Etat-régions, laisse-moi t’aimer

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Quand les présidents de région imaginent l’acte 3 de la décentralisation, ils appellent à une révolution culturelle. Le président de l’Association des Régions de France, Alain Rousset, présentait cette semaine avec ses collègues présidents de conseils régionaux les propositions de l’ARF pour un acte 3 de la décentralisation . « Le temps de la décision publique est devenu plus long et plus cher parce que l’État continue à doublonner toutes les compétences des régions. Ce n’est plus possible, » déclare Alain Rousset, « nous voulons avoir la plénitude des responsabilités et du pouvoir dans les politiques que l’État a commencé à nous transférer : formation, orientation, développement et aménagement du territoire… Nous n’avons pas à nous cacher derrière quelques préfets et sous-préfets . Il faut que État et régions clarifient leurs compétences. Sans gouvernance et pilotage clair, il n’y a pas de politique publique réussie. »

Le président de l’ARF martèle ces arguments depuis longtemps. Sans vouloir faire de la France une République fédérale, la rationalité commanderait des transferts pleins et entiers de compétences. L’efficacité de l’action régionale confiée à un pouvoir démocratique de proximité n’est plus à démontrer. Mais rien de bouge : ainsi les récentes réformes de l’apprentissage confirment-elles le blocage. Le fait que toutes les régions métropolitaines soient dirigées par des majorités de gauche ne facilite pas le dialogue avec l’État. Les administrations centrales, non plus, ne veulent rien abandonner des politiques liées à l’emploi et au développement économique. Au Parti socialiste, les décentralisateurs ne sont pas non plus majoritaires. On cherchera en vain le souffle décentralisateur de 1981 dans le projet socialiste pour 2012.

En novembre dernier, Marcel Gauchet avait remis un rapport au secrétaire général du ministère de l’Intérieur sur l’État territorial à l’horizon 2025. Dans ce document, le directeur d’études à l’EHESS, parlait de la boîte noire de la décentralisation et remarquait que l’effet paradoxal de l’ »indéchiffrabilité » de l’organisation administrative décentralisée a été de redonner une nouvelle visibilité à l’administration territoriale. Marcel Gauchet déplore à juste titre que les mentalités n’aient pas suivi la décentralisation : « La réalité décentralisée de l’organisation administrative n’empêche pas la prégnance dans les esprits d’une culture politique dont l’Etat centralisé constitue la clé de voûte. La « République décentralisée » reste dans les têtes un «Etat central décentralisé» appuyé sur une administration territoriale que l’on imagine forte. Rien d’extraordinaire à cela: une tradition historique aussi séculairement enracinée ne se change pas par décret. En dépit des prérogatives qu’ils ont acquises, les élus entretiennent à leur façon cette situation. Par culture politique eux aussi, ils continuent communément de se reposer sur une attitude d’opposition et de réclamation envers l’Etat central qui ne les met pas en position de s’y substituer. Il n’entre pas dans l’idée que les titulaires des pouvoirs locaux se font de leur fonction d’appliquer les lois, comme c’est le cas dans les pays authentiquement fédéraux. Ils se bornent à les respecter, en laissant le soin de les mettre globalement en oeuvre à d’autres. » Alain Rousset a bien raison d’appeler à une révolution culturelle.

Élément d’actualité à verser au dossier. L’ancien Premier ministre, candidat virtuel à la présidentielle de 2012, Dominique de Villepin, vient de présenter son projet pour une refondation de la République. Commentant ce projet dans un entretien aux Echos , il livre sa vision du pilotage de la politique économique et industrielle de la France : « Je propose la création d’un conseil national stratégique qui chapeauterait les organes statistiques, économétriques et les organismes de soutien au commerce international, et piloterait l’ensemble des instruments de financement de l’économie (FSI, participation à la Caisse des Dépôts et Consignations, Oséo). Ce conseil se réunirait sous l’autorité du président de la République et associerait les partenaires sociaux, des parlementaires et les présidents de région. Car, dans mon esprit, les régions seraient limitées à huit en métropole, leur président élu au suffrage universel et elles se réuniraient tous les quinze jours avec le chef de l’Etat et le Premier ministre pour planifier les infrastructures et l’aménagement du territoire. » Révolution culturelle ?

Illustration : Inauguration en 2009 d’une déviation dans les Pyrénées-Atlantiques  par Alain Rousset, président du conseil régional d’Aquitaine et  Dominique Schmitt, préfet de la Région Aquitaine.

Smart grid à tous les étages

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Habituez-vous à ce nouveau vocable. Le smart grid va s’étendre à tous les domaines de gestion des services publics qui doivent être plus économes de la ressource et mobiliser l’intelligence numérique pour une meilleure attribution du service avec une mise en réseau des acteurs. Au départ, le smart grid sert à qualifier un réseau de distribution d’électricité « intelligent » qui utilise des technologies informatiques de manière à optimiser la production et la distribution et mieux mettre en relation l’offre et la demande entre les producteurs et les consommateurs d’électricité. L’objectif est clair : on économise l’énergie, on sécurise le réseau et on peut réduire les coûts. Compétitivité et lutte contre le dérèglement climatique en sortent vainqueurs.

Le smart grid repose sur un grille informatique (en anglais, grid), infrastructure virtuelle constituée d’un ensemble de ressources informatiques potentiellement partagées, distribuées, hétérogènes, délocalisées et autonomes. Il met en réseau producteurs et utilisateurs pour un meilleur ajustement de la production et de la consommation d’électricité, avec les avantages suivants : diminution des pics de consommations, intégration au réseau facilitée pour un bouquet de sources d’énergie propre, mais souvent irrégulières telles que les éoliennes, les panneaux solaires domestiques ou la petite hydraulique.

Cette logique de smart grid est désormais déclinée dans le domaine de la distribution de l’eau. Veolia Eau et Orange viennent de créer la société m2o city, opérateur de services de télérelevé de compteurs d’eau et de données environnementales. m2o city sera un opérateur spécialisé dans les services de télérelevé des compteurs d’eau et de données environnementales et pourra collecter, outre les informations issues des compteurs d’eau, celles de capteurs environnementaux répondant aux attentes des collectivités. Objectif : 5 millions de compteurs équipés dans dix ans.Cela commence par un banal relevé de compteur d’eau mais, présentant la nouvelle structure, Jean-Michel Herrewyn, directeur général de Veolia Eau a donné un aperçu des enjeux : « m2o city développe un nouveau métier, celui d’opérateur de service de télérelevé au bénéfice de la ville durable, Veolia Eau utilisera le service de télérelevé de compteurs d’eau de m2o city pour améliorer la qualité du service rendu aux consommateurs, optimiser la performance du service de l’eau et, ainsi, mieux préserver la ressource. » Outre les informations issues des compteurs d’eau, le réseau de m2o city pourra aussi récupérer des informations à caractère environnemental et développer de nouvelles applications sur le marché de la ville intelligente (smart city), où des capteurs vont collecter des informations à destination des collectivités territoriales en vue de les aider à optimiser le cadre de vie collectif et l’utilisation des ressources environnementales, dont l’eau n’est qu’un élément.

 Aujourd’hui c’est l’eau qui est concernée après l’énergie. Demain, le smart grid concernera peut-être la mobilité urbaine ou la restauration scolaire…

Boomurbs, l’aménagement constaté

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C’est un club de 54 villes périphériques qui ont connu une croissance spectaculaire. Les démographes les appellent les boomurbs, contraction des mots boom et suburbs (banlieue). L’universitaire Laurent Chalard (Paris IV Sorbonne) décrit ce phénomène dans la dernière livraison de Population & avenir (pas de version en ligne, écrire pour se procurer l’article), la revue qu’anime le démographe Gérard-François Dumont.

Ces communes ont plus que doublé leur population entre les recensements de 1975 et 2006, passant d’un total cumulé de 373.000 à 838.000 habitants. Leur situation géographique montre une relative concentration puisqu’on les trouve dans 22 départements, notamment dans les quatre régions méridionales, ce qui fait dire à Laurent Chalard que « leur répartition géographique fait penser aux effets spaciaux de la sunbelt américaine. » Ainsi l’agglomération niçoise compte sept boomurbs périurbains comme Valbonne, commune du technopole de Sophia-Antipolis, Mouans-Sartoux ou Mougins. On retrouve cette croissance héliotropique (attractivité due à l’ensoleillement) en Languedoc-Roussillon, par exemple à Cannet-en-Roussillon plébiscité par les actifs de Perpignan et par les retraités.

Plus généralement, le démographe constate que les boomurbs se concentrent dans les régions les plus dynamiques qui connaissent une forte progression de l’emploi et correspondent à un phénomène de métropolisation : 43 des 54 boomurbs se situent dans ou autour d’agglomérations de plus de 200.000 habitants (Lyon, Marseille, Nice, Toulouse, Bordeaux…). Dans l’aire urbaine de Toulouse, la commune de Tournefeuille symbolise parfaitement les boomurbs à la française. La population y a été multipliée par cinq en trente ans avec un solde migratoire très important dû aux créations d’emplois dans les zones d’activités aéronautique de Toulouse et Colomiers. Je remarque que cette urbanisation rapide s’est faite sans planification administrée, à l’inverse des villes nouvelles d’Ile-de-France. Un aménagement constaté qui pourrait bien se ralentir à Tournefeuille, et ailleurs, faute de disponibilité foncière et de lotissements à saturation. Arrivés à maturité, les boomurbs verront alors leur taux d’accroissement migratoire baisser et peut-être leur population decroître sous l’effet du vieillissement.

Une communication, deux intercommunalités

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Les Rencontres nationales Communication & intercommunalité qui se sont tenues à Evry les 30 et 31 mars à l’initiative de Cap’Com et de l’ADCF ont bien montréla singularité de cette communication publique de proximité. Dans la communication intercommunale, comme l’a expliqué Manuel Vals, président de la communauté d’agglomération Evry Centre Essonne, « il faut respecter les rythmes. » Bel euphémisme pour dire que la communication intercommunale doit veiller à respecter les identités communales et les susceptibilités des maires qui composent le conseil communautaire. L’interco progresse au rythme de son acceptation par les acteurs locaux. Tout l’enjeu, selon l’élu d’Evry qui est un communiquant chevronné, est de « construire un discours commun sur des objectifs partagés. »

Dans la mise en œuvre de cette communication, on retrouve le clivage entreune intercommunalité de service, coopération technique entre communes, etune interco de projet centrée sur la construction de l’identité du territoire. Comment concilier ces deux visions de l’intercommunalité ? La communication intercommunale doit tout simplement trouver sa place à côté des communications communales. Une enquête très instructive menée auprès des communicants intercommunaux par Cap’com et Epiceum montre que la mutualisation des services communication entre les communes etleur communauté reste très minoritaire, moins de 5 %. La coordination entre les services des collectivités et de l’EPCI est à peine plus développée et reste souvent informelle. D’où parfois une concurrence stérile et un message brouillé pour les habitants.

À l’heure de la réforme territoriale et de la généralisation de l’intercommunalité, la clarification des enjeux est pourtant vitale. Le principal enseignement que je retiens des débats d’Evry est que l’habitant doit rester au centre du dispositif, qu’il s’agisse de la communication de service, qui va montrer l’utilité de l’intercommunalité dans la vie quotidienne (environnement, transports…) ou d’une communication plus politique (projet de territoire, pédagogie civique…) indispensable pour expliquer aux citoyens la nouvelle organisation territoriale. La communication trouvera sa cohérence en développant des messages sur ces deux formes d’intercommunalité. On constate en ce moment une forte volonté de rendre plus visible l’intercommunalité. Cela passe par une meilleure information de tous les acteurs du territoire en commençant pas les élus de base que sont les conseillers municipaux des communes membres. Ces fantassins de la démocratie locale constituent des relais d’opinion qui ne sont pas assez mobilisés. Bien informés, ils peuvent devenir les meilleurs messagers de l’intercommunalité.

La méthode Grenelle pour la gouvernance du sport

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La ministre des Sports, Chantal Jouanno, n’oublie pas tout ce qu’elle a appris au ministère de l’Écologie, quand elle était secrétaire d’État auprès de Jean-Louis Borloo et mettait en œuvre le Grenelle de l’environnement. Hier, à Paris, elle installait l’Assemblée du sport. Cette assemblée est composée de cinq collèges qui représentent l’État, les collectivités territoriales, les entreprises, le mouvement sportif, et une partie de la société civile. Cela ressemble furieusement aux collèges du Grenelle de l’environnement avec sa gouvernance à cinq réunissant l’ensemble des parties prenantes.

La ministre a-t-elle importé la méthode du Grenelle pour la gouvernance des politiques sportives ? J’ai posé la question à Chantal Jouanno. Réponse : « Très clairement, oui, j’importe la méthode de la démocratie participative parce que, comme l’écologie, le sport est une question de société. On n’est pas dans un domaine purement régalien. Sur ces enjeux de société, il faut arriver à se mettre d’accord par delà les clivages. Je ne crois qu’à la co-construction pour régler les enjeux de société, des enjeux face auxquels nous avons l’humilité de n’avoir aucune certitude quant aux réponses à apporter. » Ceux qui ont goûté à la méthode Grenelle ne peuvent plus s’en passer. Chantal Jouanno explique : « Personne ne domine l’autre, personne ne peut imposer ses idées à l’autre, personne ne peut refuser le consensus. » Jusqu’au mois de juin, l’Assemblée du sport va travailler sur des propositions et à partir de septembre, il faudra passer aux actions et à la mise en place d’outils d’évaluation.

Les associations d’élus locaux sont très présentes dans le nouveau dispositif. Denis Merville, maire de Sainneville (Seine-Maritime) vice-président de l’AMF, et Safia Otokoré, vice-présidente du conseil régional de Bourgogne pour l’ARF, ont dit ce qu’ils attendent de cette Assemblée du sport, la représentante des régions étant plus circonspecte et inquiète de l’évolution des finances régionales à mobiliser pour le sport. Plusieurs élus, habitués des « comop » du Grenelle de l’environnement, étaient également présents pour le lancement de l’Assemblée du sport comme Michel Destot, maire de Grenoble, et Serge Grouard, maire d’Orléans. Un des collèges (sport sain et éthique) est présidé par Valérie Fourneyron, députée-maire de Rouen, mais aussi médecin du sport, spécialiste des problèmes du dopage.

 

Éloge de la démocratie

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À une voix près. Michel Moine, maire d’Aubusson, conseiller général de la Creuse, a été battu au 2ème tour de l’élection cantonale par une voix de différence avec son challenger : 1416 voix d’un côté contre 1417 de l’autre. Commentaire de l’élu battu: « c’est la démocratie ». Deux leçons de cette histoire creusoise. D’abord, la maturité politique de l’élu qui est capable de s’incliner devant ce résultat et qui félicite aussitôt celui qui l’a coiffé au poteau. Sur son blog, le message du maire d’Aubusson est sans ambigüité : « La majorité se définissant par 50 % + 1 voix a minima, c’est donc lui qui est élu. Je l’en félicite. » Faisons lui le crédit d’avoir la même force de caractère lors d’un scrutin plus important. Respect.

Deuxième leçon: ce cas concret vaut mieux que tous les commentaires sur l’abstention pour prouver l’utilité de la participation à toute consultation électorale. Chaque électeur est responsable du résultat de l’élection. Chaque abstentionniste est comptable du score. On a besoin de cas limites comme celui d’Aubusson pour en prendre conscience. Pour lutter contre l’abstention, faut-il rendre le vote obligatoire, prendre en compte les bulletins blancs? Le débat qui a resurgi au lendemain d’une élection marquée par une abstention record est traditionnel, incantatoire et pour tout dire inutile. Il y a une règle du jeu dans notre pacte républicain, le droit de vote s’adresse à des citoyens libres qui ont un devoir moral et une responsabilité politique à exercer. Il faut respecter cette règle du jeu et, tout simplement, la faire mieux connaître et partager. Les citoyens veulent être mieux écoutés. Ils veulent agir sur le réel. Mesdames, messieurs les électeurs, avant de passer aux travaux pratiques de la démocratie participative, commencez d’abord par voter.

Dernier commentaire à propos de l’abstention. Entre les deux tours des cantonales, on a pu entendre certains responsables politiques nationaux prôner l’abstention en cas de présence d’un candidat du Front national au deuxième tour. C’est proprement scandaleux. On ne s’abstient pas. Votez blanc ou nul, mais votez. Et faites connaître la leçon aubussonnaise. En mai 2012, pour l’élection présidentielle puis en juin pour les élections législatives, chaque voix comptera.

La décentralisation contre le tout nucléaire

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Le nucléaire prospère dans les États centralisés et les énergies alternatives dans les pays décentralisés. C’est l’analyse d’Alain Rousset, président de l’ARF (Association des régions de France) qui l’a écrit dans un courrier au Premier ministre, François Fillon: « L’examen des modèles énergétiques des grands pays industrialisés montre que l’énergie nucléaire est particulièrement développée dans les pays de tradition centralisée avec un État fort qui a longtemps dirigé ou pèse encore fortement sur la politique industrielle (France, Suède, Royaume-Uni, Japon ou encore Chine). A contrario, les énergies renouvelables sont nettement plus développées dans les États fortement décentralisés dont le modèle économique repose sur un tissu de PME dynamiques (Allemagne, Espagne, Italie) ».

Actuellement, seulement 7% de l’énergie produite en France provient d’une source d’origine renouvelable. Pour rattraper ce retard, le Gouvernement s’est engagé, dans le cadre du Grenelle de l’environnement à atteindre 20% en 2020. Le président de l’ARF propose au Gouvernement de s’appuyer sur les régions. Or, début 2011, « un véritable coup d’arrêt vient d’être porté à la filière photovoltaïque, estime Alain Rousset. Le nouveau cadre réglementaire publié le 5 mars est en effet décrié par l’ensemble des acteurs du secteur alors même que beaucoup de projets étaient en cours. » Pour le président de l’ARF, les régions ont un rôle majeur à jouer à l’instar des Länder allemands ou des communautés autonomes espagnoles, avec une approche de bouquet énergétique.

Ainsi, Ségolène Royal, présidente de la Région Poitou-Charentes, a annoncé la création d’une SEM régionale  »d’ici l’été », doté d’un plan d’investissement permettant d’atteindre 1000 MW en 2020.  »Cela va favoriser la fabrication française de panneaux et stabiliser le prix de l’énergie produite, en le rapprochant du prix du marché », selon elle. Les crédits du Plan énergie solaire régional, lancé en 2009 seront  »mobilisés pour financer les premiers projets de la SEM », a-t-elle ajouté. Ce plan est doté de 400 millions d’euros sur 2009-2012. Poitou-Charentes complète ainsi son dispositif après la création d’une SPL (société publique locale) qui accueillera à Châtellerault un pôle d’entreprises éco-industrielles de la filière photovoltaïque.

Médiateur de la République : l’adieu aux armes

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Hier lundi, conférence de presse chez le Médiateur de la République, rue Saint-Florentin. Jean-Paul Delevoye a remis son rapport le matin même au Président de la République. Dernier rapport du Médiateur : dans quelques semaines, il cédera la place au Défenseur des droits, nouvelle institution qui regroupera les services du Médiateur de la République, du Défenseur des enfants, de la Commission nationale de déontologie de la sécurité et de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde).Commentant cet ultime rapport, Jean-Paul Delevoye, Médiateur depuis 2004, ne cache pas son inquiétude sur la société française, «une société en archipel, fragmentée où les clivages politiques ne sont même plus opérants».

À un an de l’élection présidentielle, Jean-Paul Delevoye délivre un message d’alerte : «En 1995 on avait le thème de la fracture sociale, en 2002 le thème de la sécurité, pour 2012 on est au carrefour : le vivre ensemble ou le chacun pour soi ? Le goût des autres ou le coût des autres ? Le racisme de l’assiette ? Les gens ne croient plus au destin collectif de la France mais ils croient en leur bonheur individuel et à leur épanouissement. Cela doit alerter les décideurs politiques et j’ai tenté de le faire dans mon rapport». Il faut écouter ce que le Médiateur nous dit sur la société française, ses peurs, ses désillusions, sa grande fatigue. Verbatim.

Le citoyen abandonné. «Plus de 700.000 contacts dans l’année et un sentiment d’isolement et d’impuissance. Les gens se sentent des pots de terre contre un pot de fer. Un sentiment nouveau est apparu cette année, sentiment d’injustice : « quand je fais partie de la classe moyenne, je paie tout et je n’ai droit à rien, on ne m’écoute pas et est-ce que les puissants ne bénéficient pas d’une sorte d’impunité ?Est-ce que les gens du système ne sont pas mieux protégés que les autres ? » Ce sentiment est en train de monter dans les dossiers que nous avons. Sentiment aussi d’incompréhension de la personne handicapée parce qu’elle a un euro d’intérêt sur son compte bancaire et se voit supprimer une aide. Sentiment aussi de colère, parce que l’informatique a bon dos quand un dossier est égaré ou qu’un paiement prend du retard. Nos concitoyens ne comprennent pas : dans le service public, le service au public, l’intendance doit suivre. Nous avons aussi alerté le Président de la République que le regard vis à vis de la loi a changé. Les gens nous disent : « il y a trop de lois à réaction ; est-ce que la loi sensée protéger le faible continue à le faire ? » 40 % des gens que nous avons interrogés se sentent abandonnés. Ils sont prêts à voter même pour quelqu’un qui ne respectent pas les valeurs parlementaires, au nom de l’efficacité.»

Redonner du sens à la citoyenneté. «Il y a aujourd’hui un vrai besoin de redonner du sens à l’action publique, de redonner du sens à la citoyenneté. Le recul de la citoyenneté pose des risques majeurs, parfois des risques générationnels quand des jeunes se demandent pourquoi payer la dette et la retraite des ancienset préfèrent se débrouillerchacun pour soi. On peut redonner le goût de la citoyenneté, tout simplement en revisitant les équations de la République. Un tiers des Français expriment un rejet des administrations, non pas parce qu’ils ne les aiment pas mais parce qu’ils n’y croient plus, c’est le chômeur qui ne croit plus au stage qu’on lui propose pour retrouver un emploi, c’est l’écolier qui ne croit pas à l’école pour lui offrir une chance dans la vie. Cela est directement lié à la panne de l’ascenseur social. Nous devons être attentifs pour qu’on passe de la gestion d’un dossier à la culture de l’écoute et de l’accompagnement de la personne pour l’aider à surmonter une difficulté. Il ne faut pas se réfugier derrière les nouvelles technologies déshumanisées « tapez un, tapez deux, tapez trois… ». La déshumanisation des rapports humains est catastrophique. La dimension comptable l’a trop emporté sur le sens. C’est bien de compter, d’évaluer mais il faut savoir quel est le sens de l’action, de la mission et du service public.Il faut aussi retrouver le sens de la responsabilité, ne pas se protéger derrière le prétexte du principe de précaution, du respect des procédures.»

Trop de lois à réaction. «Les textes de loi sont tellement empilés que les administrations elles mêmes ont du mal à les digérer. Les textes sont souvent remis en cause et cela crée des traumatismes comme avec la règle du jeu changeante sur la filière photovoltaïque. Quelquefois des lois ne sont pas appliquées, ou bien l’application est compliquée et dans les faits n’existe pas. « Comme parent d’handicapé, j’ai droit à un auxiliaire de vie mais dans les faits le poste n’existe pas ». Les gens ne comprennent pas cette espèce de confusion ou d’illusion de la loi. Ils nous disent qu’il faut arrêter ces lois à réaction, revenir à moins de lois mais des lois mieux appliquées.»

La fatigue des fonctionnaires. «Nous avons été très frappés par le besoin de sens exprimé par les fonctionnaires. Ils comprennent bien que leurs administrations doivent changer, mais s’il y a moins de moyens, il faudrait aussi peut-être moins de missions. La dictature du chiffre et du court terme devient insupportable. Il faut revisiter les objectifs et les missions du service public, être fier du métier qu’on fait. Aujourd’hui, la perte de sens, la non visibilité de la mission crée une souffrance aux fonctionnaires.»

La décentralisation incomprise. «La société est devenue mobile. On change de métier, on change de conjoint, on change de département et on s’aperçoit que selon les collectivités, les aides ne sont pas de même nature – c’est d’ailleurs le principe même de la décentralisation – mais cela peut créer des incompréhensions, voire des traumatismes, notamment quand il s’agit de mobilité pour les enfants handicapés dont les transports ne sont pas pris en charge de la même façon selon les conseils généraux.»

À l’issue de cette conférence de presse, je demande à Jean-Paul Delevoye comment le métier de Médiateur a changé en sept ans. Ce qui le frappe le plus aujourd’hui, c’est la circulation toujours plus rapide de l’information et l’apparition de nouvelles formes d’interventions. La plateforme Internet qu’il a créée «Le Médiateur et vous» est devenue en quelques mois un espace collaboratif très actif. Des communautés d’internautes se créent sur des thèmes particuliers pour faire des propositions et rechercher des solutions avec les pouvoirs publics. Pour dénoncer aussi. Par exemple, alors qu’un préfet répondait qu’il avait résolu un problème de file d’attente, les internautes ont envoyé immédiatement sur le site des photos qui démentaient son propos. Alors, il y a aussi des raisons d’espérer dans l’ultime message du Médiateur de la République. Pourquoi pas de nouvelles formes de démocratie participative dans la médiation, des modes collaboratifs innovants de citoyenneté ? Bienvenue au futur Défenseur des droits.

Interdit de parler au chauffeur

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Première mondiale à La Rochelle. Le chef-lieu de Charente-Maritime (communauté d’agglomération de 146.000 hab.) expérimente pendant quatre mois le Cybergo, une navette électrique autonome, sans conducteur, roulant jusqu’à 18 km/h, entre la médiathèque et l’université. Il s’agit d’un véhicule électrique robotisé spécialement conçu pour le transport automatique de personnes en ville. Ce mode de transport développé par la société française Induct peut accueillir jusqu’à huit passagers. Cybergo est un complément des transports en commun traditionnels (métro, tramway…). Il est dédié aux derniers kilomètres à partir d’une gare, aux centres villes piétonniers, aux campus universitaires, etc.

Ce véhicule est équipé de capteurs dont des télémètres laser et des caméras ainsi que d’un ensemble de fonctions qui lui permettent de se déplacer en totale autonomie et en toute sécurité, sans aucun équipement d’infrastructure spécifique (la réglementation actuelle en impose l’usage sur des voies réservées). Le système informatique de gestion et de surveillance permet de contrôler la mise en œuvre d’un nombre variable de véhicules en fonction de la demande.

Seul problème, le Cybergo est interdit de circulation sur la voie publique, le code de la route imposant « un conducteur à tout véhicule sur la voie publique. » Le véhicule ne peut donc circuler pour l’instant que sur des terrains privés, comme des campus universitaires. La législation devra s’adapter à l’innovation technologique.

Crédibilité et ambivalence de la communication publique locale

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La deuxième édition du Baromètre CSA-Epiceum* sur la communication publique locale est riche d’enseignements. Les Français utilisent et apprécient les publications des collectivités locales et ils font massivement confiance à la communication de leur mairie, loin devant les autres institutions, et particulièrement de l’Etat qui enregistre malheureusement et toujours des scores négatifs. Les responsables territoriaux se réjouiront de ces résultats mais, au-delà des chiffres, l’enquête et les commentaires qui en ont été faits lors de sa présentation révèlent l’ambivalence de cette communication et les attentes de nos concitoyens.

Les citoyens sont exigeants. Ils plébiscitent la qualité des outils de communication dans leur valeur d’usage et en redemandent. Ils utilisent massivement le bulletin municipal et s’approprient de plus en plus les sites Internet et les applications mobiles. La communication sur les services dispensés par la collectivité est essentielle et elle fonctionne de mieux en mieux. Les responsables corporate de l’Institut CSA comparent cela à l’évolution de la communication des entreprises, observant un chassé croisé entre des entreprises privées qui communiquent aujourd’hui davantage sur leur responsabilité sociale, leur engagement dans la cité et des collectivités locales qui communiquent de plus en plus sur leurs services. Cette information utile a aujourd’hui atteint l’âge da maturité, tous les responsables territoriaux sont attentifs à la qualité de cette communication service, ça marche et c’est apprécié.

L’ambition démocratique de la communication publique locale reste l’autre versant de la communication publique locale. Il faut rendre compte aux habitants des actions menées et les associer aux projets. Pour Christian de la Gueronnière, directeur d’Epiceum, la question principale est la crédibilité de cette information, la confiance qu’elle renforce entre les citoyens et les responsables : « la question de la valeur est essentielle ». À cet égard, les habitants attendent que leurs élus locaux, et leur maire en particulier,  communiquent à mi-mandat et rendent compte de l’état d’avancement de leurs engagements (90 % de réponses positives). Nos concitoyens ont toujours de fortes attentes d’information sur les politiques locales. À l’heure où la confiance envers les institutions est fragile, les collectivités locales bénéficient d’un bonus mais elles ont une responsabilité énorme pour affermir le pacte démocratique.

* Depuis 2009, l’Institut d’études CSA et Epiceum (ex agence IDcommunes) proposent une étude de référence barométrique sur la communication publique locale en partenariat avec Cap’Com. Il s’agit d’un sondage par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de 1004 Français. Administré tous les deux ans, ce baromètre rend compte à la fois de l’évolution de l’opinion des Français sur des aspects généraux de la communication territoriale (intérêt, audience, et efficacité des supports, image, etc.) tout en mesurant les nouvelles attentes liées à l’actualité.

Résultats complets de l’étude sur demande à cletellier@epiceum.com