La mixité, mot-clé de la ville durable

C’est une étude originale menée par l’institut Médiascopie que dirige le sociologue Denis Muzet. 200 mots ont été notés pour leur connotation positive ou négative par rapport à la ville de demain. Premier enseignement : la ville durable est un concept accepté, avec une note de 7,1 sur 10. Denis Muzet qui enseigne dans le master « Communication politique et sociale » du département de science politique de l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, connaît parfaitement les ressorts de la communication sociale. Cette étude réalisée à la demande de Bouygues immobilier ne manquera pas d’intéresser tous les décideurs territoriaux. L’Institut Médiascopie a soumis à un échantillon représentatif de 800 Français, résidant dans des villes de plus de 200.000 habitants, 200 mots regroupés dans 12 thématiques en les invitant à les noter de 0 à 10 sur deux échelles, selon qu’ils évoquent quelque chose de positif ou de négatif et qu’ils seront présents dans la ville de demain.

Cette « carte du tendre » des mots de la ville durable est passionnante. Rien d’étonnant que les mots repoussoirs soient béton, grands ensembles, bruit,  pollution, risques sanitaires, énergies fossile et nucléaire, autoroutes urbaines. À l’autre bout du mapping, on trouve les mots de la ville rêvée : espaces verts, eau, respect, convivialité, solidarité, referendum local, ville numérique, commerces de proximité. Au cœur des items fortement positifs, figure la mixité, doublement citée, mixité sociale et mixité fonctionnelle. Et tout cela n’est pas un fantasme de bobo, les Français qui ont répondu à l’enquête constituent un échantillon représentatif des citadins français.

Les élus locaux et les aménageurs urbains doivent entendre cette demande de mixité. Cela commence par la mixité sociale bien sûr en repensant des espaces publics qui fabriquent de la cohésion et du lien social. Cela passe aussi par une plus grande mixité des usages de la ville, logement et services, mobilité et commerce.  À côté de mixité, figure un autre item positif : referendum local. Comme un désir de démocratie.

Bel et le clocher

Tout pour les communes et la France territoriale. « C’est Bel et le clocher », me lance un administrateur du Sénat, content de son bon mot et de sa référence disneyphile. En attendant, pour beaucoup d’observateurs, le nouveau président du Sénat, Jean-Pierre Bel, reste l’inconnu le plus célèbre de France. Pour connaître ses idées, je vous recommande donc la lecture d’un petit livre qu’il a publié en juillet dernier à la Fondation Jean Jaurès dans lequel il présentait ses projets pour le Sénat et pour la relance de la décentralisation. Dans ce livre intitulé LE SENAT A L’HEURE DU CHANGEMENT, Plaidoyer pour un bicamérisme rénové, les collectivités territoriales et l’organisation territoriale de la République tiennent une place centrale. Jean-Pierre Bel s’y affirme comme un réel décentralisateur, avec des convictions fortes sur l’organisation des pouvoirs publics, favorable à une subsidiarité qui évitera les doublons entre l’État et les collectivités locales. Il veut aussi incarner un Sénat rénové, porteur de nouvelles pratiques démocratiques.

Défenseur du bicamérisme, Jean-Pierre Bel a bien compris que l’essentiel de la légitimité du Sénat réside dans sa fonction de grand conseil des collectivités territoriales. « Il est temps de repenser nos institutions et notre organisation territoriale, notre manière de construire des politiques nationales et territoriales, et de prendre enfin en compte l’urgente mise à niveau démocratique de notre système politique. » Et tout son programme repose sur le renforcement du rôle du Sénat dans la représentation des territoires. « Les moyens de l’administration sénatoriale consacrés aux territoires devront être renforcés. » Il propose pour organiser la relation entre l’Etat et les collectivités une « conférence permanente de concertation entre le gouvernement et les associations d’élus. Elle succédera à la Conférence nationale des exécutifs, instance de proclamation où les ministres égrenaient leurs politiques territoriales unilatérales. Le Sénat devra y être représenté et l’animer ». Jean-Pierre Bel franchit un pas supplémentaire en proposant aussi que le Sénat ait un rôle central dans le fonctionnement du Comité des finances locales ; « Le secrétariat du comité des finances locales devra être assuré par une grande direction des collectivités territoriales du Sénat, dont les moyens seront étoffés. » Autre champ d’action : les politiques d’aménagement du territoire. Pour Jean-Pierre Bel, « le nouveau Sénat devra renforcer singulièrement ses moyens internes (Direction des collectivités territoriales), mais également nouer des partenariats stratégiques avec la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar). »

Pour commencer, le nouveau président va organiser dès cet hiver des états généraux des élus locaux « en réunissant toutes les associations d’élus et les acteurs locaux pour définir les priorités d’une relance de la décentralisation renforçant les libertés et les solidarités locales. «  Objectif affiché : « l’abrogation de la réforme territoriale, par la rédaction d’un nouvel acte III de la décentralisation, » qui serait issu d’une vaste proposition de loi sénatoriale.

Aménagement du territoire : grosses têtes et grand Paris

44 % des emplois stratégiques de la France restent concentrés dans le Grand Paris. C’est une étude de l’INSEE Ile de France qui le dit. 60 ans de politique d’aménagement du territoire pour aboutir à ce constat et déplorer les limites du volontarisme en politique. Seul bémol à mettre au crédit du dynamisme des autres régions : entre 1982 et 2007, le nombre de cadres des fonctions métropolitaines a augmenté moins vite à Paris que dans les autres agglomérations (Lyon, Marseille et Toulouse tirent leur épingle du jeu sur les emplois de conception-recherche). Cependant, l’aire urbaine de Paris conserve la première place avec un emploi métropolitain sur deux occupé par un cadre.

Vu de Shanghai  ou de Romorantin-Lanthenay, Paris reste la locomotive. C’est un fait et, dans l’économie-monde de 2011, les arguments pour un pôle parisien puissant sont recevables. Reste à organiser une meilleure mise en réseau des territoires français. Car l’aire urbaine de Paris reste une pompe aspirante, elle attire des cadres des fonctions métropolitaines de chacune des 11 grandes aires urbaines de province. Les migrations résidentielles sont à chaque fois à l’avantage de l’aire parisienne. C’est avec Lyon que l’intensité des échanges est la plus forte. Entre 2002 et 2007, 8.000 cadres des fonctions métropolitaines ont déménagé de l’aire urbaine de Lyon vers l’aire de Paris et 5.500 ont fait le chemin inverse.

Au fait, vous voulez peut-être connaître la définition d’un emploi métropolitain ? Pour obtenir l’ensemble des cadres des fonctions métropolitaines, l’INSEE regroupe les cadres (au sens usuel du terme, c’est-à-dire les professions libérales et assimilées, les cadres de la fonction publique, les professions intellectuelles et les cadres d’entreprises) des cinq fonctions métropolitaines (fonctions liées au commerce interentreprises, à la conception-recherche, aux prestations intellectuelles, à la gestion ou à la culture et aux loisirs), auxquels on a ajouté les chefs d’entreprises de dix salariés ou plus dans ces mêmes fonctions. Ces cadres des fonctions métropolitaines occupent des emplois dits « stratégiques. »

Intercommunalité : donner du temps au temps

L’achèvement de la carte intercommunale attendra. Dimanche dernier, dans le quotidien régional L’Alsace, le ministre en charge des collectivités territoriales, Philippe Richert, l’avait laissé entendre. Les schémas départementaux de coopération intercommunale pourraient être revus à la baisse : « Là où ils paraissent trop ambitieux, des ajustements seront faits. » Le ministre alsacien ouvrait aussi une autre porte de sortie : « autre disposition qui pourra être revue, l’application du regroupement des communes au plus tard au 1er janvier 2013, alors que le renouvellement aura lieu en mars 2014. Il faudra trouver un dispositif pour permettre aux vice-présidents actuels de siéger jusqu’à ce renouvellement… Il y a là des inquiétudes qu’on peut lever. » Le gouvernement devra certainement aller plus loin.

Hier, dans un communiqué, l’Association des Maires de France a enfoncé le coin. L’AMF demande que les schémas qui seront arrêtés au 31 décembre 2011 ne contiennent que les projets consensuels et permettent la poursuite de la concertation locale dans les autres cas. L’association présidée par Jacques Pélissard, député-maire UMP de Lons-le-Saunier, avait déjà tenté d’alerter le gouvernement avant l’été en demandant qu’on prenne le temps de la concertation. En vain. Cette fois, au lendemain des élections sénatoriales et à quelques mois de la présidentielle et des législatives, le gouvernement écoutera certainement les représentants des élus locaux. En accord avec l’AdCF, l’Assemblée des communautés de France que préside Daniel Delaveau, maire PS de Rennes, l’AMF estime qu’ « il faut distinguer, au sein des schémas, les projets qui sont mûrs et consensuels, de ceux qui nécessitent davantage de temps. » L’AMF propose que les schémas arrêtés en 2011 ne contiennent que les propositions prêtes à émerger, que la clause de revoyure soit avancée à fin 2015 (initialement 2017), et, qu’entre temps, le droit commun s’applique pour finaliser les projets arrivés à maturité.

La crainte immédiate des associations d’élus locaux, c’est le couperet du 31 décembre prochain : si les schémas ne sont pas finalisés à cette date, les commissions départementales de coopération intercommunales qui organisent actuellement la concertation, perdront tout pouvoir d’amendement et les préfets auront seuls la main pour décider des évolutions des périmètres communautaires et syndicaux. Une situation intenable pour les élus locaux.

Illustration : L’actualité française vue par le talentueux dessinateur suisse Chappatte. Dessin paru dans Jeune Afrique (2-8 octobre 2011).


Des voies alternatives pour l’investissement local

Puisque de plus en plus de collectivités territoriales sont financièrement exsangues, c’est peut-être le moment de sortir des chemins balisés et d’explorer de nouveaux modes de financement à mobiliser pour le développement local. Je suis allé voir ce qui se passe du côté de l’économie sociale et je suis tombé sur des exemples intéressants d’initiatives citoyennes concernant des projets d’énergie éolienne. Avez-vous entendu parler de la commune de Montdidier (6.000 habitants, Somme) qui a inauguré en janvier 2011 son propre parc éolien ? Dans ce cas, il s’agit d’une régie communale classique, l’électricité produite appartient à la commune, qui la négocie avec EDF. Les éoliennes produisent 19.000 MWh par an, soit plus de la moitié de la consommation électrique de la commune. La maire de la commune, Catherine Quignon-Le Tyrant, que j’avais entendue présenter son projet lors du forum des idées “Biens communs, services essentiels“ organisé par le député de l’Isère, François Brottes, expliquait que le parc public avait l’avantage de « faire bénéficier la population locale de 100% de ses retombées économiques. » Les bénéfices tirés de la vente de l’électricité éolienne à EDF financent des actions de développement durable: enfouissement des réseaux électriques, amélioration thermique des bâtiments communaux, et maîtrise de la demande de l’électricité des particuliers dont l’aide aux installations de chauffage. Il faut préciser que Montdidier avait déjà investi dans des énergies alternatives avec le lancement d’un réseau de chaleur bois, l’installation de panneaux photovoltaïques, et l’isolation thermique de bâtiments publics.

Les Cigales, l’investissement populaire pour les éoliennes bretonnes

À Béganne, aux confins de trois départements, Loire-Atlantique, Morbihan et Ille-et-Vilaine, l’initiative n’est pas pilotée par la mairie, c’est un projet d’initiative citoyenne. Deux parcs éoliens sont en phase de développement, celui de Béganne (Morbihan) et Sévérac-Guenrouët (Loire-Atlantique). Pour la phase d’étude et de développement du projet, les habitants regroupés en association ont initié la création d’une Sarl, réunissant vingt-quatre adhérents de l’association. D’autres habitants du territoire, regroupés en Cigales (Clubs d’Investisseurs pour une Gestion Alternative Locale de l’Economie Solidaire), ont rejoint la Sarl pour soutenir le projet. Au total, 84 particuliers sont associés directement ou via des Cigales dans la société. Le conseil général de Loire-Atlantique a aussi intégré la Sarl à travers sa société d’économie mixte dédiée aux énergies renouvelables, la SEM ENEE 44. Des centaines de particuliers qui suivent le projet depuis des années ont ensuite manifesté leur souhait de participer au financement du parc éolien citoyen de Béganne. Aujourd’hui, il y a déjà 41 Cigales créées ou en cours de création, regroupant plus de 400 personnes pour un investissement de l’ordre de 700.000€.

Il a fallu l’autorisation de l’AMF (Autorité des marchés financiers) puisque le projet associe plus de 99 personnes à une société. Pour régler cette difficulté juridique de l’OPTF (offre au public de titres financiers), et permettre l’émergence d’autres projets éoliens citoyens en France, l’association EPV (Eoliennes en Pays de Vilaine) a initié la création d’un outil financier dédié : la société Énergie, société en commandite par actions (SCA) pour proposer au grand public d’investir dans plusieurs projets de production d’énergies renouvelables et solidaires. Finalement, entre 3 et 4 millions de fonds propres seront assurés par les citoyens et les collectivités locales, et EPV va contracter un emprunt de 8 millions d’euros auprès d’un pool bancaire. Selon l’association, le retour sur investissement se fera au bout de quinze ans.

Selon ma consœur, Lauriane Rialhe (Actu-Environnement), de tels projets d’économie sociale locale, sont très répandus en Europe du Nord : « le Danemark est le pays le plus équipé en éoliennes si l’on compare la puissance installée par habitants. Avant 1996, tous les parcs danois étaient détenus par des particuliers sous des formes coopératives. La loi impose désormais que 20 % des parcs éoliens offrent une participation locale. En Allemagne, leader mondial de l’éolien, dans les années 1990, les investissements étaient portés par des agriculteurs et des particuliers à l’initiative de petits projets. Depuis les années 2000, des fonds de placement ouverts au public ont été crées par des sociétés spécialisées. » Elle raconte l’initiative belge de “l’éolienne des enfants “, menée à Mesnil-Eglise, par l’association Vents D’Houyet. « Soutenus par des subventions européennes, wallonnes et assistés d’un prêt bancaire, 800 enfants ont réuni pas moins de 800.000 euros : leurs parents ont en fait investi 2.000 parts de 100 euros dans la construction de l’aérogénérateur. Ces parts ont permis de financer 25 % de l’investissement, le reste étant pris en charge par des prêts bancaires. Chaque part rapporte 3 % d’intérêts bloqués sur dix ans. »

Coopérative pour le très haut débit dans la ville natale de Van Gogh

Autre exemple réussi dans un domaine différent : à Nuenen (23.000 habitants, Pays-Bas), une coopérative télécom a été créée en 2005 avec les habitants pour développer un réseau en fibre optique. Dans la ville natale de Vincent Van Gogh, cette coopérative fait du développement local grâce à l’épargne populaire locale pour fournir aux habitants les bénéfices d’un accès très haut débit aux services triple play (télévision, téléphonie et Internet ultra rapide) et à des services (terminaux pour assurer des consultations médicales à domicile, la télésurveillance, les transmissions sportives, des services locaux, etc.). 90 % de la population de la ville est ainsi connectée au très haut débit. Le quotidien les Echos a consacré au début du mois une page de reportage sur cette initiative qui pourrait faire des émules. C’est passionnant et prometteur.

Illustration : les investisseurs citoyens de Beganne

 

 

Une entreprise publique vraiment nickel

Voilà une belle histoire pour les militants du développement territorial. Connaissez-vous la SMSP ? C’est la Société minière du Sud-Pacifique, propriété de la Province Nord de Nouvelle-Calédonie que préside Paul Néaoutyine, indépendantiste kanak. Quand la société a été rachetée par la collectivité en 1990, c’était une petite entreprise sous-traitante de la SLN (Société le Nickel, groupe Eramet) qui employait 120 salariés. Aujourd’hui, elle est devenue le leader mondial de la production de nickel. Et merveille du capitalisme mondialisé, cette entreprise qui porte le développement territorial de la Province Nord vient de réaliser un énorme investissement en Corée du Sud qui renforce sa position.

Pour en arriver là, la SMSP a pu compter sur le soutien de la République française qui a accordé à la province et son entreprise les droits miniers pour exploiter d’importants gisements. L’État a aussi facilité les investissements en accordant à l’entreprise le bénéfice de la défiscalisation pour la construction de sa centrale grâce à la loi Girardin (oui, les niches fiscales peuvent être utiles…). Actuellement, la construction de la nouvelle usine du Nord représente un énorme chantier sur lequel travaillent 2.300 Calédoniens à qui Nicolas Sarkozy a rendu visite le 29 août dernier lors de son déplacement dans l’archipel. Voici le discours qu’il a tenu à la population du Nord : « Imaginez pour moi comme président de la République, l’émotion d’être dans la Province Nord, aux côtés du Président de la Province Nord, m’expliquant le projet minier, l’un des plus grands projets au monde, et rencontrant des cadres mélanésiens me disant la fierté qui est la leur, d’avoir acquis ces compétences. Est-ce que vous vous rendez compte du chemin que vous avez parcouru ? Est-ce que vous vous rendez compte que vous êtes tous gagnants en ayant emprunté ce chemin, que personne n’y a rien perdu, y compris la France ! Le nickel est le socle économique sur lequel reposera votre évolution politique, qu’elle soit dans la France ou en dehors. Votre sous-sol abrite plus du quart des réserves mondiales de nickel. Avec le développement des besoins dans les pays émergents, vous serez dans quelques années le deuxième producteur mondial. Le schéma industriel et minier, qui sera achevé avant la fin de l’année, dégagera des orientations stratégiques permettant à la Calédonie de devenir acteur de son développement à long terme, en partageant une vision commune avec les industriels chargés de sa mise en œuvre. »

En phase de production, l’usine emploiera 750 salariés et générera 3.000 emplois directs ou induits. Pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, la SMSP s’est aussi associée à des aciéristes pour créer en Corée du Sud dès 2008 une usine pyrométallurgique de nickel dont le capital est détenu à 51 % par la SMSP. Cette usine a généré des capitaux considérables qui ont permis aujourd’hui le financement de l’Usine du Nord sur le sol de la Province. Et depuis peu, la SMSP vient de décider l’extension de l’usine coréenne de Gwangyang. Elle va passer de 30.000 tonnes à 54.000 tonnes au total en augmentant sa capacité de 24 000 tonnes supplémentaires. En Nouvelle-Calédonie, les mines vont également doubler leur production dans les trois ans. Il y a quelques jours, l’assemblée de la Province Nord dirigée par les élus indépendantistes a voté une délibération accordant une garantie partielle à la SMSP pour le nouvel emprunt destiné à financer sa participation à la construction de l’usine du Nord. Pour la Province Nord, la réussite de la SMSP dans le projet de l’usine du Nord est l’assurance de pouvoir poursuivre, grâce à des remontées de dividendes, sa politique de développement.

 

Faire progresser la diversité par les achats publics

Acheteurs publics, que font vos fournisseurs pour lutter contre les discriminations dans leurs recrutements et favoriser la diversité parmi leurs salariés ? La Ville de Paris vient de prendre une série de mesures pour encourager la diversité et lutter contre les discriminations à l’emploi, via ses marchés publics. La capitale passe environ 4.500 marchés par an, autant d’occasion pour les élus parisiens de faire aussi passer des messages en faveur de la diversité et susciter de bonnes pratiques. Les discriminations à l’emploi restent un réel problème en France : en 2010, elles concernaient 47% des réclamations faites à la HALDE.

Seybah Dagoma, adjointe chargée de l’économie sociale et solidaire, Yamina Benguigui, adjointe chargée des droits de l’homme et de la lutte contre les discriminations et Camille Montacié, adjointe chargée des marchés et de la politique des achats, ont présenté le dispositif qui comprend un questionnaire, qui sera systématiquement joint aux consultations lancées par la direction des achats, à remettre par les candidats au moment du dépôt de leur offre, pour encourager les entreprises à s’interroger sur leurs pratiques en matière de diversité et de non discrimination, et permettre d’identifier les bonnes pratiques pour en assurer la diffusion auprès des fournisseurs ;
un bilan sur les démarches entreprises dans le domaine de la diversité et de la lutte contre les discriminations qui devra être remis à la Ville six mois avant la fin de l’exécution du marché par les titulaires des marchés.

La Ville de Paris souhaite intensifier le recours aux clauses sociales et vérifier leur bonne application, notamment par la convocation obligatoire des entreprises pour en vérifier le bilan. Ces mesures nouvelles  qui ont pour objectif de lutter efficacement contre les discriminations à l’emploi, en accompagnant les entreprises dans leur démarche de responsabilité sociale, feront l’objet d’une évaluation après une phase d’expérimentation. À suivre…

 

 

 

Gestion de l’eau en France : flux et reflux

Cette semaine, les élus de la Communauté urbaine de Bordeaux vont voter pour reprendre progressivement la gestion directe de l’eau et de l’assainissement confiée jusqu’à présent à Suez Environnement et une autre grande ville, la Communauté urbaine de Lyon,  vient d’engager la réflexion sur l’avenir de son contrat de délégation de service public de l’eau qui arrive à échéance fin 2016 avec Veolia. On observe actuellement un grand mouvement de remunicipalisation de la gestion de l’eau en France, commencée à Paris et dont l’onde se propage partout en France. Malgré les efforts des opérateurs pour améliorer la lisibilité de leurs contrats, pour expliquer qu’ils ne sont pas dans une économie de rente, ce mouvement de remunicipalisation est massif. Cela tient principalement à deux facteurs : des contrats de délégation anciens et parfois opaques qui arrivent à échéance ; un lobbying efficace, sur le thème « l’eau est un bien commun de l’humanité » parti de la fondation France Libertés de Danielle Miterrand et habilement relayé par les élus verts et alternatifs au sein des assemblées locales.

Les opérateurs n’en peuvent mais. Dans un entretien récent au quotidien Les Echos, Jean-Louis Chaussade, directeur général de Suez Environnement, regrettait la perte du contrat de Bordeaux : « Bordeaux, c’est la vitrine de nos savoir-faire. Nous y avons réalisé un des systèmes anti-inondation de télécontrôle les plus performants au monde. Je suis prêt à reconnaître nos erreurs, mais je reste persuadé qu’une régie pourrait difficilement se doter de telles technologies. Je crois profondément à la complémentarité entre puissance publique et opérateur industriel. » Le directeur général de Suez Environnement répondait aux accusations de non transparence faites à sa société : « Nous aurons investi à Bordeaux près de 700 millions d’euros à la fin des contrats. Un contrat trop court interdit d’investir dans des projets complexes parce que les investissements ne pourront être amortis sur la durée. Sur aucun contrat dans l’Hexagone nous ne présentons une telle transparence. Depuis 2005, une dizaine de personnes nous auditent en permanence et la CUB suit en continu les données d’exploitation du contrat. Enfin, certains élus et techniciens ont un accès direct à nos comptes dans un dataroom. »

La méthode douce de Brest

Certes, l’eau est un bien commun de l’humanité mais sa gestion a un coût et il faut respecter l’équilibre de cette économie de l’eau. Elle exige la mobilisation de savoir-faire technologiques de pointe dans lesquels, les opérateurs français, Veolia, Suez Environnement ou Saur ont acquis une expertise mondialement reconnue. Dans ce mouvement de réintégration de sa gestion de l’eau, la Communauté urbaine de Brest, Brest Métropole Océane (BMO), a choisi une méthode souple. Elle s’est associée aux communes membres de trois syndicats de distribution d’eau voisins, couvrant le quart de la population du département du Finistère pour créer la SPL (société publique locale) « Eau du Ponant » afin d’assurer la gestion de son eau potable. La nouvelle SPL prendra le relais en 2012 du contrat de délégation de service public passé avec Veolia 25 ans plus tôt. Il s’agit de la première SPL consacrée à la gestion de l’eau.

Ce projet piloté par Maxime Paul, vice-président de Brest Métropole Océane (actionnaire à 90 % de la SPL) fait suite à  la décision des élus locaux d’un retour à une gestion publique.  L’élu brestois estime que le contrat d’affermage signé en 1987 avec Veolia pour une durée de 25 ans manquait de transparence. Pour lui, la SPL, officiellement créée le 1er janvier 2011, était l’outil le plus adapté à une mutualisation des moyens tout en laissant à chaque territoire l’autonomie et l’initiative dans certains domaines tels que la politique tarifaire ou le montant des investissements. Pour Maxime Paul, « un syndicat mixte aurait été obligé d’unifier le service pour l’ensemble des 280 000 habitants concernés » sans tenir compte, par exemple, des différences entre territoires urbaines et ruraux. De même, Les élus brestois trouvent cette formule de réintégration assez souple puisque la communauté urbaine a choisi de confier la gestion de son eau à la SPL en affermage tandis que d’autres collectivités pourront choisir la concession. À Brest, les personnels seront transférés à la SPL mais Veolia gardera une mission de sous-traitant de la SPL dans les usines de traitement avec une trentaine de salariés.  Cette sous-traitance a fait l’objet d’un marché entre la SPL et Veolia qui continuera à mettre en œuvre son savoir-faire.

 

 

 

 

Vive Jeremy Rifkin et l’empathie

Il faut lire le dernier livre de Jeremy Rifkin, « UNE NOUVELLE CONSCIENCE POUR UN MONDE EN CRISE », sous-titre « Vers une civilisation de l’empathie » (Editions Les Liens qui libèrent) car il donne des raisons d’espérer. Ce livre est un monument. L’essayiste américain convoque l’histoire, les sciences sociales et les sciences dures pour nous dire que nous sommes à la veille d’une révolution de civilisation et que nous entrons dans une société de l’empathie. Oui, l’homme est altruiste et l’économie de réseau qui est en gestation va le confirmer. La lecture de cette somme est stimulante. Jeremy Rfikin fait preuve d’une immense érudition, jamais pédante. Pour ceux qui ne connaissent pas Rifkin, je précise qu’il est fondateur et président de la Fondation pour les tendances économiques (Foundation on Economic Trends ou FOET) basée à Washington, il est l’auteur de plusieurs best-sellers, dont Le Rêve européen ou La Fin du travail. Avec lui,  on relit l’histoire comme un film en accéléré. Il  jalonne le développement de l’empathie humaine en grandes phases qui nous conduisent des civilisations théologiques à l’âge idéologique des XVIIIème et XIXème siècles, puis à l’ère psychologique du  XXème siècle. Il remarque qu’on nous présente toujours l’histoire comme une suite de luttes de pouvoir faites par des furieux et des rebelles, alors que l’humanité progresse vers la compassion en tissant des liens sociaux, au fil des cycles économiques où les échanges se réinventent différemment.

Jeremy Rifkin cite l’anthropologue George Grant MacCurdy pour qui « le degré de civilisation de chaque époque, peuple ou groupe de peuples,  se mesure à son aptitude à utiliser l’énergie pour les progrès et besoins humains. »  Jeremy Rifkin estime que dans l’économie en train de naître aujourd’hui,  « la tâche cruciale est d’imaginer un régime énergétique et une révolution économique où les formes d’énergie utilisées seraient de proximité immédiate, distribuées assez équitablement sur toute la terre, d’accès facile et gratuit, et enfin renouvelables au rythme des cycles de la biosphère. » Et sa démonstration est très crédible. Pour lui, « nous sommes au premières lueurs d’une nouvelle conscience biosphérique » dont il décrit les contours.  Jeremy Rifkin n’a rien d’un illuminé. Grand pédagogue et visionnaire il délivre dans ce livre une grande leçon utile pour le vivre ensemble.

 

 

 

 

 

Métropoles : drôles de pôles

C’était vendredi dernier à l’occasion d’un débat sur les solidarités territoriales au congrès des administrateurs territoriaux à Saint-Etienne. Emmanuel Berthier, Délégué à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR), vantait les mérites des pôles métropolitains, ces réseaux de villes consacrés par la loi de décembre 2010, relative à la réforme territoriale, comme outils de développement à l’exemple du Sillon lorrain entre Nancy et Metz. Maurice Vincent, maire de Saint-Etienne et président de la communauté d’agglomération a cassé l’ambiance en évoquant le succès d’un autre type de pôle métropolitain. Alors que se discutent en ce moment, dans le cadre des commissions départementales de coopération intercommunale, les futurs contours des agglomérations, beaucoup d’élus de communautés de communes périphériques refusent toujours de se fondre dans une grande communauté d’agglomération avec la ville centre. Et comme alternative, ils proposent de créer un pôle métropolitain de proximité, ou pôle métropolitain de territoire. Cette forme de coopération peu contraignante aurait la faveur de beaucoup d’élus locaux. À Marseille, alors que Jean-Claude Gaudin, maire de la ville centre, propose de faire de la communauté urbaine une métropole, le président du conseil général, Jean-Noël Guérini, plaide pour un pôle métropolitain, sous forme de syndicat mixte. À  Dunkerque, on travaille sur un projet d’aire métropolitaine entre la communauté urbaine et cinq communautés de communes à l’initiative du maire de Dunkerque, Michel Delebarre.

Que dit la loi du 16 décembre 2010 à propos des pôles : « Le pôle métropolitain est un établissement public constitué par accord entre des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre, en vue d’actions d’intérêt métropolitain en matière de développement économique, de promotion de l’innovation, de la recherche, de l’enseignement supérieur et de la culture, d’aménagement de l’espace par la coordination des schémas de cohérence territoriale dont le périmètre est identique à celui des établissements publics de coopération intercommunale qui composent le pôle, et de développement des infrastructures et des services de transport au sens des articles L. 1231-10 à L. 1231-13 du code des transports, afin de promouvoir un modèle de développement durable du pôle métropolitain et d’améliorer la compétitivité et l’attractivité de son territoire, ainsi que l’aménagement du territoire infra-départemental et infra-régional.» (article L. 5731-1 du Code général des collectivités territoriales). L’alinea suivant de la loi précise que « le pôle métropolitain regroupe des EPCI à fiscalité propre formant un ensemble de plus de 300 000 habitants. L’un d’entre eux compte plus de 150 000 habitants. »

Va-t-on assister partout à l’éclosion de ces drôles de pôle de métropole ? Rappelons que la réforme territoriale a pour objectif de rationaliser la carte intercommunale et de réduire le nombre de communautés et syndicats. Le scénario des pôles métropolitains de territoire, en favorisant le statu quo entre la communauté urbaine (ou d’agglomération) et ses communautés de communes périphériques ne réduira pas le nombre d’EPCI, et va même créer de nouveaux syndicats. Il reste décidemment plus facile en France de faire des additions que des soustractions.