Les sociétés de projet, nouveau véhicule de financement pour l’investissement public

Canal

Comment retrouver des marges de manœuvre financière pour de grands investissements d’État en période de disette budgétaire ? Après la vague des contrats de partenariat public-privé, voici venu le temps des “sociétés de projet“. Le secrétaire d’État aux transports, Alain Vidalies, a annoncé la création d’une société de projet pour le canal Seine-Nord Europe qui associera l’État et les collectivités territoriales concernées. Cette société de projet devra faire l’objet d’une loi soumise au Parlement en 2015, “comme cela a été le cas pour le projet du Grand Paris“, a expliqué Alain Vidalies à l’issue d’une réunion avec les représentants de quatre régions et de plusieurs des départements qui les composent. Les 4,5 milliards du canal seront financés à près de 25% par les collectivités locales, dont les régions Ile-de-France, Nord -Pas-de-Calais, Haute-Normandie et Picardie. “

L’Union européenne est appelée par la France à financer le projet à hauteur de 40 %, au lieu des 6 % prévus dans le cadre du PPP qu’envisageait la précédente majorité. Les actionnaires de cette société de projet seront principalement VNF (Voies navigables de France) et les collectivités. La société sera ouverte à d’autres partenaires et dédiée au développement du transport fluvial. “En matière fluviale, ce type de structure spécifique existe de manière similaire : Compagnie Nationale du Rhône en France, De Scheepvaart ou la SOFICO en Belgique“, explique le député Rémy Pauvros dans un rapport remis au gouvernement qui met l’accent sur l’économie des frais financiers : “Ceux-ci étaient liés à la réalisation du projet au moyen du PPP, et notamment par des taux d’intérêt plus élevés qu’en maîtrise d’ouvrage publique“. Il ajoute que “la Banque Européenne d’investissement, ainsi que la Caisse des Dépôts proposent des financements importants pour les infrastructures à des taux bas et sur des durées longues (plus de 40 ans)“.

Ces sociétés de projet ont le vent en poupe. La Délégation générale pour l’armement (DGA) est en train de créer une telle structure pour le ministère de la défense, afin de permette l’acquisition de matériels faute de crédits d’État anticipés pour le financement de la loi de programmation militaire. Cette opération compensera l’absence en 2015 du produit de la vente des fréquences à des opérateurs de télécommunications, soit 2,1 milliards sur les 2,3 milliards d’euros attendus de recettes exceptionnelles (Rex) dans le budget de la défense de l’année prochaine. Abondée par les cessions de participations de l’État dans des entreprises publiques, la société de projet achètera des équipements aux industriels et les mettra à disposition des armées contre un loyer.

La revue générale des politiques publiques locales ne fait que commencer

Motion AMF

Le gouvernement restera inflexible, le montant des baisses de dotations et leur calendrier d’application ne changera pas. Devant les maires de France réunis en congrès, le Premier ministre Manuel Valls a été très ferme. Tout au plus, conscient des conséquences que pourraient avoir sur l’économie française la baisse des investissements des collectivités locales, Manuel Valls a proposé que le gouvernement et l’Association des maires de France puissent se réunir, tous les trimestres, pour établir un suivi des mesures de soutien à l’investissement public local.

Ces dépenses d’investissement vont baisser, mais les élus locaux sont bien conscients qu’il serait dangereux que l’investissement soit la seule variable d’ajustement de la diminution des dotations de l’État aux collectivités territoriales. L’effort principal doit porter sur les dépenses de fonctionnement, un exercice compliqué. Lors du congrès de l’AMF, le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a donné le ton en reconnaissant que “le plus facile c’est de renoncer à un projet d’investissement, de reporter ou d’étaler la réalisation d’un projet sur plusieurs années“. Et l’ancien Premier ministre d’ajouter : “Nous allons tous donner un coup de rabot sur nos budgets d’équipement“. Une baisse de l’investissement des communautés urbaines de 30 % est déjà programmée. Les dépenses de fonctionnement doivent aussi baisser. Pour Bordeaux, Alain Jupé a adressé à ses services une lettre de cadrage avec un objectif de moins 10 % des dépenses de fonctionnement sur la mandature.

Si on ne veut pas sacrifier l’investissement, le seul levier valable porte sur la baisse de la dépense de fonctionnement. L’effort doit porter sur la maîtrise des dépenses salariales qui représentent le poste le plus important du budget de fonctionnement. Mais là encore, les élus locaux ont des marges de manœuvre limitées. Comme le fait remarquer la maire de Paris, Anne Hidalgo, “il faut du discernement : dans une crèche si vous ne remplacez pas une assistante puéricultrice qui part à la retraite, vous allez devoir fermer la crèche parce que vous ne correspondrez plus aux normes d’encadrement“.

Au delà de ces cas limites, en ce début de mandat municipal, les élus locaux qui préparent leurs budgets pour 2015 doivent se poser des questions qui n’ont jamais été posées en France. La revue générale des politiques publiques locales ne fait que commencer. Il y a en France plus de bibliothèques que de bureaux de poste, sont-elles toutes nécessaires ? Peut-on revoir l’amplitude horaire de l’ouverture des services ? Comment prendre en compte un objectif de diminution de la dépense dans les mutualisations avec les intercommunalités ? La liste des questionnements est loin d’être épuisée.

Illustration : lors du congrès des maires de France, une motion votée par plus de 13.000 conseils municipaux et conseils communautaires a été présentée. Elle demande une diminution de l’effort du bloc communal et l’allongement du calendrier des baisses des dotations de l’État, l’arrêt immédiat des transferts de charges et des mesures normatives, la remise à plat des politiques publiques qui impactent les budgets locaux.

 

Fonctionnaires, les oubliés de la réforme territoriale

Départements

Dans le long feuilleton à rebondissements de la réforme territoriale, les agents territoriaux auraient besoin d’un GPS. C’est le constat du sociologue Jérôme Grolleau, auteur de plusieurs études remarquées sur les fonctionnaires territoriaux. On s’interroge aujourd’hui sur le sens de cette réforme. Le débat avait commencé sur le thème des économies d’échelle. Après l’annonce par le président de la République de la division par deux du nombre de régions et de la disparition programmée pour 2020 des conseils généraux, le secrétaire d’État à la réforme administrative avait chiffré les économies attendues à 10 milliards. C’était en juin dernier, une éternité, car depuis les experts ont relativisé les réductions de coûts espérées et surtout, les projets ont beaucoup évolué en six mois.

Le projet de loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) qui viendra en première lecture en décembre au Sénat prévoit le transfert des départements aux régions de la gestion des routes, des ports relevant des départements, des transports interurbains, des transports scolaires et des collèges. Les agents départementaux concernés devraient changé d’employeurs au 1er janvier 2017 pour les routes et 1er septembre 2017  pour les collèges et les transports scolaires. Ce même projet de loi prévoit une révision de la carte intercommunale avec un rehaussement du seuil de population à 20.000 habitants minimum. Les regroupements actuels et les schémas de mutualisation des services communes-intercommunalités déjà engagés seront à refaire. Cette instabilité ne manque pas d’inquiéter les fonctionnaires territoriaux. Pour les agents des départements appelés à changer d’employeur et d’organisation, le ministère de la Décentralisation et de la fonction publique a certes édité une brochure sur les conséquences des transferts pour les agents : même rémunération, y compris les primes et protection sociale complémentaire, conservation du statut, ancienneté, droits à avancement, pour les fonctionnaires territoriaux, contrats de travail maintenus à l’identique pour toute sa durée, et conservation des droits acquis pour les agents contractuels. Mais cela ne dissipe pas les inquiétudes sur les réorganisations à venir.

Lors d’un débat opportunément organisé sur le volet RH de la réforme territoriale, pendant le congrès annuel du CNAS, cette semaine, le président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, Philippe Laurent a fait remarquer que cette instance paritaire avait été saisie seulement de l’avant-projet de loi Lebranchu de 2013 qui regroupait alors en un seul texte tous les projets de réforme. Plus rien depuis. Pour la loi RCT (Réforme des collectivités territoriales) de 2010 qui généralisait l’intercommunalité, le Conseil supérieur n’avait même pas été saisi.

La réforme territoriale intervient dans un contexte financier peu favorable à la séreinité. Dans le débat public, les dépenses de fonctionnement, et donc les dépenses de personnel des collectivités territoriales, sont régulièrement en accusation. La Cour des comptes a rendu public le 14 octobre un nouveau rapport qui stigmatise l’augmentation des dépenses de fonctionnement en 2013 et la croissance de la masse salariale (3,2 %), identique à celle de 2012. D’un montant de 56,6 milliards d’euros, la masse salariale représente 35 % des dépenses de fonctionnement, dont elle constitue le premier poste. Les magistrats financiers observent que l’évolution tendancielle découle notamment de la hausse des effectifs (1,6 % en 2011 et 1,7 % en 2012), de celle des rémunérations indiciaires, sous l’effet des avancements d’échelon et de grade, et des régimes indemnitaires. Elle résulte aussi de décisions qui échappent aux collectivités locales, telles que l’augmentation des cotisations à la caisse nationale de retraite des collectivités territoriales (CNRACL) et la revalorisation du SMIC qui a un effet sur la rémunération des agents de catégorie C.

À cotés des fonctionnaires territoriaux, les agents des services déconcentrés de l’État sont eux aussi concernés au premier chef par la réforme territoriale, peut-être même davantage, car le passage de 22 à 13 régions dans l’Hexagone signifie à due proportion la division du nombre de préfectures de région et de toutes les directions régionales qui y sont rattachées. Dans les futures régions XXL, comment fonctionneront ces services déconcentrés ?  Comment adapter, et même réinventer le service public, État et collectivités territoriales, dans ce nouveau paysage institutionnel ? La question reste entière. Les réponses à y apporter concernent bien sûr tous les citoyens mais on ne pourra pas les élaborer sans les agents publics eux-mêmes.

Les contrats de projets État-régions (CPER), un bel outil dévoyé

Contrat

La Cour des comptes vient de rendre public un rapport sévère sur les contrats de projets État-régions (CPER) 2007-2013. Au terme de cette enquête menée dans sept régions, elle constate que le cadrage stratégique des CPER demeure insuffisant et que leur exécution a souffert d’un manque de cohérence. Pourtant, les CPER présentent un réel intérêt pour les régions dans le financement d’opérations importantes en développant leur rôle de chef de file par rapport aux autres collectivités et en leur permettant de s’impliquer dans de nouveaux champs de compétence.

Au fil du temps, ces contrats de plan (devenus contrats de projets) créés par Michel Rocard, ministre du plan du gouvernement Mauroy au début de la décentralisation, se sont érodés, le plus souvent à cause de l’État qui n’a pas respecté sa parole dans l’exécution budgétaire. La génération actuelle des CPER ne fait pas exception. Le taux d’exécution des contrats reste éloigné de l’objectif. Le taux d’engagement constaté au 25 mai 2014 serait de 64,4 %, soit 17 milliards d’euros sur les 26,4 prévus. Les paiements effectifs à la même date atteindraient 60,5 % des opérations engagées (10,3 milliards sur un total de 17 milliards). La réalisation reste loin des intentions : les procédures demeurent éloignées les unes des autres; le suivi financier par le système d’information Présage s’avère inopérant pour la connaissance des fonds européens engagés dans les CPER ; les structures prévues d’évaluation, communes aux contrats et aux fonds n’ont pas ou peu fonctionné.

Dans leur rapport, les magistrats financiers font remarquer que cette génération de CPER a été marquée par la concurrence des programmes sectoriels nationaux engagés en parallèle sous l’effet de la crise économique (appel à projets transports, plan de relance, plan campus et programme d’investissements d’avenir…). Les financements des CPER sont en recul et restent ciblés sur l’objectif d’attractivité et de compétitivité. L’analyse sectorielle reflète des insuffisances dans la fixation des priorités et dans la préparation des projets. Le saupoudrage des crédits et l’inscription de petites opérations d’un montant financier peu élevé, déjà relevés lors des générations précédentes, sont de nouveau constatés. Les volets territoriaux, d’une grande diversité, ne permettent pas de dégager de véritables lignes directrices. Le pilotage et l’évaluation demeurent éloignés des ambitions. Le système Présage, outil de suivi partagé de l’exécution des contrats, s’est révélé très insuffisant. La majorité des régions sont dotées de leurs propres logiciels.

La vocation des CPER doit être aujourd’hui repensée, afin de les rendre plus clairs, plus sélectifs dans leurs objectifs et de mieux les articuler avec les autres instruments de politiques publiques, en particulier avec les plans sectoriels et les programmes d’investissements d’avenir fondés sur la logique des appels à projets. Alors que la réforme territoriale en cours va créer par regroupements des régions XXL, il est temps de repenser ces contrats État-régions. La disette budgétaire oblige aussi les acteurs régionaux et les représentants de l’État à être plus exigeants dans leurs priorités et choix d’investissement pour retrouver l’esprit initial de cette contractualisation au service du développement local.

Deux livres pour comprendre la France vécue et la France souhaitée

La France périphérique 2On annonce déjà cet essai comme le livre politique de la rentrée. On s’en réjouira puisqu’il fait la part belle aux territoires. Dans ce livre, La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires, le géographe Christophe Guilluy brasse large. Auteur de l’Atlas de nouvelles fractures sociales (Autrement 2006), et de Fractures françaises (Champs Flammarion 2013), il nous invite, dans ce nouvel ouvrage, à changer de vision sur la France et les Français, en faisant exploser les catégories telles que les classes moyennes ou l’opposition rural-urbain. Christophe Guilluy montre l’émergence d’une “nouvelle géopolitique“, avec des populations minoritaires qui souffrent et s’enferment dans leurs villages, petites villes ou lointaines banlieues, dans “un processus de sédentarisation inéluctable“. Et l’auteur d’annoncer qu’ “à bas bruit, une contre-société est en train de naître, une contre-société qui contredit un modèle social hors-sol“. Les responsables territoriaux repéreront utilement les indicateurs de fragilité que décrit Christophe Guilluy pour définir les territoires.

Ce court essai peut se lire comme un tome 2 au livre de Laurent Davezies, La crise qui vient: la nouvelle fracture territoriale (le Seuil, 2012), puisque Christophe Guilluy tire les conséquences, notamment électorales, d’une crise économique qui révèle “une France périphérique fragile et populaire et une France des métropoles, intégrée à l’économie monde“.  L’auteur révèle “un angle mort, celui du destin des classes populaires“, travail utile de géographie politique.

Quelle France dans dix ans 1Pour ne pas se résigner à cette cohabitation, voire cette dérive des deux France, l’une mobile et métropolitaine, et l’autre assignée à relégation, je recommande la lecture d’un autre livre. C’est le rapport de France Stratégie, Quelle France dans dix ans?, signé par Jean Pisani-Ferry, commissaire général à la stratégie et à la prospective. Il ne se contente pas d’un constat alarmant, il donne des clés pour le renouveau.

Jean Pisani-Ferry est bien conscient que “c’est dans les grandes villes et autour d’elles que se structureent des écosystèmes associant responsables territoriaux et acteurs de la recherche, de l’économie et du financement“. Comme Christophe Guilluy, il constate que “la France est riche de dix à quinze métropoles dynamiques qui ont déjà pris le virage de cette économie du mouvement et sont les creusets de notre future prospérité“ mais il ajoute que “pour un pays dont le développement a longtemps misé sur les villes moyennes, il ne faut pas se cacher que cette dynamique est aussi source de traumatisme“.

Comment en sortir ? Quels changements opérer pour remettre la France au niveau qui aurait dû rester le sien ? Jean Pisani-Ferry propose une méthode. Son rapport établi avec les équipes de France Stratégie est issu d’un énorme travail d’écoute des experts, des décideurs et de la société dans ses diverses composantes qui a duré plus d’un an. Chaque chapitre se conclut par des propositions de réformes, des objectifs et une méthode pour les atteindre. Il n’oppose pas. Au contraire, il propose de relier, d’emboîter, de faire système. C’est passionnant et on comprend comment les politiques publiques territoriales peuvent être au coeur de la formidable adaptation dont la France a besoin. Reste maintenant à passer à l’action pour ne pas désespérer la France périphérique.

La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires, Éditions Flammarion, 192 pages, 18 euros. ISBN : 978-2-08-131257-9

Quelle France dans dix ans ? Éditions Fayard. Collection Témoignages/Doc/Actu. 360 pages. 18 euros. ISBN : 9782213681719 

 

Gérer les contradictions entre l’urgence et le long terme

Budget communalPas d’aménagement à attendre pour atténuer la baisse de 11 milliards d’euros entre 2015 et 2017 des dotations de l’État aux collectivités territoriales. La rencontre entre les ministres et les présidents d’associations d’élus locaux, le 11 septembre dernier, n’a pas permis aux représentants des collectivités territoriales d’obtenir une mise en œuvre moins rapide de la baisse. Le gouvernement travaille sur un renforcement de la péréquation pour que la répartition de la baisse ne mette pas en danger les collectivités les plus pauvres. Rien de plus.

Les équipes municipales qui finalisent leur plan de mandat à la suite des élections du printemps dernier doivent prendre en compte cette baisse inévitable des recettes. Dans le cadre d’une journée d’étude sur la prospective financière, organisée ce même 11 septembre à Paris par la Banque PBB, des responsables de grandes villes ont présenté leurs méthodes pour éviter la dérive des dépenses de fonctionnement et mieux cibler leurs investissements. Exemples : pour faire face à l’augmentation de la population scolaire, Grenoble envisage de reconvertir des locaux déjà existants plutôt que de construire de nouvelles écoles ; Bordeaux intègre le retour sur investissement dans tous ses projets d’aménagement avec un comité d’engagement, Cannes continue à revisiter tous les postes de dépenses en confirmant sa baisse de 5 % des dépenses de fonctionnement et de 3 % des aides aux associations. Dans cette ville, on remplace déjà seulement un départ en retraite sur trois (exception faite pour les crèches, la police municipale et l’enlèvement des ordures).

Dans toutes les grandes villes, on essaie d’alléger les dispositifs pour faire des économies de fonctionnement : heures d’ouverture des services, rythme de balayage de la voirie, plans de déneigement. Laurent Mazière, président de l’Afigesse, association professionnelle qui regroupe des cadres financiers des collectivités, résume bien la situation : “nous avons un métier d’avenir, c’est de gérer les contradictions entre l’urgence et le long terme“. Cet ancien directeur des finances de la mairie d’Angoulême, dont il a redressé les comptes après la “quasi-faillite“ de la ville, sait de quoi il parle.

Il ne faut d’ailleurs pas opposer dépenses d’investissement et de fonctionnement. Une étude a montré qu’un équipement municipal moyen coûte, en fonctionnement, 16 à 18 % par an de l’investissement initial. C’est une évidence qu’une crèche ou une bibliothèque ne se résument pas à la surface construite. Il faut penser à l’équipement dans sa durée de vie et en intégrant tous les coûts de fonctionnement qu’il génère.

Pour autant, la maîtrise des dépenses de fonctionnement est possible sans dégrader le service public local. Au cours de ce colloque, la responsable des emprunts du Land de Berlin a expliqué comment la capitale de l’Allemagne a divisé ses effectifs par deux en 20 ans et va atteindre en avance son objectif d’extinction de la dette. Oui, vous avez bien lu, il ne s’agit pas d’une baisse de la dette mais de son extinction. Si aujourd’hui la ville de Berlin emprunte, elle le fait dans le cadre de son fonds d’investissement intitulé “ville croissante“ et c’est pour accueillir des centres de recherche et des activités économiques qui créeront de la richesse et des emplois sur son territoire.

Illustration : Le budget des communes : comment ça marche ? Le Monde.fr

La méthode Valls pour soutenir l’investissement public local

Chantier urbain Strasbourg

C’était l’autre discours de La Rochelle. Il a fait moins de bruit médiatique que la réponse du Premier ministre aux frondeurs socialistes mais il n’en est pas moins important pour la croissance et l’emploi. Devant les élus locaux socialistes, en marge des débats de l’Université d’été du PS, Manuel Valls a présenté le plan d’action gouvernemental en faveur des collectivités territoriales. Priorité numéro un : soutenir l’investissement public local. Dans le contexte actuel de forte baisse des dotations de l’État, Matignon craint que les élus locaux sacrifient l’investissement pour continuer à accompagner les dépenses de fonctionnement sans recourir à l’impôt et à l’emprunt. Beaucoup de nouveaux maires ont été élus sur des programmes de réduction des dépenses. Dans l’opinion, l’endettement public est l’ennemi à abattre et tant pis, si à la différence de l’État, la dette des collectivités territoriales ne concerne que les dépenses d’investissement. Dans un pays où 70 % de l’investissement public est porté par les collectivités, il faut tout faire pour éviter que l’investissement public local dévisse.

Comment redonner aux élus locaux le goût de l’investissement ? “L’investissement des collectivités, c’est la préparation de l’avenir, dans les domaines des transports urbains, du cadre de vie, des nouvelles technologies, de l’environnement, c’est un moteur pour notre croissance économique et pour l’emploi“, a rappelé le Premier ministre qui veut utiliser tous les outils à sa disposition pour soutenir l’investissement des collectivités territoriales. Les enveloppes sur fonds d’épargne de la Caisse des dépôts pour le financement des projets de long terme, assorties de taux attractifs vont être prolongées. “Les 20 milliards d’euros mobilisés par la Caisse des dépôts comprendront une enveloppe consacrée à la transition énergétique. Dans le cadre de cette enveloppe, les besoins d’emprunts de moins de 5 millions d’euros pourront être couverts à 100 % par les prêts bonifiés, ce qui est très favorable aux petites communes“, a précisé Manuel Valls. S’agissant des concours de l’Etat aux collectivités locales, le Premier ministre a aussi promis que le FCTVA sera “sanctuarisé“ et ne sera pas inclus, en 2015, dans l’enveloppe normée.

Pour financer les grands projets d’aménagement et notamment assurer le financement des transports urbains en site propre, le gouvernement va présenter bientôt de nouvelles mesures pour compenser la perte de recettes prévues dans le dispositif Ecotaxe. On pourra aussi compter sur les nouveaux contrats de plan pour les années 2015-2020 qui seront signés à partir de l’automne. Ils s’élèveront à 1,8 milliards d’euros par an, dont 950 millions pour le volet mobilité et transport, afin de soutenir les investissements prioritaires.

Localement, le soutien à l’investissement passe aussi par la politique du logement. Le Premier ministre a confirmé les allègements de procédures et le recours aux ordonnances pour simplifier le droit de la construction et de l’urbanisme complexifié par la loi ALUR. Rendant hommage aux “maires bâtisseurs“ Manuel Valls a rappelé son mot d’ordre : “Il faut simplifier, clarifier ! Tout ce qui peut l’être ! Cette politique de simplification, c’est la traduction d’une volonté profonde : nous voulons remettre notre pays, nos territoires, en mouvement. Et le mouvement, c’est l’investissement, public comme privé. “

Pierre-René Lemas promeut les “project bonds“

project bondsPar ailleurs, une conférence de l’investissement public est annoncée dans les prochaines semaines à l’Élysée et François Hollande a plaidé à Bruxelles pour un renforcement des mesures de soutien aux investissements de long terme dans les infrastructures. En juillet, la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Caisse des dépôts ont signé un accord pour le lancement du premier “project bond“ en France, obligation européenne de projet (photo ci-dessus). Il s’agissait d’un premier projet pour le financement du très haut débit en France, qui, émission obligataire comprise, doit atteindre 1 milliard d’euros sur douze mois. “C’est le premier, il y en a d’autres“, a déclaré Pierre-René Lemas, directeur général de la Caisse. Ces “project bonds“, lancés dans le cadre du projet “Europe 2020“,  doivent stimuler le financement sur les marchés des capitaux de grands projets d’infrastructure dans les domaines des réseaux transeuropéens de transport (RTE-T) et d’énergie (RTE-E), ainsi que des technologies de l’information et de la communication (TIC). La Commission européenne estime que, pour atteindre les objectifs de l’initiative Europe 2020, les besoins d’investissement dans ces secteurs, à l’échelle de l’Union, pourraient se chiffrer à pas moins de 2.000 milliards d’euros (1).

(1) L’initiative “project bond“ vise à aider les promoteurs de projets d’infrastructure à mobiliser des financements privés supplémentaires auprès d’investisseurs institutionnels comme les compagnies d’assurance et les fonds de pension. Ils bénéficient d’un rehaussement de crédit et ont une dette divisée de fait en deux tranches, l’une de premier rang, l’autre subordonnée. La tranche subordonnée, autrement dit l’instrument de rehaussement du crédit des obligations de projet fourni par la BEI avec le soutien de la Commission européenne, peut prendre la forme d’un prêt, accordé au promoteur dès le départ. Il peut également s’agir d’une ligne de crédit conditionnelle qui peut être utilisée si les recettes du projet sont insuffisantes pour assurer le service de la dette de premier rang. L’instrument de rehaussement du crédit des obligations de projet sous-tend la dette de premier rang et améliore, par conséquent, sa qualité de crédit, apportant ainsi une tranquillité d’esprit aux investisseurs institutionnels. La BEI a déjà approuvé neuf projets dans six États membres différents. La première transaction réalisée au titre de l’instrument de rehaussement du crédit des obligations de projet a été menée avec succès l’an dernier, en Espagne, pour le projet de stockage souterrain de gaz “Castor“ qui offrira une capacité de stockage équivalente à 30 % de la consommation quotidienne de gaz de l’Espagne. Ont aussi été financés par “project bond“  une autoroute en Belgique et la connexion au réseau terrestre d’éoliennes en mer au Royaume-Uni.

Fusion des régions, la réforme en trompe-l’œil

FRANCE À 12 RÉGIONS

“Faire le lien direct entre fusion et économies, comme si cela était automatique, semble relever de la supercherie“. Dans une interview à La Lettre du Secteur Public, Marie-Joëlle Thenoz, associée secteur public du cabinet Kurt Salmon, n’y va pas par quatre chemins et elle ajoute que “fusionner les échelons administratifs ne suffira pas à réaliser de vraies économies“. En 2008, une étude avait été menée par Kurt Salmon, Edater et Planète publique, sur la fusion entre les régions Basse et Haute Normandie. Conclusions : un investissement nécessaire (de l’ordre de 10 à 15 millions d’euros) dans l’analyse des besoins et la priorisation des dispositifs et donc la remise à plat des politiques pour lutter contre la tentative d’un alignement par le haut, dans les systèmes d’informations, d’harmonisation des régimes indemnitaires et du temps de travail. “Un amortissement de cet investissement était possible au bout de 4 à 10 ans selon les scénarios, généré par un gain en matière de croissance économique, de performance des politiques publiques et pour une part de l’ordre de 10% par les économies de structure“, indique Marie-Joëlle Thenoz, qui ajoute : “cela supposait aussi la nécessité de mettre en place une gouvernance efficace et une organisation agile et responsabilisante au plus proche du terrain“. Pour autant, la consultante ne nie pas que le rapprochement entre régions peut être intéressant. Si la fusion ne suffit pas à générer des économies, elle peut présenter d’autres avantages : effet de taille  dans une logique de développement de l’attractivité, visibilité à l’international, harmonisation des pratiques.

Dans son discours de politique générale, le nouveau Premier ministre, Manuel Valls a ouvert la boîte de Pandore à moins d’un an des élections régionales et départementales. Ce grand communicant sait qu’il tient là pour l’agenda setting gouvernemental un feuilleton qui va occuper durablement les commentateurs politiques. Le big bang territorial fait le buzz. Quand l’Histoire retiendra une seule idée du discours de politique générale de Manuel Valls, ce sera celle-là, prouvant sa vraie volonté de réforme du pays à partir d’une réalité tangible, la carte et le territoire. Depuis dix jours, chacun y va de son redécoupage, des cartes paraissent sur Internet (carte ci-dessus éditée par Challenges et présentée comme la carte secrète du gouvernement). Les beaux esprits parisiens regardent avec exotisme ces périmètres imaginés de territoires qui leur rappellent leur enfance ou leurs dernières vacances dans le Lubéron. C’est un grand jeu de Lego administratif dont on déboîte et reboîte les pièces à l’envi.

Dans les régions (autrefois on écrivait “en province“), le sentiment est différent. Il ne faut pas sous-estimer la force de l’identité régionale. Différentes études du CEVIPOF et de Médiascopie le confirment. Dans mon livre, Conseils régionaux, la politique autrement, en 2010, j’avais abordé ce sentiment d’appartenance, renforcé par les politiques de communication menées par les conseils régionaux depuis leur première élection au suffrage universel direct en 1986. En trois décennies, plusieurs générations de jeunes sont passés par les lycées des régions et cela laisse des traces. Ils se sont appropriés leur territoire en le parcourant avec les TER ou en utilisant par exemple les “pass culture“. Selon un sondage LH2* pour la presse régionale et France bleu, si 68% des Français se déclarent favorables à la réduction des échelons locaux, ils ne veulent pas qu’on touche à leur région, ils sont 54% à refuser l’agrandissement de leur région et  74% à rejeter son rétrécissement, 77% refusent sa disparition pure et simple, 56% y étant même « très défavorables ».

Les présidents de région, très majoritairement socialistes, n’étaient pas demandeurs de cette réforme. Alain Rousset (Aquitaine) ou Jacques Auxiette (Pays-de-la-Loire) avaient même des mots très durs pour fustiger les partisans d’une réduction. Aujourd’hui, le président des Pays-de-la-Loire ne cache plus son agacement et son inquiètude : “Il ne saurait être question d’imposer une carte de Paris, nos régions ne sont pas vouées à une vente à la découpe“.  Seuls les présidents François Patriat (Bourgogne, favorable à un rapprochement avec la Franche-Comté en accord avec sa présidente Marie-Guite Dufay), Jean-Pierre Masseret (Lorraine, tendant la main à l’Alsace) et les deux présidents normands, Nicolas Mayer-Rossignol et Laurent Beauvais, s’engagent concrètement. Claude Gewerc (Picardie), qui voit déjà sa région dépecée, a résumé le sentiment général : « Il manque le décodeur ». Le feuilleton ne fait que commencer, mais peut-on croire que “le changement, c’est maintenant“, dans un pays où on n’a même pas réussi à faire disparaître les numéros de département sur les plaques d’immatriculation lors de la création en 2009 du fichier national automobile ?

P.S. : Dans son discours de politique générale, Manuel Valls a déclaré que  “le maillage territorial des préfectures, des sous-préfectures, ne sera pas remis en cause“. Que devient l’expérimentation qu’il a lancée en septembre dernier comme ministre de l’intérieur, en Alsace et Lorraine, pour simplifier le réseau des sous-préfectures ?

* Sondage réalisé par internet du 24 février au 3 mars auprès d’un échantillon national de 5 111 personnes, représentatif de l’ensemble de la population française de 18 ans et plus.

 

La qualité de service public, victime du ras-le-bol fiscal

bvaPrès de deux Français sur trois préfèrent une baisse d’impôt plutôt que l’amélioration des services publics. C’est un enseignement inédit de la dernière livraison du baromètre des services publics BVA-Institut Paul Delouvrier qui, depuis 2004, mesure chaque année l’opinion des Français par rapport aux services publics. Pour la première fois depuis la création de ce baromètre, les Français arbitrent à plus de 60 % (63% contre 31%) en faveur d’une réduction des impôts plutôt qu’à une amélioration des prestations fournies par les services publics. En 2012, la proportion d’opinions était de 47 % contre 49 % à l’amélioration des services publics. Jamais l’opinion n’avait été aussi élevée et n’avait progressé dans de telles proportions : + 32 % en un an, un basculement lié, selon Gaël Sliman, directeur délégué de BVA, au “ras-le-bol fiscal et la prise de conscience de la nécessité de réduire les déficits“.

Dans ce sondage (réalisé du 05 décembre 2013 au 20 décembre 2013), la satisfaction des usagers des principaux services publics reste relativement élevée à 71% en moyenne sauf pour l’emploi, l’éducation nationale et la justice. La tendance à moyen terme est plutôt à la baisse à l’exception de la police et de la gendarmerie, seul domaine à progresser tous les ans depuis cinq ans. La satisfaction des usagers de l’Education a décliné de manière spectaculaire cette année, accélérant une tendance amorcée il y a plusieurs années (-10 points par rapport à l’année dernière et -20 points sur cinq ans). Autre enseignement de cette dernière enquête, les Français semblent changer leur regard sur les services publics. Tout d’abord leur acception même de la notion de service public poursuit son évolution vers un périmètre de plus en plus restreint (Etat et collectivités locales). Les grandes entreprises publiques sont citées 2 fois moins aujourd’hui qu’il y a 8 ans lorsque l’on évoque la notion de service public. La plus grande évolution est observée pour EDF deux fois moins spontanément associée à l’idée de service public entre 2005 et 2013. Seule La Poste reste à un niveau élevée (41 %).

Pour revenir à l’arbitrage de nos concitoyens en faveur de la baisse des impôts au dépens de l’amélioration des services publics, on avait déjà senti cette tendance dans les enquêtes d’opinion liées aux élections municipales qui placent systématiquement la maîtrise de la fiscalité parmi les priorités des Français. Les équipes municipales qui seront élues le 30 mars prochain réduiront-elles la voilure dans la qualité de service délivré aux habitants ? Des collectes d’ordures ménagères moins fréquentes, des horaires d’ouverture des services municipaux plus restreints ? Certaines mairies ont déjà amorcé ce type d’économies mais elles restaient jusqu’à présent marginales. Le mouvement risque de s’amplifier. Certaines collectivités ont aussi commencé à réduire les dépenses d’entretien qui ne se voient pas. C’est le cas de l’entretien des routes départementales dont la Fédération nationale des travaux publics dénonce la diminution importante. Depuis 2009, le taux de renouvellement annuel des couches de surface des routes est passé de 8 % en 2009 à 4 % en 2012. L’heure est à la recherche d’économies dans tous les domaines, mais compte tenu de la tendances longue de la dépense publique on risque d’avoir une diminution de la qualité des services publics sans pour autant obtenir une baisse de la pression fiscale.

Entre métropoles et zones rurales, des villes moyennes de plus en plus fragiles

fvm

L’INSEE vient de publier une étude portant sur trente ans de démographie des territoires. Elle confirme le rôle structurant du bassin parisien et des très grandes aires urbaines. Entre 1982 et 2011, la France a gagné 9,4 millions d’habitants, soit une croissance de 0,5 % par an, dont 20 % dans l’aire urbaine de Paris et 30 % dans les 13 plus grandes aires urbaines de province. L’influence de ces dernières ne cesse de s’étendre. Toutefois, globalement, les communes rurales ne perdent plus d’habitants depuis les années 1970. Elles en gagnent même lorsqu’elles sont proches de grandes agglomérations. Le constat est plus inquiétant pour un grand nombre de villes moyennes au passé souvent industriel, et au présent toujours administratif (préfectures, tribunaux…). En 2012, la revue Population et avenir que dirige le démographe Gérard-François Dumont avait bien montré cette fragilité. L’économiste Laurent Davezies a mis en lumière la vulnérabilité des territoires qui vivent de l’économie résidentielle ou de transferts d’argent public.,  ce qui est le cas des chefs-lieux de département, à l’heure où l’Etat et les opérateurs publics réduisent leurs effectifs.

La situation des villes moyennes fait contraste avec celle des grandes métropoles. L’étude  de l’INSEE mérite d’être lue. Elle s’intéresse particulièrement à l’influence de l’aire géographique parisienne qui s’étend sur un rayon de 100 km, à partir de l’agglomération parisienne. Les 1 386 communes qui forment sa couronne périurbaine ont connu une croissance démographique deux fois plus élevée (+ 1,2 % par an) que la moyenne. Trois départements de la grande couronne portent près de la moitié de cette croissance : Seine-et-Marne (+15 500 habitants par an), Essonne et Val-d’Oise (+ 8 000 habitants chacun par an). Les 13 plus grandes aires urbaines de province abritent 20 % de la population et expliquent 30 % de sa hausse sur trente ans. Leur point commun est une croissance en périphérie ainsi que dans le centre de l’agglomération. Les cinq aires urbaines les plus dynamiques sont situées à l’ouest ou au sud-ouest du pays : Toulouse, Nantes, Rennes, Montpellier et Bordeaux. En revanche, Rouen et Lille ont une démographie moins dynamique que la moyenne nationale. Certaines grandes agglomérations perdent même des habitants sur trente ans : Douai-Lens, Valenciennes, Le Havre, Dunkerque, Saint-Étienne. Les villes de Clermont-Ferrand, Le Mans, Pau ou Limoges compensent leurs pertes dans la ville-centre par une augmentation de population en périphérie, tout comme certaines villes moyennes : Béziers, Tarbes, Périgueux ou La Rochelle. Globalement, l’évolution démographique est plus négative encore dans les régions en difficulté du nord-est ou du centre du pays.

Il y a quelques jours, lors de la présentation des voeux à la Fédération des villes moyennes (FVM), son président Christian Pierret, maire de Saint-Dié-des-Vosges,  s’est voulu offensif : « Plus que jamais, la Fédération des villes moyennes a un rôle important à jouer pour faire valoir à la fois une volonté d’équilibre de l’espace, et pour permettre à ceux qu’on appelle les invisibles, ceux qui vivent des fragilités sociales, de s’exprimer. Nous voulons aussi faire valoir toutes les innovations sociales, culturelles et techniques qui naissent dans nos villes. Dans le cadre des réformes en cours, nous voulons porter une certaine vision de la décentralisation, à partir des villes d’équilibre que nous représentons. » Face à la consécration des métropoles reconnues dans la loi qui vient d’être votée par le Parlement, le président de la FVM résume : « Nous ne voulons pas être l’espace interstitiel entre les métropoles ». Il s’inquiète surtout du siphonage des dotations de l’Etat par les métropoles : « La dotation pour ces structures intercommunales sera très supérieure à celle des intercommunalités plus petites, communautés d’agglomération et de communes des villes moyennes, qui vont financer cette dotation aux métropoles. C’est un transfert financier à l’envers. » Une inquiétude d’autant plus justifiée qu’en 2014, la CVAE (contribution sur la valeur ajoutée des entreprises) subit une baisse très significative alors même qu’une majorité de villes membres de la FVM, ayant un tissu industriel, ont beaucoup de ressources issues de la valeur ajoutée produite par les entreprises. Selon le maire de Saint-Dié, la baisse moyenne est de 4,5 % pour les villes moyennes. Une tendance alarmante car, progressivement, les villes moyennes privées de ressources risquent de ne plus pouvoir assumer leur responsabilité contracyclique pour enrayer le déclin de leur territoire.