Bienvenue dans La France des possibles

La France des possibles. Ces maires qui réparent et qui inventent. (288 pages, 19 euros, Fayard)

Loin de la politique nationale aussi bruyante qu’impotente, des maires et élus locaux courageux retissent le tissu social et apportent des réponses efficaces pour les territoires et leurs habitants. Partout en France, et quelle que soit la dimension de leur commune, ville ou village, ces élus locaux créatifs et visionnaires relient et réparent la République. À nous, citoyens, de nous emparer de ces solutions !

Je vous propose un voyage dans cette France des possibles et des solutions créatives au quotidien. Ces élus locaux ont la volonté d’améliorer la vie et font de la politique au meilleur sens du terme, dans l’intérêt général, avec les citoyens. À échelle humaine, l’innovation sociale se construit aujourd’hui à partir des territoires : partout des projets, des initiatives et des réalisations concrètes qui ont fait leurs preuves. 

Renouer les liens de la citoyenneté locale, mieux dépenser l’argent public, éradiquer le chômage de longue durée, mobiliser contre les exclusions, passer de la désertification médicale à des territoires en santé, construire des territoires durables face à la crise climatique, réussir l’alliance entre les métropoles et la ruralité, c’est possible  ! À nous, citoyens, de découvrir ces solutions, de les comparer, de les adapter à nos territoires et d’exiger leur mise en œuvre  ! La commune n’est pas seulement un échelon administratif, elle est le dernier espace et le moteur de la démocratie vécue.

Ce livre est né de la rencontre d’Érik Orsenna et Jean Dumonteil autour d’une conviction commune : l’innovation sociale et politique se construit aujourd’hui à partir des territoires. En politique, on entend toujours l’arbre qui tombe, pas assez cette forêt qui pousse silencieusement.

Dans un contexte de défiance généralisée vis-à-vis des responsables politique, les maires sont les seuls qui restent encore aimés. Ils constituent l’armature de la République. Leurs responsabilités ont fortement évolué au cours des dernières années mais ils sont pourtant méconnus. Plus de 35.000 maires, hommes et femmes, font vivre la République au quotidien, à travers les services publics locaux, de la crèche au cimetière, de la cantine à la médiathèque. Ils portent aussi les projets de développement de leurs territoires : réseaux d’initiative publique pour l’accès à Internet, agendas 21 pour la transition énergétique, mobilité et aménagement urbain, développement économique ou touristique, politiques sociales d’inclusion.

Trente-cinq ans après les premières lois de décentralisation, la démocratie locale progresse mais devient aussi plus sophistiquée et complexe. Conseils de quartier, jurys citoyens, budgets participatifs, de nouvelles formes de démocratie de proximité s’inventent sur les territoires. Le maire notable symbolisé chez Flaubert dans Madame Bovary par le pharmacien Homais a définitivement disparu. Redevables de l’exigence démocratique, les maires du XXIème siècle raccommodent le tissu social et inventent. Si les problèmes sont globaux, plus que jamais les solutions sont locales. La preuve en allant à la rencontre de cette France des possibles.

 

France périphérique : derrière la colère du géographe…

guilluyC’est déjà un des livres de la rentrée. Il n’est pas signé par Eric Zemmour mais son titre donne le ton : Le crépuscule de la France d’en haut. L’auteur, le géographe Christophe Guilluy qui avait publié en 2014 La France périphérique (Flammarion), récidive et son nouvel ouvrage frappe par la vigueur du propos, voire la colère de l’auteur. La France d’en haut, ce sont les habitants des métropoles : “La véritable fracture oppose ceux qui bénéficient de la mondialisation et qui ont le moyens de s’en protéger et ceux qui en ont les perdants“. Pour lui, “de la même manière que la concentration de l’activité commerciale dans les hypermarchés a entraîné une disparition des petites commerces, le modèle économique mondialisé métropolitain conduit aujourd’hui à une désertification de l’emploi et des activités dans les petites villes. »

Christophe Guilluy n’hésite pas à parler de totalitarisme soft car les électeurs habitants de la France périphérique sont majoritaires dans le pays mais ont perdu le pouvoir. L’auteur stigmatise les bien pensants qui parlent du vivre-ensemble mais développent des stratégies pour éviter à leurs enfants toute mixité scolaire ou les responsables politiques qui vantent les valeurs républicaines en négociant localement avec les responsables communautaires. Le géographe constate une désaffiliation sociale des classes populaires et des banlieues.

Il faut distinguer dans ce livre entre, d’une part, le ton souvent véhément de l’auteur qui dénonce une urgence sociale et, d’autre part, les observations souvent très justes de ce chercheur qui propose de revisiter les catégories classiques pour comprendre la France. Il dénonce ainsi la typologie de l’INSEE qui divise le territoire entre zones urbaines et zones rurales. Pour Christophe Guilluy, “SI cette division permet effectivement de représenter des densités de populations et des bassins de vie, elle n’offre qu’un panorama partiel de la société populaire. La réalité urbaine des petites villes et des villes moyennes n’a rien de commun avec celle de grandes métropoles.“ On confond trop souvent la France périphérique avec la France périurbaine. Ce n’est pas seulement cela, c’est aussi la France éloignée des zones d’emplois les plus dynamiques, celle qui pose le même diagnostic sur les effets négatifs de la mondialisation. “Cette France périphérique, majoritairement populaire, pèse près de 60 % de la population. En révélant une société populaire majoritaire, le concept de « France périphérique » déconstruit le représentation dominante“, écrit le géographe qui rappelle qu’il a conçut son concept de France périphérique avec un indice de fragilité dont il présente les paramètres. Cet apport méthodologique de Christophe Guilluy pour la connaissance de l’état de la France est plus intéressant que son gros coup de colère contre la France d’en haut. Il serait dommage de ne retenir que la charge pamphlétaire et d’ignorer son travail de fond et les propositions utiles du géographe pour tous les décideurs publics.

Quelques livres pour ne pas bronzer idiot cet été

L’été et le temps de vacances, c’est l’occasion de vous plonger dans quelques livres parus récemment que vous n’avez pas eu encore le temps de lire. Voici ma sélection de livres  et mes coups de cœur :

Les clés du futur Jean StauneLES CLÉS DU FUTUR. Réinventer ensemble la société, l’économie et la science. Jean STAUNE. Éditions Plon. Préface de Jacques Attali.

Si vous devez lire un seul livre cet été, lisez Jean Staune. L’auteur nous propose de repérer les signes d’un nouveau monde qui émerge et nous donne les clés pour le comprendre. Évolutions sociales, nouvelle économie, révolution scientifique, pratiques entrepreneuriales inédites. Dans ce grand ouvrage de synthèse, toujours érudit sans être pédant, Jean Staune nous permet de comprendre les mutations que vit notre monde et exploiter les opportunités que ces changements vont engendrer. “Seul ce qui change une vision du monde est important“, écrit Jean Staune.

L’humanité vit un moment crucial que le philosophe de sciences nous permet de comprendre avec des exemples toujours pédagogiques. Ce livre est aussi un message d’optimisme. Comment être acteur de cette nouvelle civilisation ? L’auteur nous hisse à une hauteur de vue qui rend dérisoires nos polémiques à courte vue. Cet humaniste lucide ne perd pas pour autant le sens des réalités quotidiennes et montre comment le nouveau monde qui naît nous oblige à changer de lunettes.

L’auteur, philosophe des sciences, est enseignant dans le MBA du groupe HEC et expert de l’Association pour le progrès du management. Il est notamment l’auteur du best-seller Notre existence a-t-elle un sens ? (Presses de la Renaissance, 2007). 

L'Etat recomposé

L’ÉTAT RECOMPOSÉ. Sous la direction de Patrick Le Galès et Nadège Vezinat. Presses universitaires de France.

Des délégations de service à la décentralisation, de la réforme hospitalière à la modernisation de l’action publique, l’État et plus généralement la sphère publique vivent une profonde recomposition. Cet ouvrage rassemble une série d’articles qui mettent en perspective ces évolutions qui se font sous contrainte. L’ensemble dégage l’idée que l’État n’a plus le monopole de l’autorité publique. Comme l’écrit Patrick Le Galès, “Les États sont devenus plus différenciés, plus insérés dans des réseaux, des organisations transnationales, des négociations avec des groupes et des acteurs privés transnationaux“.

En s’appuyant sur des études pluridisciplinaires, ce livre traite des mutations de l’État en termes de capacité à agir, de justice sociale et de démocratie. À signaler les articles d’Émilie Biland sur la fonction publique territoriale et la réforme de l’État et de Jean-Fabien Spitz sur l’État social et la mondialisation.

Ce livre est présenté par Patrick Le Galès, politiste et sociologue, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po. Il est coordonné par Nadège Vezinat, maîtresse de conférence à l’université de Reims Champagne-Ardenne. Ont contribué à l’ouvrage Émilie Biland, Jean-Paul Domin, Patrick Le Galès, Émilien Ruiz, Jean-Fabien Spitz, Nadège Vezinat.

LE NOUVEL ÉGOÏSME TERRITORIALLE NOUVEL ÉGOÏSME TERRITORIAL. Le grand malaise des nations. Laurent Davezies. Coédition Seuil-La République des idées

Vous avez aimé La crise qui vient, alors lisez ce livre de Laurent Davezies pour comprendre les mouvements des plaques tectoniques territoriales. Les logiques redistributives entre régions riches et pauvres ne fonctionnent plus comme autrefois. Montée du régionalisme, exigence d’autonomie, voire d’indépendance… On assiste aujourd’hui à une fragmentation des nations, dans les pays industriels comme dans les pays en développement. Le modèle de cohésion territoriale est remis en cause.

Parmi ces égoïstes des régions riches, chacun risque d’être perdant, sauf peut-être les micro-États les plus riches, prévient l’économiste qui propose des solutions pour maintenir une certaine idée de la démocratie territoriale, même s’il cherche encore une théorie de la décentralisation.

Citation : “Il est fort possible que nous soyons rentrés dans l’automne de la solidarité et de la cohésion entre les territoires. C’est au moment où l’égalité territoriale dispose d’un nouveau ministère, éponyme, qu’elle va connaître un recul“.

Laurent Davezies est professeur au CNAM. Économiste du développement territorial, il a notamment publié, au Seuil, La République et ses territoires (2008) et La crise qui vient (2012).

LE PRINCIPE DÉMOCRATIE

LE PRINCIPE DÉMOCRATIE Enquête sur les nouvelles formes du politique. Albert OGIEN et Sandra LAUGIER. Éditions La Découverte. Collection Cahiers libres

De nouvelles formes d’effervescence politique sont apparues. Rassemblements et occupations, contestations des pouvoirs, mobilisations transnationales, insurrections civiles, désobéissance civile : ces mouvements expriment certes un mécontentement, un sentiment d’injustice, de colère et de désespoir. Mais ils révèlent aussi la volonté des citoyens de s’organiser pour contrôler directement ce que font leurs dirigeants. Les deux auteurs étudient, d’un double point de vue sociologique et philosophique, cette évolution.

Le livre dessine ainsi les contours de ces manières d’agir qui traduisent une nouvelle forme de vie politique et morale. Les auteurs étudient ces formes émergentes et pragmatiques du politique qui prennent la démocratie pour principe afin d’élargir la sphère du politique, le pouvoir des citoyens, les capacités de tous.

Albert Ogien est sociologue, directeur de recherches au CNRS, directeur de l’Institut Marcel-Mauss (CNRS-EHESS). Il est notamment l’auteur de L’Esprit gestionnaire (EHESS, 1995). Sandra Laugier est professeure de philosophie à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, membre de l’Institut Universitaire de France, directrice du Centre de philosophie contemporaine de la Sorbonne.

 

Deux livres pour comprendre la France vécue et la France souhaitée

La France périphérique 2On annonce déjà cet essai comme le livre politique de la rentrée. On s’en réjouira puisqu’il fait la part belle aux territoires. Dans ce livre, La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires, le géographe Christophe Guilluy brasse large. Auteur de l’Atlas de nouvelles fractures sociales (Autrement 2006), et de Fractures françaises (Champs Flammarion 2013), il nous invite, dans ce nouvel ouvrage, à changer de vision sur la France et les Français, en faisant exploser les catégories telles que les classes moyennes ou l’opposition rural-urbain. Christophe Guilluy montre l’émergence d’une “nouvelle géopolitique“, avec des populations minoritaires qui souffrent et s’enferment dans leurs villages, petites villes ou lointaines banlieues, dans “un processus de sédentarisation inéluctable“. Et l’auteur d’annoncer qu’ “à bas bruit, une contre-société est en train de naître, une contre-société qui contredit un modèle social hors-sol“. Les responsables territoriaux repéreront utilement les indicateurs de fragilité que décrit Christophe Guilluy pour définir les territoires.

Ce court essai peut se lire comme un tome 2 au livre de Laurent Davezies, La crise qui vient: la nouvelle fracture territoriale (le Seuil, 2012), puisque Christophe Guilluy tire les conséquences, notamment électorales, d’une crise économique qui révèle “une France périphérique fragile et populaire et une France des métropoles, intégrée à l’économie monde“.  L’auteur révèle “un angle mort, celui du destin des classes populaires“, travail utile de géographie politique.

Quelle France dans dix ans 1Pour ne pas se résigner à cette cohabitation, voire cette dérive des deux France, l’une mobile et métropolitaine, et l’autre assignée à relégation, je recommande la lecture d’un autre livre. C’est le rapport de France Stratégie, Quelle France dans dix ans?, signé par Jean Pisani-Ferry, commissaire général à la stratégie et à la prospective. Il ne se contente pas d’un constat alarmant, il donne des clés pour le renouveau.

Jean Pisani-Ferry est bien conscient que “c’est dans les grandes villes et autour d’elles que se structureent des écosystèmes associant responsables territoriaux et acteurs de la recherche, de l’économie et du financement“. Comme Christophe Guilluy, il constate que “la France est riche de dix à quinze métropoles dynamiques qui ont déjà pris le virage de cette économie du mouvement et sont les creusets de notre future prospérité“ mais il ajoute que “pour un pays dont le développement a longtemps misé sur les villes moyennes, il ne faut pas se cacher que cette dynamique est aussi source de traumatisme“.

Comment en sortir ? Quels changements opérer pour remettre la France au niveau qui aurait dû rester le sien ? Jean Pisani-Ferry propose une méthode. Son rapport établi avec les équipes de France Stratégie est issu d’un énorme travail d’écoute des experts, des décideurs et de la société dans ses diverses composantes qui a duré plus d’un an. Chaque chapitre se conclut par des propositions de réformes, des objectifs et une méthode pour les atteindre. Il n’oppose pas. Au contraire, il propose de relier, d’emboîter, de faire système. C’est passionnant et on comprend comment les politiques publiques territoriales peuvent être au coeur de la formidable adaptation dont la France a besoin. Reste maintenant à passer à l’action pour ne pas désespérer la France périphérique.

La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires, Éditions Flammarion, 192 pages, 18 euros. ISBN : 978-2-08-131257-9

Quelle France dans dix ans ? Éditions Fayard. Collection Témoignages/Doc/Actu. 360 pages. 18 euros. ISBN : 9782213681719 

 

Lire la ville aujourd’hui

 

lireÀ la veille du Salon du livre de Paris et du premier tour des élections municipales, je vous propose une sélection de publications récentes sur les villes et le fait urbain particulièrement novatrices.

LA GUERRE DES VILLES A DÉJÀ COMMENCÉ. Derrière ce titre martial, la Nouvelle Revue Géopolitique propose un dossier passionnant sur le fait urbain. il s’agit plutôt de voir ce qui assure la réussite des villes mondiales, les “global cities“ comme Paris, Londres, Hong-Kong ou Rio. À côté de villes comme Detroit qui a perdu plus de la moitié de sa population en 30 ans, de nouvelles métropoles émergent qui réunissent les centres décisionnels et économiques. “L‘attractivité d’une ville peut se mesurer grâce à un chiffre d’or, produit de trois facteurs, la puissance morale, la puissance économique et la puissance d’intégration“, écrit Laurent Vronski.

geopol

On assiste partout dans le monde à un retour des habitants vers les centres-villes et un moindre attrait pour les banlieues. Ce retour suscite de nouveaux défis d’organisation. Dans les pays émergents, la question de l’énergie devient centrale. Au sud, des métropoles émergent sans développement des campagnes et en l’absence d’une bonne gestion des externalisations négatives. Comme l’a remarqué Edward L. Glaeser, la possibilité d’importer des denrées alimentaires depuis l’étranger avantage un modèle macrocéphal autonome pour ces nouveaux ensembles urbains. Cette urbanisation des pays pauvres présente un paradoxe, la croissance de ces villes ne s’appuie plus sur le développement économique des campagnes et sur des administrations fortes.

villes

LES VILLES AU SECOURS DE L’ÉTAT. L’urbaniste Jean Haëntjens envisage la ville comme espace de solutions politiques. Dans son dernier ouvrage, Les villes au secours de l’Etat (FYP Editions),  il développe une pensée foisonnante et stimulante sur l’évolution urbaine dont il faut recommander la lecture à tous ceux qui s’intéressent à la gestion locale. L’auteur fait partie de ce courant qui place aujourd’hui la ville avant l’Etat comme espace de solutions modernes pour l’action publique. Il ne s’agit pas d’un nouveau dogme béat mais d’une analyse très étayée du fait urbain dans un monde où la population des villes ne cesse d’augmenter. “Dans l’imaginaire collectif, le projet urbain a remplacé depuis longtemps le projet de société“, constate Jean Haëntjens, “pour le citoyen lambda, le vrai choix se situe plus entre ses options résidentielles qu’entre ses options politiques.“ Pour lui, les villes sont passées d’un rôle de voitures-balai du développement à celui de “laboratoire d’innovation sociétale“. Tout le propos du livre est justement de montrer cette innovation à l’œuvre sur les territoires urbains.

Comment passer de la ville fracturée à la ville incluante ? Par des stratégies multi facteurs (mobilité, logement…) et l’auteur compare les responsables urbains à des acupuncteurs qui cherchent les points sensibles qui vont permettre de faire évoluer le système. Car il s’agit bien d’une action systémique. Dans cette ville innovante, la prise de décision est collaborative, y sont associées toutes les parties prenantes à l’économie locale et à la cohésion sociale. Dans ces systèmes urbains, on redécouvre les circuits courts, l’économie circulaire et sociale tient une place importante. Dans cette ville productrice et consommatrice, la maîtrise de la transition  énergétique est essentielle. L’auteur cite le cas  du Danemark dont le projet national “énergie 100 % renouvelable en 2050“, repose sur un partenariat qui donne une place centrale aux villes et à la décentralisation énergétique.

Partout dans le monde, c’est désormais la façon dont les territoires et les villes sont organisés et reliés qui détermine, pour partie, la capacité d’une nation à créer des richesses. L’auteur remarque que les Etats  redécouvrent actuellement l’intérêt de métropoles intermédiaires (1 à 3 millions d’habitants) qui permettent de concilier une visibilité internationale avec une échelle qui reste humaine, des prix immobiliers raisonnables et la possibilité d’une gouvernance locale fondée sur la proximité. Leçon utile pour notre pays.

smart

COMMENT RENDRE LA VILLE PLUS INTELLIGENTE ? Quand on parle de la ville aujourd’hui, elle ne peut être que “smart“.  Efficace, innovante, participative : comment rendre la ville plus intelligente ? C’est le titre d’un rapport récemment édité par l’Institut de l’entreprise. Ce rapport très pédagogique est issu de l’« Atelier de la Performance publique », commission de l’Institut présidée par Augustin de Romanet et dirigée par Julien Damon. Les démarches et services développés localement au nom de la “ville intelligente“ peuvent aider les municipalités à réduire leurs dépenses, tout en contribuant à l’amélioration de la qualité de service. Les auteurs rappellent que la smart city dépasse une gestion du service urbain historiquement organisée en silos pour privilégier une approche en réseau, dans laquelle l’utilisation des ressources numériques devient essentielle. S’appuyant sur de nombreux exemples internationaux et tenant compte des spécificités françaises, le rapport de l’Institut de l’entreprise énonce 10 propositions, illustrées par des exemples réussis, pour permettre l’avènement de véritables smart cities en France. Tout en plaidant pour l’émergence de métropoles intelligentes, ce rapport nuance cependant une approche trop idyllique de la smart city, en intégrant dans son analyse les limites inhérentes à cette dynamique. L’ouvrage s’achève de façon originale avec le programme “smart“ d’un candidat aux élections municipales de 2014 et deux courts récits de science-fiction appliqués à la smart city de 2040, scénarios de rêve et de cauchemar, écrits par Julien Damon.

maires

LA VIE RÊVÉE DES MAIRES. Pour piloter ces villes, des citoyens se présentent aux élections municipales. Devenir maire : Sacerdoce enchanté ou enfer programmé ? C’est le sous-titre du livre La vie rêvée des maires (Éditions de l’Aube)  de Bénédicte Boyer. L’auteure connaît bien son sujet et elle brosse un portrait très juste des maires de France dans la diversité de leur collectivité territoriale. Elle a mené un travail d’enquête minutieux, allant à la rencontre d’élus locaux et élues locales qui explique la réalité de leur mandat politique. “ En 30 ans de décentralisation, la fonction a évolué tout autant que le contexte et les conditions d’exercice du mandat sont de plus en plus éloignées du cliché du potetntat local en son royaume“, remarque Bénédicte Boyer. Les témoignages de maire sont éloquents : disparition des formes spontanées de respect, personnalisation de la fonction, sens de l’intérêt général.

Pour savoir si on est fait pour cette responsabilité de maire, trois mots sont proposés et résument bien les qualités nécessaires à la mission : gérer, écouter et rêver. Ce dernier mot est certainement le plus ambitieux, il invite les élus à avoir une vision pour leur territoire, la capacité à anticiper au service du développement local.

 

Je vous donne rendez-vous Porte de Versailles à Paris, au Salon du livre, vendredi 21 mars à 14 h, Stand S64,  pour une table ronde organisée avec la revue Géopolitique Africaine sur le thème « Comment s’organisera la ville africaine, métropole de demain », que j’animerai. Jean Haëntjens participera à ce débat. 

 

En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté

Ce petit livre didactique proposé par ATD Quart Monde est vraiment opportun. Les responsables des politiques sociales locales devraient s’en emparer. Il réfute tous les stéréotypes sur la pauvreté. Fraude, immigration, minimas sociaux, budget des familles, emploi, placement d’enfants…, il répond à plus de 80 idées reçues sur la pauvreté. Il démontre, chiffres et documents officiels et témoignages à l’appui, que la stigmatisation des pauvres repose non sur des faits mais sur une idéologie qui masque les véritables causes de la misère.

Ce livre est publié dans le cadre de la campagne nationale que mène ATD Quart Monde contre les préjugés sur la pauvreté. L’objectif de cette campagne est de rappeler que les personnes en situation de pauvreté subissent une double peine. Celle, évidente, de leur condition économique. Mais une autre, plus insidieuse, qui mérite d’être dénoncée : la stigmatisation permanente à laquelle elles sont confrontées.

Lors du récent congrès de l’Union nationale des CCAS, Pascal Percq, délégué à la communication d’ATD Quart Monde, a indiqué que le projet du livre était né lors de la dernière campagne électorale présidentielle où beaucoup d’idées fausses et stigmatisantes ont circulé à propos de la pauvreté. Ce livre sera assurément utile pendant la campagne des municipales et permettra de démentir les idées fausses sur les politiques sociales locales et leurs destinataires.

Les auteurs : Jean-Christophe Sarrot, journaliste au sein du Mouvement ATD Quart Monde, rédacteur notamment du mensuel Feuille de route, Bruno Tardieu, délégué national du Mouvement, et Marie-France Zimmer, membre de la Délégation nationale d’ATD Quart Monde ayant connu de près la grande pauvreté.

Co-édité par ATD Quart Monde et les Éditions de l’Atelier. 192 pages, 5 euros.

ISBN :  2-7082-4229-6

VIVEMENT 2050 ! Programme pour une économie soutenable et désirable

Non l’écologie politique et économique n’est pas triste. Changez de lunettes et lisez ce livre qui offre une bonne synthèse des travaux en cours, rapports et essais (dont il fournit d’ailleurs une abondante et utile bibliographie, une véritable bibliothèque !) sur le nouveau monde globalisé du XXIème siècle et l’économie écologique qui pourrait être mise en œuvre dans le contexte émergent. Partant des constats dressés à la Conférence Rio + 20, les auteurs sont convaincus que seuls deux scénarios sont possibles : celui de l’effondrement du système actuel sur les ruines duquel il faudra reconstruire ou celui d’un dialogue planétaire pour imaginer l’avenir que nous voulons et le mettre en oeuvre concrètement.

N’allez pas croire qu’on est en pleine utopie. Ce livre s’inscrit dans le cadre du projet de développement soutenable pour la XXIème siècle, mis en place par la Division des affaires économiques et sociales des Nations Unies. Les auteurs s’appuient d’ailleurs sur des rapports de l’ONU ou reprennent les travaux de Joseph Stiglitz pour proposer d’autres indicateurs de développement que le PIB. Ils se livrent à une description de la vie en 2050 si on met en œuvre l’économie soutenable et désirable qu’ils appellent de leurs vœux, solidaire et écologique. Tout cela mérite le détour même si vous n’êtes pas un lecteur écologiste forcené. C’est aussi l’occasion d’approfondir des concepts tels que les bonus-malus pour la fiscalité écologique ou de découvrir  des formules inusitées comme les fiducies de biens communs.

Les auteurs : Robert Costanza (Institut pour des solutions durables de l’université de Portland),  Carol Franco (Centre de recherches de Woods Hole, Massachusetts), Gar Alperovitz (département des sciences politiques de l’université du Maryland), Herman E. Daly (Ecole d’affaires publiques de l’université du Maryland), Joshua Farley (Institut de sciences économiques écologiques de l’université du Vermont), Tim Jackson (groupe de recherches « Modes de vie durables » de l’université du Surrey), Ida Kubiszewski (Institut pour des solutions durables pour l’université de Portland), Juliet Schor (département de sociologie de l’université de Boston) et Peter Victor (faculté d’études environnementales de l’université de York, Canada).

Edité par Les Petits Matins, en coédition  avec l’Institut Veblen. 332 pages, 14 euros

ISBN : 978-2-36383-085-2