesures proactives prises par les maires pour en organiser la sécurité sanitaire. Qu’on observe aussi ce qui s’est passé dans la Région Grand Est quand son président Jean Rottner dû batailler contre l’ARS et la préfecture de région pour obtenir plus de réactivité. « Il ne faut pas se priver des actions des élus locaux, qui ont une connaissance fine des territoires même si ces actions ne sont pas dans leur compétence première. L’État centralisateur n’est peut-être plus la seule réponse à apporter en cas de crise sanitaire », estime Jean Rottner qui a aussi mis en cause le fonctionnement de l’ARS : « Devant une crise d’une telle ampleur, il faut plutôt simplifier la vie des soignants pour gagner du temps et non pas la complexifier. Or, les ARS sont construites comme des administrations budgétaires et non pas comme des administrations de logique de crise sanitaire ».

Il y a dix jours, le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, président de France urbaine, a exprimé le sentiment général des élus locaux : « Il y a un hiatus incroyable entre le discours du gouvernement et ce que nous vivons. Il faut que ce gouvernement regarde les élus locaux autrement, de manière positive, et qu’il nous fasse confiance ». Le pouvoir central a tout à gagner à s’appuyer sur les maires et les élus locaux. D’abord, parce qu’ils bénéficient davantage de la confiance de nos concitoyens que les élus nationaux. Ensuite, parce que près de quarante ans après les premières lois de décentralisation, l’administration déconcentrée de l’État n’a plus les moyens humains et les ressources propres pour agir localement, quand bien même le voudrait-elle. Elle peut appuyer sur le frein, mais pas sur l’accélérateur quand il y a tant à accomplir pour faire face à une catastrophe inédite.

P.S. : Pour preuve de cette nécessaire co-production de politiques publiques entre l’État et les collectivités territoriales, on lira avec intérêt la contribution que l’Association des maires de France a adressée hier mardi 21 avril à Jean Castex pour la préparation du déconfinement : https://www.amf.asso.fr/documents-contribution-lamf-la-preparation-du-deconfinement/40073

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