Pas de « smart city » sans intelligence sociale

 

Le XIXème siècle a été le siècle des empires, le XXème siècle celui des nations, Le XXIème siècle sera le siècle des villes. Comment réussir le pari de la ville intelligente, ville dense et demain autosuffisante pour l’accès aux ressources, l’organisation de ses services essentiels et la gestion de ses risques ? Depuis hier matin, plus de 1.000 représentants de grandes villes et d’entreprises IT sont réunis à Nice pour la première édition d’Innovative City Convention. Les smart cities deviennent une réalité. Les outils technologiques permettent de résoudre en back office de la gestion urbaine les problèmes de plus en plus complexes, en facilitant l’opérabilité des systèmes, pour qu’en front office, le citoyen ait accès au service le plus simple et fluide. Pour autant, « on ne construit pas la ville pour des microprocesseurs mais pour des citoyens », expliquait le responsable du nouveau centre opérationnel d la ville de Rio de Janeiro, Maocyr Duarte de Souza. Pas de réussite technologique sans inclusion sociale.

Le plus important, c’est l’intelligence sociale qui permet des co-constructions qui ne doivent pas être réservées à une petite catégorie de la population. Le spécialiste des smart cities, Stuart Smith (allez voir son blog www.smartcitythinking.com)  qui partage son temps entre Newcastle et Singapour, estime qu’il faut toujours tenir compte du contexte urbain pour construire la ville intelligente durable. Rome n’est pas Dehli, Singapour ou Clermont-Ferrand. Il faut être très attentif à la production des données sur la ville et ne pas leur faire dire n’importe quoi. Un des défis principaux de la ville intelligente est l’approche systémique, la communication entre les systèmes eux-mêmes : il faut penser l’avenir des villes dans une approche holistique.

Il suffisait d’entendre Vicente Guallart, architecte et directeur de l’habitat urbain à Barcelone, parler de métabolisme urbain. Il milite pour la mise en œuvre d’un protocole urbain incluant des fonctions essentielles qui sont universelles pour parvenir à la ville auto-suffisante. Pour lui, les villes actuelles sont des corps sous dialyse, dans l’accès aux ressources énergétiques, la sécurité alimentaire ou bien d’autres domaines sont totalement irrationnels. Rapport de la ville intelligente au monde qui l’entoure, équilibre à l’intérieur : l’architecte catalan plaide pour des villes douces différenciées à l’intérieur de la ville intelligente, une ville qui n’a pas peur de la densité. Corinne Hermant de Callataÿ, une des auteurs du rapport sur les villes de demain, réalisé par la Commission européenne (DG regio) s’inquiète de voir les villes d’Europe vieillir, beaucoup d’entre elles décliner et parallèlement enregistrer des polarisations sociales de plus en plus amples. Beaucoup de grandes villes d’Europe centrale (Pologne, République tchèque) se développe aujourd’hui en tache d’huile avec de vastes quartiers pavillonnaires complètement inadaptés au contexte urbain du XXIème siècle. Plus qualitative, la ville intelligente doit repenser les mobilités  et l’accès aux ressources pour une meilleure qualité de vie. Les leviers sont présents dans les domaines les plus divers, cela va du stationnement intelligent à la prévention des risques naturels et industriels, de la production nouvelle d’énergie à la création de réseaux de citoyens. L’histoire de la ville intelligente du XXIème siècle ne fait que commencer.

Nord-Sud : l’approche territoriale de la sécurité alimentaire en débat

À l’occasion de la parution de l’édition 2012 de sa revue, l’organisation internationale Global local forum, dont je suis un des promoteurs et ardent militant, organisait ce mardi à Paris un colloque sur le thème de « l’approche territoriale de la sécurité/souveraineté alimentaire ». Les sommets mondiaux ont alerté sur la gravité des crises alimentaires, il faut maintenant agir. Une approche inclusive à l’échelle des territoires a prouvé son efficacité. Les collectivités territoriales ont un rôle d’ensemblier pour créer des infrastructures (marchés et entrepôts frigorifiques, réseaux d’eau et sécurité sanitaire), structurer des filières professionnelles (formation notamment), aménager le territoire (mot que les organisations anglophones ont bien des difficultés à traduire). L’échange de savoir-faire entre collectivités territoriales de différents continents est fécond. Ainsi le conseil régional de Bretagne travaille-t-il avec la région Centre du Burkina Faso autour de Ouagadougou pour sécuriser les approvisionnements locaux, consolider l’agriculture maraîchère et impulser la création de coopératives de producteurs. À juste titre, Olivier de Schutter, professeur à l’UCL de Louvain, et rapporteur spécial pour le droit de l’alimentation du Conseil des droits de l’homme à l’ONU, met en exergue les initiatives de Bela Horizonte au Brésil et de Durban en Afrique du Sud  pour créer des systèmes alimentaires locaux en reliant les petits agriculteurs aux consommateurs locaux. Intervenante lors des débats parisiens qui se déroulaient au siège de l’Association des Maires de France, Aminata Sy, secrétaire générale du Conseil des collectivités territoriales de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest africaine) a insisté sur l’importance de l’approche territoriale du développement, décrivant les initiatives prises dans la bande sahélienne pour l’équipement rural.

Dans ce dialogue des territoires, à l’heure de la mondialisation, nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. Il ne s’agit surtout pas d’exporter les supposées solutions économiques du Nord. Les expériences d’organisation d’une agriculture périurbaine inclusives menées en Amérique latine ou en Afrique, qui n’opposent plus urbain et rural, feraient bien d’inspirer les élus locaux européens. Le projet réussi des villes rurales vertes de Songhaï, au Bénin, constitue un modèle de développement pour les jeunes en zones rurales. Songhaï a noué avec les pouvoirs publics des partenariats pour mettre en œuvre un nouveau modèle de ville rurale, durable et technologique pour maintenir les jeunes à la campagne en leur offrant tous les services auxquels ils aspirent. Aujourd’hui, des centres du type Songhaï voient le jour dans d’autres pays d’Afrique. Lors du colloque, Najat Rochdi, directrice adjointe du PNUD, le programme des Nations Unies pour le développement, appelait au développement de plateformes collaboratives entre collectivités du Nord et du Sud pour la diffusion des savoirs et des savoir-faire : « chaque nord a son sud et chaque sud a son nord, nous entrons aujourd’hui dans des coopérations d’égal à égal. »

Qualité des productions, soutien aux échanges, approche environnementale, respect des équilibres et des contraintes : autour de la question alimentaire, se construisent de nouveaux modèles de développement au profit des populations. Le combat en faveur de la sécurité alimentaire est lié au défi climatique. Il s’agit d’augmenter la production tout en respectant l’environnement et en préservant les ressources. Les paysans sont les  plus touchés par la pauvreté et la faim. Ils sont pourtant au cœur de la réponse à apporter pour garantir la sécurité alimentaire, avec une agriculture familiale bien adaptée au développement des territoires. En 2050, 69 % de la population mondiale vivra en ville. Il faut reconstruire des systèmes alimentaires locaux qui relient citadins et producteurs locaux, structurer une économie agricole de proximité au profit des habitants. Pour assurer le développement local et relever le défi de la sécurité alimentaire, la décentralisation politico-administrative ne suffira pas. Elle constitue toutefois le point de départ indispensable à  l’élaboration de nouveaux modèles sociaux inclusifs, répondant aux besoins des hommes et des femmes qui veulent mieux vivre ensemble, dans leur quartier ou leur village, où qu’ils habitent sur la planète Terre.

Illustration : Godfrey NZAMUJO, créateur du Centre Songhaï-Bénin

Quand les fonctionnaires rachètent leurs services

Les Anglais sont en en train d’expérimenter une nouvelle forme de privatisation des services publics en externalisant sous forme mutualiste des services dont les agents deviennent actionnaires. Dès le mois de mars prochain, 500 fonctionnaires du ministère du travail, travaillant à la Caisse de retraite des fonctionnaires britanniques MyCSP (My Civil Service Pensions), vont quitter le secteur public et devenir actionnaires salariés de MyCSP, société  bientôt privée chargée des retraites de 1,5 million de fonctionnaires, versant chaque année 4 milliards de livres de pension.

Dans cette entreprise, les employés actionnaires  détiendront 25 % du capital, l’Etat en gardant 33 %, le reste allant à un opérateur privé spécialisé en cours de sélection. Les promoteurs de cette privatisation mutualiste estiment que les salariés actionnaires ne manqueront pas d’améliorer l’efficacité de l’organisation. Le ministre Francis Maude, en charge de la réforme, déclare que  l’implication du personnel sera un facteur d’innovation et de productivité : « les mutuelles sont plus stables que d’autres entreprises et tout aussi rentables. Cela signifie un meilleur service, une meilleure valeur pour les contribuables et une meilleure carrière pour les employés. » Certains opposants à la réforme parlent pourtant de privatisation « par la porte de derrière ».

Une vaste consultation a été menée avec les employés de MyCSP. En interne, les syndicats  regrettent qu’avec seulement 25 %, les salariés, actionnaires minoritaires ne puissent pas peser davantage sur la stratégie de l’entreprise. Les élections sont déjà en cours pour désigner les salariés au « employee partnership Council ». Cette instance doit renforcer la voix des employés et les impliquer directement dans le fonctionnement de l’entreprise. La nouvelle mutuelle a déjà pris des « engagements envers la communauté locale » en annonçant que 1% de ses bénéfices iront à des  des projets sociaux communautaires sélectionnés par les employés, et qu’elle développera des actions inclusives pour les formations et stages.

Le Premier ministre David Cameron a annoncé qu’un projet de loi sur le développement de l’économie sociale serait bientôt soumis au Parlement pour donner aux agents du secteur public le droit de créer des mutuelles de production sur le modèle de MySCP. Les autorités locales (collectivités territoriales et agences régionales) auront l’obligation d’étudier toute proposition de création de mutuelle de production faite par des fonctionnaires.

Cette nouvelle forme de délégation des services publics fera-t-elle des émules en France? On connaissait déjà le succès des PPP sur le modèle du PFI britannique qui permet de débudgétiser des investissements publics. Voici maintenant l’externalisation par l’économie sociale pour faire fondre les budgets de fonctionnement et les effectifs de fonctionnaires. À quand des coopératives de production de service public pour de futurs anciens fonctionnaires ?

Vive Jeremy Rifkin et l’empathie

Il faut lire le dernier livre de Jeremy Rifkin, « UNE NOUVELLE CONSCIENCE POUR UN MONDE EN CRISE », sous-titre « Vers une civilisation de l’empathie » (Editions Les Liens qui libèrent) car il donne des raisons d’espérer. Ce livre est un monument. L’essayiste américain convoque l’histoire, les sciences sociales et les sciences dures pour nous dire que nous sommes à la veille d’une révolution de civilisation et que nous entrons dans une société de l’empathie. Oui, l’homme est altruiste et l’économie de réseau qui est en gestation va le confirmer. La lecture de cette somme est stimulante. Jeremy Rfikin fait preuve d’une immense érudition, jamais pédante. Pour ceux qui ne connaissent pas Rifkin, je précise qu’il est fondateur et président de la Fondation pour les tendances économiques (Foundation on Economic Trends ou FOET) basée à Washington, il est l’auteur de plusieurs best-sellers, dont Le Rêve européen ou La Fin du travail. Avec lui,  on relit l’histoire comme un film en accéléré. Il  jalonne le développement de l’empathie humaine en grandes phases qui nous conduisent des civilisations théologiques à l’âge idéologique des XVIIIème et XIXème siècles, puis à l’ère psychologique du  XXème siècle. Il remarque qu’on nous présente toujours l’histoire comme une suite de luttes de pouvoir faites par des furieux et des rebelles, alors que l’humanité progresse vers la compassion en tissant des liens sociaux, au fil des cycles économiques où les échanges se réinventent différemment.

Jeremy Rifkin cite l’anthropologue George Grant MacCurdy pour qui « le degré de civilisation de chaque époque, peuple ou groupe de peuples,  se mesure à son aptitude à utiliser l’énergie pour les progrès et besoins humains. »  Jeremy Rifkin estime que dans l’économie en train de naître aujourd’hui,  « la tâche cruciale est d’imaginer un régime énergétique et une révolution économique où les formes d’énergie utilisées seraient de proximité immédiate, distribuées assez équitablement sur toute la terre, d’accès facile et gratuit, et enfin renouvelables au rythme des cycles de la biosphère. » Et sa démonstration est très crédible. Pour lui, « nous sommes au premières lueurs d’une nouvelle conscience biosphérique » dont il décrit les contours.  Jeremy Rifkin n’a rien d’un illuminé. Grand pédagogue et visionnaire il délivre dans ce livre une grande leçon utile pour le vivre ensemble.

 

 

 

 

 

Sur le seuil avec Stéphane Hessel

Rencontre il y a quelques jours à Paris, à l’issue d’une conférence que l’alerte nonagénaire avait prononcé sur les Droits de l’Homme. Dîner en petit comité avec Stéphane Hessel et sa femme Christiane. Ils parcourent l’Europe et ne ménagent pas leur énergie pour transmettre ce message humaniste qui commence par « Indignez-vous » et se poursuit par un « Engagez-vous » qui renvoie chacun à ses devoirs de citoyen. Stéphane et Christiane Hessel n’en reviennent toujours pas du succès de ce petit livre au fur et à mesure des traductions de l’opuscule devenu phénomène d’édition avant de susciter le mouvement social des Indignés qui traverse l’Europe de Lisbonne à Athènes.

Mais Stéphane Hessel veut éviter tout contre-sens : « Il ne faut évidemment pas s’indigner pour n’importe quoi, mais il y a dans ce petit livre des valeurs que je considère comme fondamentales et dont la violation exige qu’on s’indigne, des valeurs élaborées pendant la guerre par le Conseil National de la Résistance. La relecture du programme du CNR est intéressante car elle montre que les valeurs sur lesquelles on a essayé de refonder la démocratie d’après-guerre n’ont pas toujours été maintenues en respect par les gouvernements successifs. » Avec courtoisie et bienveillance, Stéphane Hessel poursuit : « Vous avez raison de souligner que s’indigner ne suffit pas, ce n’est qu’une toute première étape, il s’agit de savoir quels engagements prendre lorsque, s’étant indigné, on se sent responsable de lutter contre ce qui a suscité l’indignation, il s’agit de ne pas être seulement choqué par ce qui vous indigne mais bien de savoir ce qu’on peut faire pour que ça change, quels engagements prendre. »

En ce début de XXIème siècle, pour fonder l’engagement qui est pour lui « un problème de longue portée, » Stéphane Hessel renvoie à un autre nonagénaire, Edgar Morin, et à son dernier livre La Voie : « Je lui suis très reconnaissant d’avoir balancé dans ce livre entre la description  de tout ce qui va affreusement mal dans nos sociétés mais aussi ce qui commence à aller dans un sens positif : ce livre nous montre quelles sont les voies sur lesquelles il est possible de s’engager. Une réforme profonde de l’économie, et plus généralement une réforme profonde de la pensée et du vivre sont en marche. » Formidable message de Stéphane Hessel, grand témoin du XXème siècle, qui s’enthousiasme avec Edgard Morin : « Nous sentons bien que nous nous trouvons sur un seuil. La façon dont  nos sociétés dans leur globalisation progressive et impérative ont emprunté des chemins de plus en plus violents vers l’accumulation des biens et du pouvoir se heurtent à quelque chose à quoi, nous, citoyens, détenteurs de nos droits et de nos libertés, devons, maintenant, trouver une solution. Oui, nous sommes sur un seuil. » Et Stéphane Hessel de citer Edgar Morin pour faire comprendre que nous sommes à la veille d’une révolution de la pensée et de l’humanité : « Nous sommes peut-être des chenilles et nous pouvons nous métamorphoser en papillons. » Pour cette mutation, Stéphane Hessel croit à la non-violence : « On cite toujours Gandhi, mais souvenons-nous que les grands changements qui sont intervenus en Europe récemment ont été conduits de façon non-violente par des hommes responsables comme Vaclav Havel ou Lech Walesa. »

 

Soleil vert

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Installer 270 000 retraités européens dans le Sahara marocain. Que faut-il en penser ? C’est un dossier de presse que j’ai reçu récemment. Il présente le projet Morocco Riviera qui se situera dans le sud du Maroc: « Ce projet s’inscrit dans un environnement écologique et naturel incomparable et exceptionnel : près de 8 km de plage avec du sable d’une blancheur immaculée, une vue imprenable. » Et l’argumentaire se poursuit ainsi : « Morocco Riviera est un projet immobilier avec des maisons de retraite médicalisées, à vocation sociale et environnementale durable, pour des seniors européens et au bénéfice de la population marocaine sahraouie (…) La capacité immobilière du projet,s’étendant sur 15 ans et en trois phases, permettra la venue de 270.000 retraités senior européens. »

Les promoteurs du projet estiment que Marocco Riviera générera plus de 30.000 emplois directs et indirects. « L’ambition d’ALG & LIBRA Capital Ltd est de faire passer ce site d’une économie primaire en panne à une économie tertiaire et industrielle, renforçant l’attractivité dudit site et de la région, tout en s’inscrivant dans le droit fil des Hautes Directives De Sa Majesté Le Roi Mohamed VI, pour un développement durable des provinces sahariennes du Maroc », explique le dossier de presse. Le mécanisme financier du projet a été confié à des institutions suisses par des bailleurs de fonds de l’émirat d’Abu Dhabi et du sultanat d’Oman. Le projet est entièrement vert : écomobilité, qualité environnementale des bâtiments,respect d’une charte écologique.

De l’autre côté de l’Atlantique, aux USA, ce concept de villes pour seniors fonctionne à plein. Les retraités américains de Boston ou Chicago vont réchauffer leurs vieux os en Floride. La rive sud de la Méditerranée et maintenant le Sahara vont-ils connaître le même phénomène ? Nos maisons de retraite vont-elles migrer au sud, où la main d’œuvre est moins chère et le soleil plus clément. J’animais il y a quelques semaines au Palais des congrès de Paris, lors du SIMI, un débat sur l’immobilier de service et les établissements pour personnes âgées. Le président d’un des principaux groupes français d’hébergement pour personnes âgées constatait que, si les jeunes retraités apprécient de s’expatrier au soleil, ils reviennent en France plus près de leurs enfants au moment du grand âge, des problèmes de santé et de la dépendance.

Vive le lobby de l’eau

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On critique souvent le lobbying mais il existe de bons lobbys. Connaissez-vous Gérard Payen ? Président d’AQUAFED, Fédération internationale des opérateurs privés de services d’eau, il est aussi membre du conseil pour l’eau et l’assainissement du Secrétariat général des Nations-Unies. Cet ingénieur des ponts et chaussées, ancien président-directeur général du pôle eau de la Lyonnaise des eaux devenue Suez Environnement, n’a de cesse de transformer le droit à l’eau, en un droit concret et universellement reconnu. Comme il l’explique dans une tribune parue le 3 janvier dans le Figaro, l’ONU vient de donner au droit à l’eau et à l’assainissement un fondement juridique en droit international en déclarant qu’il fait partie du « droit à un niveau de vie suffisant » reconnu par plusieurs traités internationaux relatifs aux droits de l’homme.

Nos débats français sur la gestion déléguée du service de l’eau et de l’assainissement sont trop souvent plombés par des postures idéologiques. La France a développé une filière industrielle qui a donné naissance à de grands champions mondiaux dans le traitement et la distribution de l’eau. Leur légitimité est fondée surleur savoir-faire et sur les technologies issues des travaux de leurs équipes de recherche. Il faut avoir visité les laboratoires de ces grands groupes pour mesurer le niveau d’expertise de ces professionnels de l’eau. Même quand le service de l’eau et de l’assainissement est assuré en régie directe par la collectivité, on fait appel  aux entreprises et à leurs filiales d’ingénierie. Ce secteur économique y trouve son équilibre, quels que soient les modes de gestion choisis en fonction des circonstances, des histoires locales et des particularités des territoires.

L’ONU  fixe donc une nouvelle règle du jeu : « l’eau doit être potable, accessible, disponible, d’un coût abordable et fournie sans discrimination aucune. Le droit à l’eau ne réclame pas la gratuité de l’eau, mais le caractère abordable de son coût pour chacun, ce qui peut être assuré par des politiques tarifaires ou fiscales adaptées aux revenus des ménages, » explique Gérard Payen. « Elles peuvent aller jusqu’à la gratuité de l’eau pour les plus démunis. Dans la même résolution, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a clos les polémiques sur la compatibilité du travail des entreprises privées avec le droit à l’eau potable. Il confirme officiellement que les pouvoirs publics ont toute latitude de mobiliser des opérateurs privés, publics ou des ONG pour la mise en œuvre du service public de l’eau potable. »

(illustration FreeBirD®)

Châteauroux district

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Ici commence le monde fini. Hier, les Américains avaient installé, ici, la plus importante base logistique européenne de L’OTAN de 1951 à 1967. Aujourd’hui, ici, l’Europe des compagnies aériennes utilise l’ex-base de l’OTAN devenue l’aéroport Marcel Dassault, comme centre de formation pour  ses pilotes et de maintenance pour ses avions. Demain, ici, les Chinois travailleront sur une plate-forme de coopération économique appelée Châteauroux Business District qui, selon Jean-François Mayet, sénateur maire UMP de la ville, « va générer dans un premier temps 500 millions d’euros d’investissements chinois et la création de 4 000 emplois directs, dont 80% français »,.

Le magazine L’Usine nouvelle explique qu’au lendemain de la visite du président chinois Hu Jintao en France, les projets se sont concrétisés. Châteauroux devient le symbole de la présence chinoise en France. Une quarantaine d’entreprises chinoises sont concernées par une première vague de projets.

C’est énorme et les élus régionaux socialistes, au premier desquels Michel Sapin, ancien président de la Région Centre, modèrent l’enthousiasme du maire de Châteauroux. Si personne ne peut prédire avec certitude le nombre d’emplois créés, il est certain en revanche, que les Chinois, comme les Américains hier, ont bien compris la position stratégique de Châteauroux et vont utiliser la plateforme aéroportuaire pour en faire une base avancée pour leurs exportations, un hub logistique en Europe, mais aussi y créer des ateliers d’assemblage sur des produits à haute valeur ajoutée. Après les  GI’S et le rêve américain des sixties, la capitale du Berry devient la porte de l’Orient. Mieux que la gare de Perpignan dont Salvador Dali avait fait le centre du monde, l’aéroport de Châteauroux symbolise le nouvel équilibre planétaire.

Vive la géographie

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Le géographe Yves Lacoste, chef de file de l’école française de géopolitique, fondateur et directeur de la revue Hérodote répond aux questions de Pascal Lorot, président de l’Institut Choiseul, directeur des revues Géoéconomie et Sécurité globale, dans un livre d’entretiens, La géopolitique et le géographe,  qui réjouira tous ceux qui s’intéressent aux territoires. Non, la géographie n’est pas une discipline statique et ennuyeuse. Dans ce livre d’entretiens, le géographe montre comment cette discipline a évolué depuis quelques décennies. Le fondateur de la Revue Hérodote parle géopolitique, un terme qui était devenu tabou au lendemain de la 2e Guerre mondiale car les Nazis s’étaient appuyés sur la géopolitique pour justifier leur théorie du Lebensraum.

Yves Lacosteégrène ses souvenirs et nous montre la géographie en action sur les territoires. Il nous livre aussi une belle leçon  en développant ses théories de géopolitique à l’échelle planétaire ou hexagonale (on se souvient de ses trois tomes de Géopolitiques des régions françaises). Il livre quelques définitions instructives. Ainsi celle du territoire : « les territoires ne doivent pas seulement être considérés  comme des superficies abstraites, mesurables en centaines ou en  milliers de km2 ; ce sont en réalité des ensembles géographiques complexes où se combinent et s’entrecroisent  des formes de relief et de étendues pus ou moins peuplées, des réseaux de circulation et des villes, des zones agricoles et des gisements miniers, mais aussi des aires culturelles particulières, notamment linguistiques et religieuses. »

L’ancien professeur de l’Université de Vincennes revient sur le concept de nation et sur la question post-coloniale, exprimant un pessimisme de la raison nourri de son expérience. Il évoque Julien Gracq qui était géographe et son Rivage des Syrtes,  convoque les mânes de Lyautey ou d’Elisée Reclus. Il s’explique sur le titre très polémique de son célèbre livre La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre, et revient sur ses séjours à Cuba, au Vietnam et dans plusieurs pays d’Afrique. Un livre roboratif à conseiller à tous ceux qui s’intéressent aux dynamiques territoriales.

Territoires marins

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La France retrouve enfin les océans. Tel était le titre du Débat d’Iéna que nous animions, François Grosrichard et moi, il y a quelques jours, au Conseil économique, social et environnemental. L’occasion de faire le point sur l’application du Grenelle de la mer et du Livre bleu et mieux mesurer les enjeux de la nouvelle politique maritime de la France. Au delà de la densité des débats dont les actes seront prochainement publiés, cette journée était aussi l’occasion de changer de point d’observation sur les territoires, terrestres et maritimes. Jean-Yves Perrot, président directeur général de l’Ifremer, rappelait à juste titre que les populations vivent de plus en plus majoritairement à proximité des côtes. Cette migration des terriens vers les zones littorales est un phénomène mondial, plus de 60 % de la population vit sur une bande littorale de 60 km de profondeur. En France, les habitants des 885 communes littorales représentent 10 % de la population, sur 4 % du territoire national. La pression démographique croît (300 habitants au km2 sur les côtes françaises) et s’accompagne d’une pression économique.

Au delà de l’Hexagone, la France a une surface et des frontières maritimes impressionnantes, de Nouméa à Saint-Pierre-et-Miquelon, de Clipperton aux Kerguelen. Elle est aujourd’hui la deuxième puissance mondiale avec onze millions de kilomètres carrés de ZEE (zone économique exclusive sur lequel elle peut exercer ses droits souverains en matière économique) et a des frontières maritimes avec 30 pays. Cette immense ZEE devient territoire d’exploration pour les minerais rares et, demain, elle peut devenir espace d’exploitation des ressources marines, minérales et biologiques.

Bien sûr, c’est un marin qui a le mieux parlé de la mer. « Ne traitons pas les mers comme la terre, derrière nos palissades et nos clôtures. Sur terre, nous sommes dans le domaine du déterminisme. La mer est le royaume du probabilisme, » explique l’Amiral Pierre-François Forissier, chef d’Etat-major de la Marine nationale. Et d’illustrer sont propos par le crash du vol d’Air France au large du Brésil, dont on ne connaît toujours pas aujourd’hui le point d’impact, ou par la lutte contre la piraterie dans l’océan Indien, où les pirates sont de plus en plus mobiles. En mer, ce qui est vrai à l’instant T à un endroit déterminé ne l’est plus l’instant d’après, et particulièrement en matière de sécurité. Jean-François Tallec, secrétaire général de la Mer, résume bien ce paradigme marin pour structurer la politique maritime française : « La mer est un milieu unique et mouvant. Il faut faire en sorte que les politiques sectorielles se confortent ainsi que les deux échelles temporelle et spatiale ».