Si les villes françaises s’inspiraient de la Théorie du donut…

Comment concilier transition climatique, mutation environnementale et développement local, économie du quotidien ? Pour répondre à ce défi, la ville d’Amsterdam s’est dotée au printemps dernier d’un plan stratégique inspiré par la “Théorie du donut“ modélisée par Kate Raworth à l’Institut du changement environnemental de l’Université d’Oxford*. Cette économiste propose un changement de paradigme remplaçant le cycle qui va mécaniquement de la production à la redistribution en l’envisageant à l’inverse comme le moyen de ré-allouer les ressources en vue de la satisfaction des besoins fondamentaux de l’homme tout en respectant ceux de la planète. La déclinaison de cette théorie globale à l’échelle locale par la ville d’Amsterdam montre qu’elle s’applique parfaitement aux politiques territoriales pour marier amélioration des conditions de vie et respect des écosystèmes.

Dans le donut, célèbre beignet nord-américain en force de couronne version néerlandaise, le bord intérieur constitue le plancher social (accès à l’eau potable, à la nourriture, à un logement décent, à des installations sanitaires, à l’énergie, à l’éducation, aux soins, à un revenu, à l’expression politique et à l’égalité entre les sexes). Tout individu n’ayant pas accès à ces minima vit dans le trou du donut tandis que le rebord extérieur marque la limite au-delà de laquelle les dégradations environnementales deviennent irréversibles. C’est dans cet intervalle qu’on peut agir, qu’il faut agir selon un triptyque qui allie développement économique, progrès social et transition écologique. La ville d’Amsterdam vise une économie totalement circulaire d’ici à 2050 (traitement des déchets, lutte contre le gaspillage alimentaire, constructions durables recyclables, neutralité…). Plus de 200 projets d’économie circulaire ont déjà été identifiés mais surtout la méthode repose sur une approche systémique et sur son acceptabilité sociale. Les habitants ont été consultés et une “Coalition du donut d’Amsterdam“ s’est même constituée à partir d’un réseau d’une vingtaine d’associations de quartier et de PME. Trois leviers pour agir : conduite de projet, animation des espaces de vie, développement économique en partenarial local. Pour que ça marche, tous les acteurs de la ville doivent se mobiliser et pas seulement les acteurs publics. 

Grâce à Amsterdam, l’économiste Kate Raworth est passée de la théorie à la pratique en dressant le portrait de la ville avec ses enjeux locaux, tels que le logement pour lequel la demande sociale est forte et les enjeux climatiques essentiels. Son équipe travaille aussi pour les villes américaines de Philadelphie et Portland en animant des ateliers réunissant des décideurs et des acteurs du changement dans des discussions dynamiques et stimulantes. Des portraits de ville sont réalisés, portraits publics dessinés à l’aide de cibles et de données accessibles à tous. À travers la mobilisation sociale, « ils deviennent autoportrait, rassemblant les expériences vécues des habitants, leurs valeurs, leurs espoirs et leurs craintes, leurs idées et leurs initiatives, leur propre compréhension de leurs interconnexions profondes avec le reste du monde », explique Kate Raworth. Pour Marieke van Doorninck, maire-adjointe en charge de la durabilité et de l’aménagement à Amsterdam, « Le donut ne nous fournit pas les réponses, mais une manière de regarder la réalité, de façon à éviter d’utiliser les mêmes structures auxquelles nous sommes habitués ». Cela permet surtout aux habitants, aux acteurs publics et privés, de s’accorder sur les limites à l’intérieur desquelles agir et de comprendre comment atteindre leurs objectifs. Avec une connaissance plus fine du territoire et des enjeux partagés. 

Les élus locaux français auraient intérêt à s’inspirer de la méthode d’Amsterdam pour élaborer leurs projets de territoire dans la crise que nous vivons actuellement, quand l’économie est sous respiration artificielle, les difficultés sociales progressent à bas bruit et l’urgence climatique est déclarée. Actuellement, on entend moins parler du monde d’après. Pourtant, c’est maintenant qu’il faut le penser et surtout s’y adapter pour maîtriser le destin de nos territoires. Car le monde d’après a déjà commencé. C’est maintenant.

* Le livre de Kate Raworth, “La Théorie du donut. L’économie de demain en 7 principes“, est paru en français aux éditions Plon, octobre 2018. Parution en format poche prévue en avril prochain. 

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