Vive le lobby de l’eau

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On critique souvent le lobbying mais il existe de bons lobbys. Connaissez-vous Gérard Payen ? Président d’AQUAFED, Fédération internationale des opérateurs privés de services d’eau, il est aussi membre du conseil pour l’eau et l’assainissement du Secrétariat général des Nations-Unies. Cet ingénieur des ponts et chaussées, ancien président-directeur général du pôle eau de la Lyonnaise des eaux devenue Suez Environnement, n’a de cesse de transformer le droit à l’eau, en un droit concret et universellement reconnu. Comme il l’explique dans une tribune parue le 3 janvier dans le Figaro, l’ONU vient de donner au droit à l’eau et à l’assainissement un fondement juridique en droit international en déclarant qu’il fait partie du « droit à un niveau de vie suffisant » reconnu par plusieurs traités internationaux relatifs aux droits de l’homme.

Nos débats français sur la gestion déléguée du service de l’eau et de l’assainissement sont trop souvent plombés par des postures idéologiques. La France a développé une filière industrielle qui a donné naissance à de grands champions mondiaux dans le traitement et la distribution de l’eau. Leur légitimité est fondée surleur savoir-faire et sur les technologies issues des travaux de leurs équipes de recherche. Il faut avoir visité les laboratoires de ces grands groupes pour mesurer le niveau d’expertise de ces professionnels de l’eau. Même quand le service de l’eau et de l’assainissement est assuré en régie directe par la collectivité, on fait appel  aux entreprises et à leurs filiales d’ingénierie. Ce secteur économique y trouve son équilibre, quels que soient les modes de gestion choisis en fonction des circonstances, des histoires locales et des particularités des territoires.

L’ONU  fixe donc une nouvelle règle du jeu : « l’eau doit être potable, accessible, disponible, d’un coût abordable et fournie sans discrimination aucune. Le droit à l’eau ne réclame pas la gratuité de l’eau, mais le caractère abordable de son coût pour chacun, ce qui peut être assuré par des politiques tarifaires ou fiscales adaptées aux revenus des ménages, » explique Gérard Payen. « Elles peuvent aller jusqu’à la gratuité de l’eau pour les plus démunis. Dans la même résolution, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a clos les polémiques sur la compatibilité du travail des entreprises privées avec le droit à l’eau potable. Il confirme officiellement que les pouvoirs publics ont toute latitude de mobiliser des opérateurs privés, publics ou des ONG pour la mise en œuvre du service public de l’eau potable. »

(illustration FreeBirD®)

Le CELVE de Tourcoing pour faire vivre la laïcité au quotidien

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« C’est la première fois qu’une municipalité ose dépasser les fausses polémiques et inaugure quelque chose de nouveau, une laïcité appliquée, c’est à dire qui part du terrain. » Ainsi, Rachid Benzine, professeur à l’IEP d’Aix en Provence et chercheur associé à l’Observatoire des religions juge-t-il l’initiative de la municipalité de Tourcoing. Depuis fin novembre, cette commune du Nord, de près de 92 000 habitants où les moins de 25 ans représentent 39% de la population totale, les personnes de plus de 60 ans 16,6% (la moyenne nationale est de 20,6), où la proportion d’étrangers est de 9% de la population, s’est dotée  d’un conseil extra municipal de la Laïcité et du Vivre Ensemble (CELVE).

Unique en France, cette instance singulière a pour vocation d’analyser et de conseiller la ville sur les enjeux de la laïcité et du vivre ensemble dans les lieux de vie sociale et collective de la commune. Formée de représentants des différents cultes – quatre catholiques, quatre musulmans et deux protestants –, de membres d’associations laïques, de la société civile et d’élus municipaux, elle devra veiller à éviter les discriminations et le repli communautaire. Dans un entretien au quotidien La Croix, Michel-François Delannoy, maire (PS) de Tourcoing, explique que « La dimension spirituelle façonnera la ville de demain. » Pour lui, « les habitants de Tourcoing, comme des grandes villes en France et en Europe, sont de cultures différentes et font des choix spirituels divers. Cette diversité est une promesse de richesses, mais elle présente aussi un risque de repli ou de conflit. Pour éviter cela, on doit veiller à préserver ce qui nous rassemble : les valeurs de la laïcité, dont le CELVE devra faire la promotion. On ne dispose pas au niveau d’une ville de tous les leviers pour lutter contre l’intolérance et les discriminations. Mais cet échelon local, qui bénéficie d’une légitimité forte, permet de trouver des solutions aux problèmes. »

Dans une tribune publiée dans le Monde le 29 décembre, le maire Michel-François Delannoy et Houari Bouissa, conseiller municipal délégué à la laïcité et au vivre ensemble expliquent les objectifs qu’ils assignent au CELVE : « Son rôle est de répondre aux questions très concrètes qui se posent au quotidien. Faut-il accéder à la demande des Tourquennois musulmans qui réclament de la viande halal dans les restaurants scolaires de la ville ? Doit-on organiser les cimetières en fonction des confessions ? Quelle place accorder aux nouvelles religiosités, notamment les courants évangélistes ? » Les élus de Tourcoing rappellent le sens de leur démarche : « Une ville ne peut évidemment, à elle seule, infléchir des tendances à l’intolérance, aux discriminations, au repli communautaire. Néanmoins, nous sommes persuadés que l’échelon local, grâce à une légitimité préservée qui doit beaucoup à sa proximité avec ses administrés, est à même d’élaborer des propositions qui renforcent le vivre ensemble. »

 

La médecine en réseau

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J’étais récemment à Caen pour animer une journée sur les conséquences de la loi HPST, Hôpital, patients, santé et territoires, à l’initiative de l’ANFH Basse-Normandie. Objectifs : comprendre les différentes composantes de l’organisation sanitaire, sociale et médico-sociale, comprendre la réforme et ses conséquences pour la gestion interne des établissements, intégrer les modifications de l’offre de soins sanitaire et médico-sociale. C’était l’occasion de mesurer comment les acteurs de la santé vivent la mutation du système hospitalier et plus généralement de la gouvernance de la santé en France, au lendemain de la loi Bachelot.  L’enjeu de la réforme est clairement de sortir du tout hospitalier, d’abord pour essayer de maîtriser les dépenses de santé, ensuite pour prendre en compte les évolutions thérapeutiques, télémédecine, hospitalisation à domicile. Bernard Tirel, enseignant chercheur à l’EHESP, l’Ecole des hautes études de santé publique de Rennes, a très bien expliqué l’évolution des établissements de santé en quarante ans. Que reste-t-il de la notion de service public hospitalier ? Au delà de l’hébergement, « on est passé d’une mission organique à des missions fonctionnelles », résume l’enseignant de l’Ecole de Rennes. Au centre du dispositif, se trouve l’agence régionale de santé qui organise et régule l’offre de soins et, dans l’hôpital, le directeur, fonctionnaire en charge d’une politique nationale qui a des comptes à rendre sur l’exécution de cette politique. Autour de l’hôpital, s’organise l’accès aux soins. Représentants du personnel et syndicalistes hospitaliers vivent mal cette réforme qui, pour eux, déstabilise l’organisation du travail et qui leur apparaît comme un avatar sanitaire de la RGPP avec ses réductions d’effectifs.

Les hauts fonctionnaires hospitaliers, les médecins mais aussi les responsables du secteur médico-social, ont en revanche bien intégré les logiques de la loi HPST, son fonctionnement contractuel, ses appels à projet, le nouveau rôle de chacun, professionnels de santé, patients et leurs représentants, élus locaux. La loi HPST encourage les coopérations de santé. C’est le concept des territoires de santé et des filières de prise en charge, avec l’émergence de coordinations entre collectivités territoriales et structures sanitaires, sociales et médico-sociales. Les frontières s’estompent entre les deux secteurs, hospitalier et médico-social. La médecine générale, organisée dans des pôles de santé ou des maisons de santé, retrouve de nouvelles missions. Sur le terrain, on voit bien qu’un paysage inédit se dessine, avec de nouvelles complémentarités qui s’organisent. Les communautés hospitalières de territoire (CHT) ne sont pas seulement des syndications hospitalières. L’hôpital se fait plaque tournante d’une nouvelle organisation des acteurs de santé. Les initiatives de groupement de coopération sanitaire en télésanté, en santé publique, en prévention, par filières sectorielles, augurent bien de cette médecine en réseau qui se déploie sur les territoires.

Illustration : Formation sur une station portable de télémédecine (source CNES)

Congrès des maires : le bonheur de servir

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Impressionnant congrès des maires dont le succès se confirme année après année. Autrefois, les maires venaient au congrès deux ou trois fois durant leur mandat. Désormais, ils sont présents chaque année et assidus aux débats qui se succèdent dans le grand auditorium pendant les trois jours. Se pressant en début de congrès pour écouter le Président de la République, ou tout aussi attentifs et participatifs, le dernier jour, pour parler aménagement numérique des territoires, du 23 au 25 novembre, les maires et présidents de communautés ont abordé toutes les difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leurs mandats : contraintes sur les finances locales, précarité sociale et nouvelles pauvretés, réorganisation des services publics. Ils ont fait le point avec les ministres et représentants des administrations centrales sur les réformes en cours et notamment la réforme territoriale qui va généraliser l’intercommunalité d’ici 2014.

Représentants de petites communes ou élus des métropoles, maires de l’Hexagone et des outre-mers, quelles que soient leurs opinions politiques,  ils ont tous en commun l’intérêt du bien public local dont ils et elles sont comptables devant les électeurs. Les responsables de l’Association des maires de France m’avaient fait l’honneur d’animer les débats en plénière de ce 93ème congrès et j’ai pu mesurer cette alchimie démocratique, quand près de 6.000 participants aux débats, d’opinions contrastées, parviennent à se parler à la tribune et dans la salle, à s’écouter, à confronter leurs idées, à apporter leurs témoignages et à formuler des propositions. Tout cela est possible grâce au respect  mutuel que se témoignent ces élus. Les responsables de l’AMF, et leur président Jacques Pélissard en tête, savent bien que l’autorité et la légitimité de l’AMF tiennent à sa représentativité et à la diversité de ses membres, mais aussi à la capacité d’émettre une parole forte et parfois solennelle comme l’a fait le congrès dans sa résolution générale, demandant à l’Etat de garantir aux communes et aux intercommunalités les moyens de leur action, l’AMF s’affirmant comme un partenaire responsable et exigeant afin que l’action publique locale soit toujours en mesure de répondre aux attentes et besoins de nos concitoyens, dans la complémentarité de l’action nationale.

Le dernier jour du congrès, un face-à-face, un peu décalé, invitait le philosophe, André Comte-Sponville, et le politologue, historien des idées, Alain-Gérard Slama, à débattre du  thème « le bonheur d’être maire ». Pour le politologue, auteur de La société d’indifférence, « les élus locaux sont les derniers responsables politiques à qui les citoyens font encore confiance, à l’heure du relativisme et de l’à-quoi-bonisme ». Pour le philosophe, André Comte-Sponville, auteur d’un Petit traité des grandes vertus, « ce qui fait le bonheur, ce n’est pas ce qu’on a, ce n’est même pas ce qu’on est, c’est ce qu’on fait ; être maire, c’est le bonheur d’agir ». Un bon résumé de l’action de tous ces élus, fantassins de la démocratie qui trouvent le bonheur dans l’action, même si le bonheur est souvent… rugueux dans la vie quotidienne municipale.

Châteauroux district

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Ici commence le monde fini. Hier, les Américains avaient installé, ici, la plus importante base logistique européenne de L’OTAN de 1951 à 1967. Aujourd’hui, ici, l’Europe des compagnies aériennes utilise l’ex-base de l’OTAN devenue l’aéroport Marcel Dassault, comme centre de formation pour  ses pilotes et de maintenance pour ses avions. Demain, ici, les Chinois travailleront sur une plate-forme de coopération économique appelée Châteauroux Business District qui, selon Jean-François Mayet, sénateur maire UMP de la ville, « va générer dans un premier temps 500 millions d’euros d’investissements chinois et la création de 4 000 emplois directs, dont 80% français »,.

Le magazine L’Usine nouvelle explique qu’au lendemain de la visite du président chinois Hu Jintao en France, les projets se sont concrétisés. Châteauroux devient le symbole de la présence chinoise en France. Une quarantaine d’entreprises chinoises sont concernées par une première vague de projets.

C’est énorme et les élus régionaux socialistes, au premier desquels Michel Sapin, ancien président de la Région Centre, modèrent l’enthousiasme du maire de Châteauroux. Si personne ne peut prédire avec certitude le nombre d’emplois créés, il est certain en revanche, que les Chinois, comme les Américains hier, ont bien compris la position stratégique de Châteauroux et vont utiliser la plateforme aéroportuaire pour en faire une base avancée pour leurs exportations, un hub logistique en Europe, mais aussi y créer des ateliers d’assemblage sur des produits à haute valeur ajoutée. Après les  GI’S et le rêve américain des sixties, la capitale du Berry devient la porte de l’Orient. Mieux que la gare de Perpignan dont Salvador Dali avait fait le centre du monde, l’aéroport de Châteauroux symbolise le nouvel équilibre planétaire.

L’hôpital soigne sa relation avec l’usager

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En quelques années, l’hôpital public a fait un bon qualitatif impressionnant au profit de ses usagers que sont les malades hospitalisés. Dernière initiative en date : la DGOS (Direction générale de l’offre de soins) du ministère de la Santé a lancé la généralisation d’un indicateur de mesure de la satisfaction des patients hospitalisés auprès des 1300 établissements de santé, publics et privés, ayant une activité de médecine chirurgie obstétrique (MCO).

Sur la base d’un questionnaire national, la démarche reposera dès 2011 sur une enquête téléphonique réalisée 15 jours après la sortie de la personne prise en charge en hospitalisation complète. 
Les entretiens téléphoniques de l’enquête seront réalisés par un institut de sondage sélectionné par l’établissement de santé. Les données seront ensuite traitées par l’agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH). Les réponses au questionnaire permettront de construire un indicateur synthétique de mesure de la satisfaction des patients hospitalisés, qui a été validé par le projet COMPAQH (coordination pour la mesure de la performance et l’amélioration de la qualité hospitalière). D’ores et déjà, cet indicateur est considéré comme fiable, robuste et pertinent : il s’agit du premier indicateur de résultats parmi l’ensemble des indicateurs de qualité et de sécurité des soins existants. Cet indicateur peut être décliné en plusieurs composantes associées à la prise en charge du patient : le niveau d’information délivrée, la communication avec les professionnels de santé, l’attitude et le comportement de ces derniers, la commodité de la chambre, les prestations de restauration proposées, etc.

Le choix des composantes de l’indicateur pour cette mesure de la satisfaction de l’usager est instructif. L’hôpital ne se contente plus de la qualité technique des soins mais insiste sur la qualité de la relation entre les professionnels hospitaliers et les personnes hospitalisées. C’est une évolution considérable qui s’inscrit dans la suite de la charte patient hospitalisé qu’avait instauré Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé. Les autres services publics trouveraient avantage à suivre l’exemple du secteur hospitalier. La qualité technique de  la réponse de ne suffit plus, encore faut-il qu’elle soit perçue et acceptée par l’usager.

La génération Y, invitée du Cercle du Secteur Public

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Le Cercle du Secteur Public organisait, hier soir, à Paris dans les salons du Cercle républicain, les Ateliers du sens, avec l’Association des administrateurs territoriaux de France. Thème retenu : le management de la génération Y avec deux invités intervenants : Julien Pouget, fondateur de La Génération Y.com, auteur de Recruter et manager la génération Y (Ed. Vuibert), et Olivier Fécherolle, directeur général Europe de Viadeo, directeur général fondateur de Keljob. La génération Y désigne les enfants de baby-boomers qui constituaient eux-mêmes la génération X. Nés avec la culture du numérique, ces jeunes de la génération Y ont de nouveaux rapports au travail, au lien social. Comment mieux les connaître et les intégrer, notamment dans les administrations ? Adeptes des réseaux sociaux, des jeux de rôles, développant de nouveaux rapports à l’autorité, ils arrivent sur le marché du travail et dans les structures professionnelles avec des attentes nouvelles.

Cette génération Y est la génération de l’instant. « Ils veulent tout, tout de suite », explique très bien Julien Pouget. Génération mondialisée, fille d’Erasmus et des voyages low-cost, elle ne connaît pas de limites de frontières. Cette génération a un rapport différent au travail. Les Y travaillent avec leur chef, plus que pour leur chef. Il faut savoir gagner leur confiance. C’est une génération qui a besoin de sens, qui veut savoir pourquoi elle travaille. On l’a d’ailleurs souvent baptisé la génération Why. C’est aussi la génération de l’émotion, avec des jeunes qui n’hésitent pas à faire part de leurs émotions dans la vie professionnelle contrairement aux générations précédentes.

La génération Y vit le monde du travail à l’horizontal. Elle préfère les réseaux sociaux, le travail collaboratif aux rapports hiérarchiques traditionnels. Pour Olivier Fécherolle, le réseau porte en soi un certain nombre de valeurs comme la transparence, « il place l’individu au centre d’un éco-système avec une information très personnalisée. » À l’heure des réseaux sociaux, et surtout d’un réseau social professionnel comme Viadeo, l’e-réputation devient capitale : « mon meilleur actif, c’est moi, chacun fait en ligne son propre marketing, » explique le responsable de Viadeo. Les réseaux bouleversent les organisations. L’enjeu est bien, pour les employeurs publics comme pour les entreprises, de savoir intégrer ces nouveaux acteurs avec leurs codes, leurs valeurs et leurs engagements.

Les conditions du dialogue Etat-Collectivités territoriales

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La Délégation aux collectivités territoriales du Sénat, que présidait Alain Lambert (UMP, Orne) jusqu’à sa nomination la semaine dernière à la Cour des comptes, fait un travail de déminage très positif dans les relations entre l’Etat et les collectivités territoriales. Sa dernière séance  portait sur le fonctionnement des instances de dialogue entre l’État et les collectivités territoriales, de la Conférence nationale des exécutifs (CNE) au Comité des finances locales, en passant par la Conférence nationale des finances publiques (CNFP) et autres comités.

Des responsables d’associations d’élus locaux ont été auditionnés par les sénateurs. Pour Alain Rousset, président de l’ARF (Association des régions de France), le problème vient de notre organisation administrative : « notre pays est bâti sur un modèle jacobin avec des corps d’État qui se défendent aujourd’hui face à la décentralisation et qui ont peur de perdre une part de leur existence professionnelle. » Pour lui, « la CNE n’est qu’un lieu de discours où il n’y a pas de dialogue. Chacun y vient pour dire son texte, on n’y discute pas du fond. Il y a une espèce d’autisme du Gouvernement et de l’État, comme si le dialogue pouvait passer par les préfets. On a l’impression que le Gouvernement et l’État ne traitent pas les collectivités locales en adulte. » Au nom des départements, Claudy Lebreton, président de l’ADF (Assemblée des départements de France), ne dit pas autre chose et fait une analyse en trois mots : consultation, concertation et négociation. « A quelle étape en sommes-nous ? Certainement pas à celle de la concertation, et ne parlons même pas de la négociation. D’autres grandes démocraties européennes ont la culture de la négociation. Par exemple, lorsque le Président du Gouvernement espagnol a envisagé de transférer la compétence de santé aux grandes régions espagnoles, il y eu trois ans de négociations préalables entre le Gouvernement et les représentants des régions ; résultat : la loi a été votée pratiquement à l’unanimité. On aurait pu, sur un sujet aussi important que l’organisation territoriale de la République, conduire une véritable négociation entre les collectivités, leurs représentants et le Gouvernement et je pense qu’on aurait fait faire des progrès énormes à la démocratie territoriale. »

S’exprimant pour l’AMF (Association des maires de France), Philippe Laurent estime que « la situation, telle que l’AMF la ressent aujourd’hui à travers son réseau territorial, est révélatrice d’un État très centralisé et jacobin. C’est véritablement un problème culturel dont la solution nécessitera énormément d’efforts, notamment du côté de l’État, pour faire évoluer les choses. La question centrale est de savoir qui, dans notre pays, est détenteur de l’intérêt général. La tradition française veut que l’intérêt général relève du Gouvernement et de l’État central. L’AMF estime que, avec l’évolution des communes et des intercommunalités, nos collectivités détiennent aussi une part de l’intérêt général et que cette situation oblige l’État à recourir au dialogue et à la négociation, et pas seulement à la concertation. »

Éric Jalon, Directeur général des collectivités locales (DGCL) au ministère de l’Intérieur, a réfuté toutes ces critiques mais il a surtout plaidé pour la mise en œuvre d’outils favorisant une connaissance partagée des politiques décentralisées entre l’État et les collectivités territoriales : « L’appareil statistique de l’État est dispersé entre les différents ministères. Par exemple, c’est la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), direction de l’administration centrale des ministères sanitaires et sociaux, qui dispose de l’ensemble des données statistiques relatives à l’allocation personnalisée d’autonomie, et non la DGCL. Or, cette connaissance partagée des politiques décentralisées est une des conditions indispensable pour réussir un dialogue apaisé entre l’État et les collectivités territoriales. » Selon lui, la CNE devrait se doter d’un secrétariat permanent pour y parvenir. Pour améliorer les conditions du dialogue entre Etat et collectivités territoriales, Philippe Laurent se déclare, à titre personnel, partisan d’une fédération d’élus regroupant l’ensemble des associations pour élaborer des propositions : « C’est une démarche qui aurait beaucoup d’écho auprès des partenaires du pouvoir central. »

Un rapport sénatorial, confié à Jacqueline Gourault (Union centriste, Loir-et-Cher) et à Didier Guillaume (soc, Drôme) est en préparation sur ce dialogue Etat-collectivités territoriales.  À suivre, donc.


 

Name and shame

femme_au_travail_dans_une_usine_dobus.1291896779.jpgName and shame : Nommez et faites honte. C’est la méthode que préconise Michèle André, présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité entre les hommes et les femmes du Sénat pour faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes dans la vie professionnelle et  les emplois de direction. Les Anglo-Saxons font régulièrement appel à cette technique du « name and shame«  (honte à celui dont le nom est inscrit) qui reste peu usitée en France et qui serait pourtant très efficace pour pointer les grandes organisations publiques ou privées qui n’ont pas encore intégré une réelle politique d’égalité entre les sexes dans leur gestion des ressources humaines.

La Direction générale de la Cohésion sociale, organisait cette semaine à Paris la première « Université de l’égalité« , mobilisant responsables publics, Etat et collectivités territoriales, sur le thème :  » Etat et collectivités territoriales, comment mieux s’engager ensemble au service de l’égalité entre les femmes et les hommes. » Pendant deux jours, les participants ont pu confronter les pratiques et faire de propositions sur tous les aspects de la politique de l’égalité : l’articulation des temps de vie, le renforcement de l’égalité professionnelle, la lutte contre les stéréotypes de genres et la lutte contre les violences faites aux femmes. Il y a là un immense chantier et une prise de conscience qui, trop souvent, reste à faire. Bien sûr tout le monde est pour l’égalité mais, dans les faits, il ne se passe pas grand chose.

Les administrations françaises, Etat et territoriales, ne sont pas en avance par rapport à d’autres pays européens qui ont bien compris l’intérêt – social et économique – d’une politique d’égalité. Pourtant des outils existent, tels que la Charte de l’égalité proposée par le Conseil des communes et régions d’Europe ou le Label égalité qu’ont adopté quelques rares collectivités françaises comme la ville de Rennes ou le conseil régional de Picardie. Beaucoup de propositions ont émergé durant l’Université de l’égalité qui seront reprises prochainement par la Direction générale de la Cohésion sociale dans le cadre d’une programmation stratégique.  La première, c’est le renforcement d’un réseau de référents sur ces politiques d’égalité, à l’échelon local et national. Une deuxième, plus originale, et qui serait, à mon avis, très efficace, est la mise en œuvre d’une conditionnalité du versement de fonds publics à des critères de respect de l’égalité, qu’il s’agisse d’appels d’offres, de convention avec une association, de subventions. Quand on a voulu, il y a quelques années, mettre en place une politique de développement durable plus ambitieuse, l’éco-conditionnalité des aides a prouvé son utilité. Pour généraliser les politiques d’égalité, une telle méthode est à encourager. Avec le Name and shame, bien sûr pour culpabiliser les responsables d’organisation publiques et privées qui ne font rien.

Bien-être au travail

france-telecom-orange-1.1291897058.jpgLe nouveau contrat social de France Telecom mérite le détour. Après la crise qu’a vécue cette entreprise, le dispositif récemment adopté par l’opérateur de télécommunication est exemplaire et ambitieux. Il pourrait utilement inspirer les responsables publics des ressources humaines. Le groupe France Télécom Orange annonce qu’il investit 900 millions d’euros, au titre des années 2010 à 2012, pour financer la mise en œuvre de son nouveau contrat social. Une communication assez sophistiquée exprime la conviction que performance sociale et performance économique sont indissociables, au service des clients et au bénéfice de tous.

Une filière RH est structurée au sein de l’entreprise pour remplir ses missions : école des RH, parcours de professionnalisation mis en oeuvre avec l’ESSEC et l’UTC de Compiègne, partages d’expérience et rencontres régulières au niveau du groupe. Le contrat social prévoit des conditions de travail mieux adaptées à l’activité : 10 millions d’euros pour l’amélioration des locaux, 20% du budget informatique, soit 50 millions d’euros pour l’amélioration du confort des salariés. Un chapitre est consacré à « la convivialité au quotidien ». Un budget convivialité est même alloué aux managers de façon déconcentrée et 270 « salles de convivialité » vont être ouvertes. On est curieux d’en connaître le fonctionnement.

Sur le terrain, France Telecom veut promouvoir une organisation valorisant davantage le travail de chaque salarié. L’entreprise s’engage à faire évoluer l’organisation du travail vers plus de proximité, de coopération et de transversalité entre les équipes et à améliorer les outils informatiques pour les rendre plus simples et plus pratiques pour mieux répondre aux clients. Les objectifs individuels seront moins nombreux, ciblés sur les priorités essentielles de la mission et tiendront compte des moyens alloués pour les atteindre, des réalités techniques, géographiques et commerciales.  France Télécom annonce aussi l’organisation de séances d’expression collective pour l’ensemble des salariés au moins une fois par an.

L’objectif est explicitement fixé : « notre ambition collective, c’est un groupe qui privilégie le long terme, la solidarité, le respect (….) et le plaisir du travail ». Rien de moins. France Telecom revient de très loin, mais après l’épreuve des suicides en série, l’entreprise innove au meilleur sens du terme et va prendre de l’avance sur les autres employeurs.