Premier projet de tour d’agriculture urbaine dans le grand Paris

Ferme urbaine

C’est un projet doublement innovant porté par la municipalité de Romainville, commune de 25.000 habitants en Seine-Saint-Denis, à 3 km du périphérique parisien : construire une tour maraîchère de 1.000 m2 cultivés en étages, bâtiment exclusivement dédié à l’agriculture en pleine zone urbaine ; et financer le projet en lançant une “fondation pour l’agriculture urbaine et ses développements“. 
Cela n’a rien d’un projet fumeux. C’est le fruit d’une longue réflexion des élus locaux de Romainville qui travaillent depuis longtemps sur le développement de l’agriculture en milieu urbain. Le plan local d’urbanisme (PLU) a même été révisé en 2013 pour autoriser les constructions ou installations à usage agricole (en toiture d’immeuble ou en pleine terre) sur l’ensemble du territoire communal.

Ce projet d’exploitation agricole en ville dense est porté par la commune, l‘établissement public territorial Est Ensemble (ex communauté d’agglo) dont le siège est à Romainville et l’Office public de l’Habitat Romainville Habitat. La tour maraîchère sera d’ailleurs implantée sur une parcelle de Romainville Habitat qui a donc lancé en 2015 le concours restreint de maîtrise d’œuvre sur esquisse pour la réalisation du bâtiment. La tour maraîchère sera une structure verticale sur plusieurs niveaux avec en rez-de-chaussée un point de vente, un jardin et une serre pédagogiques. En sous-sol, seront installés une champignonnière et un laboratoire pour la germination des graines. En étage l’activité maraîchère sera faite hors sol, dans des bacs de culture sur substrat organique. Le substrat qui sera utilisé a été développé par AgroParisTech et il est testé depuis plusieurs années sur des cultures maraîchères. Il est composé de produits résiduaires organiques urbains disposés en “lasagne“ (c’est-à-dire en couches superposées) : bois raméal fragmenté (BRF), marc de café mycorhizé, compost de déchets verts. Bienvenue dans l’économie circulaire.

L’innovation n’est pas seulement agronomique. Pour réaliser ce projet estimé à 4,6 millions d’euros d’investissement et pour promouvoir une alimentation durable issue de l’agriculture urbaine, la maire, Corinne Valls, ancienne élue communiste, vice-présidente du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, a annoncé la création d’une fondation dédiée. Elle sera administrée par un conseil d’administration réunissant des acteurs publics et privés, épaulé par un comité scientifique composé des principaux partenaires financiers et techniques du projet. La tour maraîchère devrait être opérationnelle d’ici deux ans.  À la rentrée 2018, on pourra déguster les premiers légumes hors-sol de la Métropole du Grand Paris.

Illustration : la Tour maraîchère imaginée par l’équipe Ilimelgo, Secousses, Scoping, Etamine, Terr’eau ciel, Land’act, à l’issue du concours de maîtrise d’œuvre. 

Premiers signes de reprise de la commande publique locale

Marchés publicsVoici un nouvel outil pour comprendre l’évolution de la commande publique et ses premiers résultats sont instructifs. L’AdCF (Assemblée des communautés de France) et la Caisse des dépôts ont annoncé la création du “baromètre de la commande publique locale“ pour mesurer les évolutions de la commande publique, à partir de l’analyse de l’ensemble des marchés publics réalisée par la société Vecteur Plus. Ce baromètre intègre la totalité des appels d’offres passés par le secteur public (collectivités et leurs établissements ou syndicats, État, bailleurs sociaux, opérateurs et délégataires de service public). Les commanditaires du projet annoncent un « baromètre trimestriel de la commande publique locale » pour mesurer les évolutions. Pour commencer, ils ont publié une analyse très complète sur la période 2012-2015 pour fait le point sur les secteurs concernés par la baisse généralisée de la commande des collectivités.

Le baromètre prend en compte toutes les prestations (investissement et fonctionnement, travaux neufs et rénovation, services, fournitures, ingénierie) et les différents champs thématiques (bâtiment, logement, voirie, scolaire, santé-social, eau-assainissement, culture et sport, aménagements urbains, transports, déchets, numérique, communication, aménagement économique et tourisme, déchets…). Il les analyse par région (l’Ile-de-France représente 20 % du total) et types de donneurs d’ordre (plus de 40 % de la commande publique imputables au bloc communal, intercommunalité et communes).

Sur la période 2012-2015, on enregistre une baisse de la commande publique de 13 milliards d’euros, baisse aggravée en 2014 pour cause de calendrier électoral. Mais, en 2015, on mesure une légère reprise de la commande publique de 2 % en valeur. Les analystes de la Caisse des dépôts veulent y voir une inversion de tendance. Cette reprise est due au bloc communal dont les marchés sont en hausse de 8 % en 2015 alors que les départements et les régions poursuivent leur baisse (- 11 %). Pour 2015, cette reprise est tirée par l’aménagement urbain alors que d’autres secteurs, tels que le traitement des déchets ou le numérique, continuent à baisser. Il faut aussi noter que la commande publique est tirée par les marchés de fournitures et de renouvellement. En clair, il y a moins de travaux neufs mais la commande publique se maintient. Cela signifie que les décideurs locaux ne sacrifient pas la maintenance de leurs équipements. Qu’ils y soient contraints par les mises aux normes imposées ou qu’ils le décident volontairement, c’est une bonne nouvelle pour le maintien de la qualité du service public local.

Un autre rapport paru cette semaine, l’étude annuelle de Standard & Poor’s sur les tendances financières des collectivités locales françaises, montre que les collectivités vont accroître leur endettement pour investir mais qu’elles ont parallèlement amorcé un ralentissement de leurs dépenses de fonctionnement.  Elles devraient continuer à renforcer la maîtrise de leurs dépenses de fonctionnement au cours des deux prochaines années avec une hausse proche de 1,5 % en moyenne annuelle, alors que l’estimation était de 2 % d’augmentation en 2015 et la progression constatée de 3 % sur la période 2012-2014.

Les métropoles, un an après : en relation avec les autres territoires

Les métropolesAvoir un statut de métropole, c’est comme jouer en Ligue 1 au football. Question de standing pour les grandes villes de France (mises à part Paris et Aix-Marseille dont les élus entrent à reculons dans la métropolisation). C’est aussi la forme la plus intégrée d’intercommunalité et l’assurance de construire un projet de territoire qui va bien au delà de ses frontières administratives. Treize grandes agglomérations sont devenues métropoles, la plupart depuis le 1er janvier 2015 (la famille va s’agrandir puisque les élus de Nancy négocient avec l’État la transformation de leur communauté urbaine en métropole). Un an plus tard, le CNFPT a eu la bonne idée d’organiser une journée, dont j’ai animé les débats, pour faire le point sur ces transformations. Rapport avec les communes membres, et les régions, partage de compétence et mutualisation. Globalement la dynamique est enclenchée, même si ce n’est pas un long fleuve tranquille. L’enjeu principal est de réussir à construire des entités agiles et pas un étage administratif supplémentaire.

À l’intérieur des nouvelles métropoles, la relation avec les communes est assurément un sujet central. Conférence des maires, concertation permanentes entre DGS : avec sa longue expérience d’intégration intercommunale, l’Eurométropole de Strasbourg parvient à un nouvel équilibre où chaque mairie est une porte d’entrée pour la métropole. Montpellier l’a fait aussi en intégrant même ses agents au sein des mairies pour construire une culture commune. C’est plus compliqué quand les pilotages politiques entre la ville centre et la métropole sont différents comme à Grenoble. Un des axes de travail les plus importants dans la construction métropolitaine est la recherche d’efficience des services publics locaux au bénéfice de la population. Lyon, Bordeaux, Nantes sont dans cette dynamique comme la métropole de Toulouse qui accueille chaque année 15.000 habitants supplémentaires.

C’est devenu un lieu commun d’opposer la France qui gagne, celle des métropoles, à une France en déclin, qui serait celle des villes moyennes et des zones rurales. C’est oublier les problèmes sociaux et la pauvreté dans le monde urbain. La métropole a une responsabilité d’aménagement et de rééquilibrage à l’intérieur de son propre territoire. C’est surtout ignorer que les métropoles ne sont pas des citadelles et qu’elles irriguent les territoires qui leur sont proches. Ainsi, la Métropole Brest Océane expérimente actuellement un contrat de réciprocité urbain-rural avec le Pays du Centre ouest Bretagne. La plupart des métropoles participent à l’animation de pôles métropolitains, ces réseaux de villes qui appartiennent à un même bassin socio-économique. Le développement des métropoles ne se fera pas contre les autres territoires.

Premières statistiques régionales et premiers faux semblants

Statistiques régionales 1

Il fallait s’y attendre. Les changements de périmètres régionaux et la constitution de 13 grandes régions métropolitaines fait perdre aux statistiques économiques et sociales leur cohérence locale ou du moins leur lisibilité. La première publication de l’année 2016 concerne les chiffres du chômage et son augmentation en 2015. Ainsi, on est heureux d’apprendre que l’augmentation du nombre de chômeurs est inférieure à la moyenne nationale en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Mais ces résultats dus à une très grande maille territoriale ne sont pas significatifs quand on met dans le même pot commun régional les Pyrénées-Orientales et la Haute-Garonne tirée pas l’industrie aéronautique toulousaine. Que dire de l’attelage hétéroclite entre la riche Alsace et la Champagne-Ardenne en déclin.

On se souvient qu’au moment du redécoupage régional, l’INSEE avait publié à la demande du gouvernement une étude justificatrice montrant que la constitution des 13 grandes régions permettait de constituer des ensembles plus équilibrés et cohérents avec des métropoles pour locomotives, démonstration acrobatique quand on compare le Centre-Val-de-Loire sans métropole au Nord-Pas-de-Calais-Picardie ou la petite Bretagne à la grande Auvergne-Rhône-Alpes. L’INSEE nous expliquait l’intérêt que les régions ayant les populations les plus âgées fusionnent avec des régions dont le vieillissement est moins marqué (Limousin et Poitou-Charentes avec Aquitaine par exemple). De même, les structures sectorielles des valeurs ajoutées régionales se sont rapprochées. Certes, les nouveaux ensembles ont des caractéristiques démographiques plus proches mais les études statistiques régionales comparatives vont perdre leur vertu d’éclairage de la décision politique. Heureusement, les statisticiens continuent à travailler sur des études territoriales plus fines par zones d’emploi. On connaît les limites de l’exercice statistique. Liliane Bettencourt entre dans un bar et, en moyenne, tous les consommateurs sont millionnaires.

Osez l’innovation sociale dans les politiques territoriales

Innovation sociale 2
C’est dans la nuit qu’il est bon de croire à la lumière. Pour sortir du pessimisme, du conformisme ambiant sur la gestion publique locale et des tentations de repli voire d’exclusion,  je vous propose de passer par l’innovation sociale. L’Union nationale des CCAS (centres communaux et intercommunaux d’action sociale) vient d’organiser journée sur le thème “Innovation sociale et action publique locale“ que j’ai animée. C’est passionnant de comprendre comment en période de crise financière et sociale, les acteurs publics locaux ont la capacité d’innover et explore de nouvelles voies de production de leurs politiques sociales. Aujourd’hui quand on parle d’innovation, on pense plus à Apple ou Blabacar qu’à un établissement public local tel qu’un CCAS. Pourtant les innovations ne sont pas seulement technologiques. Innover, c’est injecter quelque chose de nouveau dans une politique ou un service local avec une rupture par rapport aux pratiques précédentes. Ce n’est pas forcément un ajout, un outil classique peut être utilisé de façon innovante.

Le propre de l’innovation sociale, c’est d’être un processus de rupture, ascendant et collectif. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est parfaitement adapté aux collectivités territoriales. Livrons un essai de définition de l’innovation sociale. Outre une réponse nouvelle qui implique une rupture, ce type d’innovation a obligatoirement une finalité sociale en phase avec un projet collectif et il est porté par une pluralité d’acteurs. L’innovation sociale peut commencer par une expérimentation, une phase de test. La réussite d’une innovation sociale repose ensuite sur sa diffusion, son essaimage et son impact qui va conduire à sa généralisation, voire sa reprise par les pouvoirs publics et son institutionnalisation. Sylvain Celle, chercheur à l’Institut Godin, a identifié des paramètres marqueurs d’innovation sociale : place des bénéficiaires, ancrage territorial, gouvernance, logiques d’accessibilité et de service, rupture avec l’existant et capacité de changement social.

On ne change pas la société par décret, écrivait il y a près de 40 ans le sociologue Michel Crozier mais on peut la modifier à partir des pratiques locales. La présidente de l’UNCCAS, Joëlle Martinaux, maire-adjointe de Nice, a raison d’appeler ses collègues élus locaux à une obligation d’innovation : “réussir avec moins d’argent, travailler en réseau, c’est changer de mentalité“, déclare-t-elle. Les exemples ne manquent pas dans les politiques sociales territoriales qui font de plus en plus appel à des démarches collaboratives avec les habitants eux-mêmes pour en finir avec les logiques de guichet.

La fin très relative de la clause de compétence générale des régions et départements

MillefeuilleFin décembre 2015, le gouvernement a adressé une instruction aux préfets pour l’application de la suppression de la clause de compétence générale des régions et départements. Une deuxième instruction relative à la nouvelle répartition des compétences en matière d’interventions économiques des collectivités territoriales  complétait le dispositif pour l’application de la loi NOTRe. À la lecture de ces deux circulaires, on constate que les élus régionaux et départementaux conservent de larges marges de manœuvre pour agir dans tous les domaines de compétences, tant les exceptions sont nombreuses. L’enchevêtrement des interventions ne va pas s’arrêter demain et on reste très loin des objectifs de simplification et de rationalisation recherchés. Après tout, on aurait pu s’en douter puisque puisque, fait inédit sous la Vème République, c’est la même ministre qui a défendu devant le Parlement en 2013 le rétablissement de la clause de compétence générale (supprimée par la loi RCT de 2010) puis est revenue un an et demi plus tard défendre le contraire.

Les circulaires ministérielles présentent la nouvelle répartition des compétences entre niveaux de collectivités et précise qui fait quoi : nouvelles compétences aux régions pour les transports publics non urbains et interurbains, le développement économique et l’aménagement du territoire, possibilité de reprise des ports départementaux, décentralisation des centres de ressources, d’expertise et de performance sportive (CREPS) ; spécialisation des départements sur la solidarité sociale et territoriale. Et c’est là que les exceptions abondent (interventions en faveur de l’agriculture par exemple) et qu’au titre de la solidarité territoriale, tout semble possible pour les conseils départementaux. La circulaire précise que « La solidarité territoriale des départements a vocation à s’exprimer à travers leur capacité à financer des opérations ne relevant pas strictement de leurs compétences d’attribution ». Des délégations de compétences entre niveaux de collectivités sont également possibles et la région pourra toujours déléguer au département une compétence transférée.

L’impact de la réforme est donc très limité. D’autant que l’article 104 de la loi NOTRe indique que “les compétences en matière de culture, de sport, de tourisme, de promotion des langues régionales et d’éducation populaire sont partagées entre les communes, les départements, les régions et les collectivités à statut particulier“. Le changement n’est donc pas pour maintenant, quelles que soient les velléités réformatrices affichées. Rien d’étonnant : les gastronomes, amateurs de mille-feuilles, savent bien que le plus important dans le mille-feuilles, c’est l’abondance de la crème pour lier les couches de pâte feuilletée. Bon appétit et bonne année.

Après les régionales : synergies politiques ou cohabitations territoriales

ContadictionsLa réforme territoriale impose un travail commun entre les régions, les métropoles et les départements dans les conférences territoriales de l’action publique (CTAP), les schémas régionaux désormais prescriptifs ou pour le développement économique entre métropoles et régions. En l’espace de 20 mois, depuis les élections municipales de mars 2014, toutes les assemblées locales ont été renouvelées et on pouvait espérer une cohérence politique dans le choix des électeurs sur leurs territoires. Les régionales de décembre détruisent les rêves de synergie. La concordance politique entre les assemblées locales, avec des perspectives d’unité et de mutualisation de grandes politiques publiques est pourtant un facteur d’efficacité.

Ainsi, en Centre-Val-de-Loire, l’ensemble des six conseils départementaux élus au printemps 2015, il y a seulement huit mois, sont pilotés par des présidents Les Républicains ou UDI alors que la majorité du conseil régional qui sort des urnes de décembre réunit les élus de gauche PS, Front de gauche et écologistes. Ces conseils départementaux ont développé des projets communs, tels que la centrale d’achats Approlys qui, 18 mois après sa création, compte déjà 560 collectivités membres dans la région. Dans le même temps, la région a développé sa propre centrale d’achats qui, malgré ses frais de structure, demeure embryonnaire. Cela n’est pas anecdotique quand on apprend la centrale d’achats lancée par les départements a déjà permis au moins à 34 millions d’euros d’économies pour un gain minimum de 7 %.

En Bourgogne Franche-Comté, la présidente Marie-Guite Dufay devra composer avec six présidents de département sur huit dans l’opposition. Et même dans la Bretagne de Jean-Yves le Drian, deux départements sur quatre sont dans l’opposition. Heureusement pour lui, le président ministre peut compter sur les deux métropoles bretonnes, Rennes et Brest, pilotées par des élus socialistes. Le nouveau président d’Auvergne Rhône-Alpes, Laurent Wauquier, n’aura pas cette chance et il y a fort à parier qu’il va ferrailler avec les élus socialistes des métropoles de Lyon et de Grenoble, en jouant le rural contre l’urbain. Aucune région ne fait coïncider sa carte politique entre les récents scrutins locaux, si ce n’est paradoxalement, Provence-Alpes-Côte d’Azur, où les deux métropoles d’Aix-Marseille et Nice, comme cinq conseils départementaux sur six (Les Alpes-de-Haute-Provence, PS, font exception) sont du même bord politique.

On se prend à regretter le projet mort-né des conseillers territoriaux qui avait pour ambition de simplifier le mille-feuilles territorial. Pour éviter le yo-yo électoral à quelques mois de distance, il faudrait au moins regrouper les élections locales pour éviter ces cohabitations territoriales contre-productives. En attendant, tous les élus locaux devront vivre ensemble et travailler au développement de leurs territoires pendant six ans.

Régionales : élections illisibles

Panneaux électoraux 1

Lors des dernières élections régionales de 2010, le taux d’abstention au second tour était de 49,5 %. Les enjeux régionaux mobilisent peu les électeurs et le mode de scrutin de listes par circonscriptions départementales avec représentation proportionnelle à la plus forte moyenne se combinant avec une prime majoritaire rend difficile la compréhension du système pour nos concitoyens. Ajoutez à cela les fusions de régions qui éloignent le sentiment identitaire et un rendez-vous hivernal inusité qui n’est pas dans notre biorythme électoral (le dernier précédent remonte à l’élection présidentielle de 1965), il y a fort à parier qu’encore une fois, l’abstention sera le grand vainqueur des élections.

Le contexte post-attentats peut-il susciter une mobilisation citoyenne ? Rien n’est moins sûr car l’émotion patriotique actuelle ne comble pas le fossé qui se creuse entre les Français et leurs responsables politiques. Bien sûr, la campagne électorale semblait bien dérisoire au regard des événements tragiques qu’a connus la France le 13 novembre dernier mais la tournure des débats régionaux a encore obscurci les enjeux du scrutin. Les têtes de liste aux élections régionales se sont lancées dans une surenchère sécuritaire, bien loin des compétences des assemblées régionales. Tel leader promet de financer l’armement des polices municipales, un autre de reconstruire les hôtels de police. Le fait que ces promesses soient formulées par des candidats qui sont d’anciens ministres de la République laisse pantois. On peut espérer que ces candidats à la présidence de région savent que depuis la loi NOTRe du 7 août 2015, les conseils régionaux n’ont plus de clause générale de compétence. Leurs compétences sont limitées au développement économique, à la formation professionnelle, à l’aménagement du territoire, la formation professionnelle, la gestion des lycées et les transports. Dans ce cadre, ils pourront certes financer le renforcement de la sécurité des lycées, des TER ou des entreprises classées Seveso, mais on est bien loin du cœur de métier des régions et de ce que les élus régionaux pourront faire utilement pour leurs concitoyens.

Alors que les derniers chiffres du chômage font état d’une inquiétante augmentation du nombre de demandeurs d’emploi, les propositions sur l’organisation de la formation professionnelle, le soutien aux entreprises et au tissu économique local restent inaudibles. Elles existent dans le programme de certains candidats mais font peu l’objet de débats. De même les nouvelles responsabilités des régions, issues de la réforme territoriale, pour le pilotage de plusieurs schémas d’aménagement qui seront désormais prescriptifs sont passées sous silence. Le débat démocratique est désespérément pauvre et tout effort de pédagogie, d’instruction civique, est absent. De tout cela l’autorité des institutions publiques, dont nous avons pourtant tant besoin en ces temps troublés, ne sortira pas renforcée.

Fusion de régions : l’envers du décor

Conseil régional Nord-Pas-de-CalaisPour les services des conseils régionaux des sept futures grandes régions issues de fusion, la conduite du changement des organisations s’apparente surtout à la gestion de l’incertitude. À la différence des services de l’État où l’administration est en ordre de marche avec des préfets et des directeurs préfigurateurs avec des objectifs de rationalisation clairement établis, rien de tel dans les services des conseils régionaux. Les cadres des conseils régionaux doivent se contenter d’une politique des petits pas en attendant que les futurs présidents de région s’installent et fixent avec leurs nouveaux directeurs régionaux leurs objectifs et les organisations qui y répondent.

Cela ne signifie pas que les services régionaux sont restés passifs. Depuis l’annonce des fusions, il y a quinze mois, faute de pouvoir anticiper sur les décisions des futures majorités en matière de politiques publiques et d’organigramme, les responsables administratifs ont d’abord produit des analyses comparées entre les actuelles régions en identifiant les points de convergence et les différences. On observe une grande diversité : ici une organisation en agences puissantes, là des règles de contractualisation souples avec les autres niveaux de collectivités. L’harmonisation prendra inévitablement beaucoup de temps. Les chantiers ouverts actuellement concernent surtout les services supports : moyens généraux, directions des ressources humaines et des finances, services juridiques, directions des systèmes d’information. Les équipes sont au travail pour anticiper le changement et assurer la continuité du service.

À la différence des régions dont le périmètre restera stable, où les présidents devraient être élus le 18 décembre, les élus régionaux de Champagne-Ardenne-Lorraine, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Normandie ne seront installés que le lundi 4 janvier 2016 (article L336 du code électoral). Tout doit être fait pour qu’il y ait le moins de rupture possible, à commencer par la paie du mois de janvier pour les agents qui auront pour employeur la nouvelle collectivité régionale. Toutefois, ces ajustements techniques ne constituent pas la principale crainte des agents des conseils régionaux. Beaucoup redoutent surtout en cas d’alternance politique des remises en cause profondes de certaines politiques régionales. C’est notamment le cas en région Nord-Pas-de-Calais-Picardie où les stratégies de rupture de la candidate du Front national à la présidence de région créent une réelle angoisse parmi les agents.

Finances locales : en finir avec le dialogue de sourds

Baisse des dotations

“La contrainte financière ira grandissante“ : ce sont les mots du Premier ministre, Manuel Valls, en conclusion de son intervention le 1er octobre à Lyon, aux Rencontres nationales du transport public. Le lendemain, à Bourg-en-Bresse, devant le congrès des Villes de France, sa ministre de la décentralisation, Marylise Lebranchu, qualifiait “de moment difficile à passer“ la baisse des dotations aux collectivités mais rappelait qu’elle assume complètement cette mesure et l’impopularité qui s’y attache. “Vous pouvez râler, parce que cela fait du bien. Hurler même, mais votre travail est magnifique parce que les citoyens français comptent d’abord sur vous“, ajoutait la ministre pour mettre un peu de baume au cœur des élus locaux, répétant l’exercice une semaine plus tard lors de la convention nationale de l’intercommunalité à Tours. Les ministres se succèdent en tribune des congrès d’élus locaux et la fermeté de la réponse est toujours la même pour les associations d’élus locaux qui demandent un assouplissement du calendrier des baisses et des aménagements.

Le secrétaire d’État au budget, Christian Eckert rappelle que le plan de 50 milliards de baisse de la dépense publique sera tenu jusqu’au bout et qu’il n’est pas question de revenir sur les 11 milliards de baisse qui représentent la contribution des collectivités territoriales à l’effort national. Il compte sur la réforme en cours de la DGF pour limiter la colère des élus locaux. “Subir des baisses, ce n’est jamais facile mais les subir alors que la répartition des dotations est très souvent injuste comme tout le monde le reconnaît est encore plus injuste“. D’où l’idée de sortir progressivement de la sédimentation normative, du maquis des dispositions qui s’entassent depuis des décennies et qui font que deux collectivités de même taille et de même profil peuvent connaître de grandes différences dans les dotations que leur verse l’État. Personne ne peut s’opposer à cet objectif d’équité. Dans le projet de loi de finances, le gouvernement fait un effort particulier pour les communes rurales et promet une enveloppe exceptionnelle d’un milliard d’euros pour soutenir l’investissement local. On est loin du compte si on rappelle que la baisse de la DGF, commencée en 2014, représentera d’ici 2017 un manque à gagner de 28 milliards d’euros pour les collectivités (dont 15,8 milliards pour le bloc communal) et l’Association des maires de France peut à juste titre déplorer “que la baisse des dotations de l’Etat ne soit revue ni dans son ampleur ni dans son rythme“.

Comment sortir de ce dialogue de sourds entre le gouvernement et les représentants des collectivités territoriales ? La solution passe par la création de nouveaux modes de régulation et de concertation entre le pouvoir central et les collectivités. Le Comité des finances locales ne peut à lui seul constituer ce lieu de la concertation. Le Sénat, qui estime que c’est son rôle, s’est opposé à la création d’un haut conseil des collectivités territoriales. Dans ce cas, la Haute assemblée devrait développer ses outils tels que la Délégation sénatoriale aux collectivités territoriales dont l’action a singulièrement diminué depuis que Jacqueline Gourault n’en est plus présidente. Cette Délégation sénatoriale pourrait aussi instituer un lien organique avec les associations d’élus locaux. C’est d’autant plus important qu’à partir de 2017, avec la fin du cumul des mandats, les parlementaires ne seront plus des élus locaux. Il faut aussi une loi de finances spéciale, dédiée aux finances locales, comme il en existe déjà une pour le financement de la sécurité sociale. Enfin, il faut instaurer un dialogue permanent et un climat de confiance entre les administrations centrales et les collectivités territoriales. En 2015, à l’heure du numérique il n’est plus possible de disposer aussi tardivement des simulations budgétaires pour la préparation du projet de loi de finances. Il ne devrait pas non plus être possible de décider d’une baisse de 20 % des cotisations au CNFPT sans la moindre concertation et information de ses responsables.