Alertez les bébés

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Savez-vous que la France dépense plus de 4,7 % de son PIB pour la politique familiale, soit 4,8 milliards d’euros ? C’est deux fois plus que nos voisins européens, comme le rappelait Olivier Peraldi, ancien Délégué interministériel à la famille, mardi dernier, à l’occasion de la Convention nationale du Parti radical consacrée à la famille. Cette politique volontariste a connu plusieurs évolutions : après l’effort nataliste général au lendemain de la dernière guerre, on est passé à des politiques ciblées et depuis 2003, l’effort porte sur l’accueil du jeune enfant. Roselyne Bachelot a présenté hier en Conseil des ministres un bilan à mi-parcours du plan de développement de la garde des jeunes enfants 2009-2012. En 2010, la France a connu une augmentation exceptionnelle du taux de fécondité. Celui-ci dépasse à nouveau le seuil symbolique de deux enfants par femme, avec un total de 828.000 naissances. Ce résultat montre l’efficacité de la politique familiale française, en conclut la ministre des Solidarités et de la cohésion sociale.

Le Gouvernement a fixé pour objectif la création de 200.000 solutions de garde individuelles et collectives supplémentaires en quatre ans, sur la période 2009-2012. Concernant l’accueil collectif, environ 40.300 places nouvelles ont été créées en deux ans: 20.303 places en 2009 et près de 20.000 en 2010. Ce rythme de création devrait se maintenir en 2011. Aujourd’hui 92.000 enfants sont accueillis en crèche collective. Cet effort est principalement porté par les collectivités territoriales, communes et parfois départements (pour les départements de la première couronne d’Ile-de-France), très loin devant les crèches d’entreprise ou les crèches privées.

La ministre se félicite aussi du développement de l’accueil individuel par les assistantes maternelles mais elle ne dit pas un mot des collectivités territoriales : organisation et gestion de services de la petite enfance, frais de fonctionnement et de personnel pour une activité de service qui exige un fort niveau de qualité et de sécurité. Certes, l’Etat a mobilisé les moyens de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) pour financer son plan de développement de la garde des jeunes enfants 2009-2012. Une convention conclue entre l’Etat et la CNAF prévoit une augmentation de l’enveloppe annuelle du Fonds national d’action sociale, qui va passer de 3,7 milliards d’euros en 2008 à près de 5 milliards d’euros en 2012. Mais il convient de rappeler que la plus grande partie de l’effort pour la garde des jeunes enfants est porté par les communes et les départements. Le Gouvernement ne perdrait rien à rappeler cette co-production de politiques publiques entre Etat, collectivités territoriales et organismes sociaux.

8 mars : le jour d’après

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Au lendemain de la Journée internationale des femmes, qu’est ce qu’on fait ? Lors du colloque organisé, hier, 8 mars, par l’Association des administrateurs territoriaux de France en partenariat avec l’Association des maires de France, à l’occasion de la publication d’un rapport sur l’accès des femmes aux postes de direction générale des grandes collectivités locales , tous les intervenants ont conclu à la nécessité d’objectifs chiffrés et à la mise en place de politiques locales volontaristes. Les quotas sont une nécessité pour progresser. De Muriel Sam Giao, administratrice territoriale, qui a coordonné le rapport des administrateurs territoriaux à Françoise Guégot, député UMP de Seine-Maritime, qui vient de remettre un rapport au président de la République sur l’ensemble des fonctions publiques, tout le monde reconnaît qu’il faut des objectifs chiffrés. Françoise Guégot propose un objectif de 40 % de femmes ou d’hommes. L’ancienne ministre socialiste, Dominique Gillot explique que pour la parité dans le personnel politique, seuls les quotas ont été efficaces. Au passage, la députée Mari-Jo Zimmerman (UMP Moselle), présidente de la Délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, déplore le recul que va constituer le mode d’élection des conseillers territoriaux, au suffrage uninominal. Pour cette raison, elle n’a pas voté la réforme territoriale.

Oui, les femmes restent sous-représentées dans les directions générales des grandes collectivités territoriales : elles représentent moins de 10 % des DGS (directeurs généraux des services) et moins de 25 % des DGA (directeurs généraux adjoints). Le rapport des administrateurs territoriaux montre qu’elles se heurtent non pas à un seul mais à plusieurs plafonds de verre, qui s’enchaînent et se cumulent. Les administrateurs territoriaux font 15 propositions pour améliorer l’accès des femmes à ces postes de direction. Cela passe par la publication d’indicateurs (pourcentage de femmes à des postes de direction, écarts moyens de rémunération entre hommes et femmes par catégorie, etc) dans le bilan social annuel de chaque collectivité, pour susciter la prise de conscience et le débat. Il faut encourager des politiques locales volontaristes, lutter contre les stéréotypes et réorienter la politique de ressources humaines pour imposer pour chaque poste d’avoir des candidats des deux sexes.Le rapport préconise aussi de développer des aménagements et une organisation du temps de travail visant à faciliter la conciliation vie professionnelle/vie personnelle. 

Illustration : l’organigramme exclusivement masculin de la direction générale de Nantes Métropole, présidée par Jean-Marc Ayraud, actuellement en ligne sur le site de la communauté urbaine. Mise à jour indiquée au 5 juillet 2010. S’il y a eu des changements nous ne manquerons pas de les signaler. Dans la version détaillée, on peut trouver des femmes mais elles sont toutes en position n-1.

101e département français, contradictions françaises

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Les cantonales ne passionnent personne, sauf à 8.000 km de Paris. À la fin du mois de mars, au lendemain de ces élections, la France comptera un nouveau département. La collectivité de Mayotte qui avait déjà un conseil général deviendra département de plein exercice. À l’heure de la réforme territoriale qui proclame la simplification administrative, cette consécration de Mayotte en département semble anachronique et même dangereuse pour beaucoup d’observateurs. Cette départementalisation va s’accompagner d’un relèvement progressif des prestations sociales et du transfert de compétences de l’Etat au département sur le modèle métropolitain. Certains font remarquer que cette réforme ne va faire qu’accentuer les déséquilibres régionaux, économiques, sociaux, politiques dans l’océan Indien entre les Iles des Comores, Grande Comore, Mohéli, Anjouan qui constituent un État indépendant, l’Union des Comores, et leur île sœur de Mayotte qui a choisi de rester française par référendum en 1974.

Mayotte (185.000 habitants officiellement) est déjà devenue une bombe démographique, précipité de toutes les contradictions françaises. La population a été multipliée par quatre en moins de 30 ans. Plus de 60 % des habitants sont âgés de moins de 25 ans. La maternité de L’hôpital de Mayotte détient le record de France des naissances annuelles. En 2009, plus de 8.000 bébés ont vu le jour à la maternité de Mamoudzou, le chef-lieu. Il faut dire que les Comoriennes entrées clandestinement représentent 70 % des parturiantes. 75.000 étrangers en situation irrégulière vivraient sur l’île. On les comprend, la nationalité française est un puissant aimant. En miroir avec cette maternité modèle, coexiste un centre de rétention pour les clandestins dont le fonctionnement est régulièrement dénoncé par les ONG comme une honte pour la patrie des Droits de l’homme. Il faut dire que la chasse aux clandestins occupe gendarmes et douaniers en permanence. Les Comoriens débarquent sur les plages de jour comme de nuit, venant de l’île la plus proche à 30 km de Mayotte. En 2009, plus de 300 kwassas, petits bateaux de pêche, ont été interceptés par les gendarmes français. Certains chavirent et leurs passagers meurent en mer avant d’atteindre ce qu’ils prennent pour un eldorado.

La départementalisation va accroître l’attractivité de l’île française : l’attribution du RSA commencera en 2012, au taux de 25 %, avec un relèvement progressif pour atteindre 100 % dans 25 ans. Est-ce le destin des nouveaux-nés de la maternité de Mamoudzou de devenir allocataires du RSA ? Car les projets de développement font défaut pour les Comores. Les tensions s’exacerbent entre les Mahorais et les clandestins comoriens qui vivent à Mayotte. Les îles indépendantes des Comores sont reléguées dans la pauvreté à l’ombre de Madagascar, au fil des crises politiques successives. Le statut de Mayotte reste contesté par l’Union des Comores, l’Organisation des Nations unies et l’Union africaine au nom de l’intégrité territoriale de l’archipel. Depuis 1975, l’Union africaine considère ce territoire comme occupé par une puissance étrangère (Résolution 3385 du 12 novembre 1975 des Nations unies). Quelle solution dans le respect de nos compatriotes mahorais, dans l’intérêt de la France, et pour le développement de cette sous-région de l’océan Indien ? Est-on bien sûr que ce puisse être la départementalisation ?

Illustration : l’ancienne préfecture de Mayotte construite sur des plans de Gustave Eiffel.

La grande misère des musées français

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Le succès de l’exposition Monet qui a accueilli plus de  900.000 visiteurs à Paris ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. « Trop de musées sont en situation de grande précarité », déclare Christophe Vital, président de l’AGCCPF, l’Assemblée générale des conservateurs de collections publiques de France qui vient de publier un livre blanc sur la situation alarmante des musées de France. Dans une interview à la Lettre du Secteur Public , ce conservateur explique que « 60 % des établissements n’emploient pas plus de 4 agents, 73 % ont moins de 30.000 visiteurs par an. Le coût moyen des expositions au Grand Palais est de 2,4 millions d’euros, contre dix fois moins en région. Cette économie de marché gagne le secteur et le fragilise. Sur les 400 millions d’euros attribués par le ministère de la Culture aux musées, seulement 10 % vont aux musées territoriaux. »

Les conservateurs de musée sont inquiets. Ils estiment que dans le contexte économique et financier actuel, le secteur culturel est plus vulnérable et les musées sont les premiers touchés par les restrictions budgétaires. Les réformes successives font que l’État a moins de poids et de pouvoirs sur les musées. Enfin, la réforme territoriale soulève beaucoup d’interrogations. « Si je prends l’exemple des conservations départementales, on ne sait pas ce qu’elles vont devenir dans le futur champ de compétences des départements », constate Christophe Vital, « il y a 1.200 musées, labellisés « musées de France », selon la loi de 2002. Cela constitue un maillage important pour nos territoires. Mais cela correspond à une grande diversité. C’est à la fois la richesse et la faiblesse des musées, avec la différence entre les grands musées dotés de moyens importants et des petits musées qui ont peu de moyens et un nombre de visiteurs très faible. »

Autre motif d’inquiétude : on ne forme pas assez de conservateurs et de personnels qualifiés. « Nous allons assister à des départs massifs en retraite et ces personnels ne sont pas remplacés, on ne forme pas assez de conservateurs. Il faut que l’État fasse respecter la loi dans le domaine des recrutements. Nous demandons aussi que l’État redéfinisse son rôle, ait une action péréquatrice pour que des musées qui sont actuellement en souffrance, notamment dans des villes moyennes, fassent l’objet d’un soutien sous forme contractuelle. On s’intéresse peu aux coulisses des musées, on privilégie les expositions aux dépens des réserves et de la conservation des collections », conclut le président de l’ AGCCPF.

Vive la proximité

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C’était il y a quelques jours, dans la Salle Victor Hugo à l’Assemblée nationale. Lors des premières Assises de la proximité, organisées avec les parlementaires, membres du Conseil stratégique du commerce de proximité, Jacques Marceau a lancé le Manifeste des services et commerces de proximité.Ces rencontres ont été l’occasion de vérifier que la France des petites villes et des villages n’est plus celle que les clichés nostalgiques continuent à propager.Les services de proximité se réinventent, pas seulement les grands services publics qui réorganisent leurs réseaux, comme la Poste, mais l’ensemble des services et commerces qui constituent l’armature de l’économie de proximité. Et cette proximité est compatible avec Internet…

Olivier Babeau, professeur à Paris-Dauphine, a bien montré qu’on peut espérer « un retour du coin de la rue » car « notre économie est aujourd’hui moins faite sur le produit que sur le service ».Et il cite cette définition de l’artisan faite par Assan Zaoual, spécialiste de la socio-économie de proximité : « l’artisan n’est pas un homo economicus tel que le pense le savoir économique classique. L’artisan est un homme territorial, c’est-à-dire multidimensionnel. Son but n’est pas de maximiser le profit mais de vivre en harmonie avec son environnement. L’artisan a donc une responsabilité sociale que n’ont pas les grandes entreprises et la sphère financière. » Les élus locaux présents, Jean Girardon pour l’Association des maires de France, et Vanik Berberian, président des Maires ruraux, ont insisté sur cette nécessité de remettre de l’urbanité dans les centres villes et de consolider des équilibres souvent fragiles.

Le e-business peut aussi venir en appui à l’économie de proximité. Le député de Nièvre, Christian Paul, expliquait fort justement que de nouvelles communautés sociales en ligne se créent autour de la proximité. Il vient de recruter pour le Nivernais, un spécialiste du web-marketing. Des entreprises comme le Groupe Pages jaunes, proposent de nouveaux moyens de géolocalisation et les créations de sites Internet pour les TPE et PME pour moins de 1.000 €.Car les entreprises françaises sont encore en retard : 26 % seulement ont un site Internet (plus de 50 % chez nos voisins européens). Le buzz au service de la proximité fonctionne bien. Aux acteurs de l’économie de proximité de s’emparer de ces nouveaux outils pour faire vivre leurs territoires.

Petit Paris

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À la veille du week-end, les magazines s’interrogeaient : « Paris va-t-il perdre Roland Garros ? » Émoi… Le célèbre tournoi de tennis allait-il disparaître de la capitale au profit de Munich, Lyon ou Barcelone ? Non, il s’agissait seulement du maintien du site de Roland Garros à la Porte d’Auteuil ou de son déplacement au delà du boulevard périphérique, à Versailles, Marne-la-Vallée ou Gonesse. Ce dimanche, la Fédération a choisi le statu quo parisien. À l’heure du Grand Paris, ce débat paraît non seulement déplacé mais aussi ridicule. Il apporte la preuve de l’absence de gouvernance de l’aménagement francilien.

On comprend Bertrand Delanoë. Le maire de Paris ne pouvait pas se permettre de laisser filer Roland Garros hors des limites administratives – et électorales – de la capitale, au risque de donner des arguments à son opposition municipale sur l’inexorable déclin de la ville. La municipalité parisienne a donc fait flèche de tout bois pour le maintien du site du XVIème arrondissement, quitte à sacrifier une partie des serres d’Auteuil qui sont pourtant classées. La Fédération française de tennis et Bertrand Delanoë vont sûrement devoir affronter de multiples recours et le juge sera conduit à trancher. Cela devient une habitude. Quand, les responsables politiques refusent de prendre leurs responsabilités, ils laissent le juge avoir le dernier mot.

Depuis cinq ans, on nous parle du Grand Paris, mais aucune autorité de gouvernance n’a vu le jour. Si bien qu’une concurrence stérile et picrocholine s’installe entre les collectivités locales franciliennes. Vu de New-York, où l’US Open a quitté depuis longtemps Forest Hills pour prendre ses quartiers à Flushing Meadows, le débat parisien semble dérisoire. Au fait, Auteuil et Passy n’appartenaient pas à Paris, il y a seulement 150 ans. Faut-il déplacer Roland Garros sur le Champ de Mars à l’ombre de la Tour Eiffel pour en faire un événement parisien authentique ?

 

 

Soleil vert

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Installer 270 000 retraités européens dans le Sahara marocain. Que faut-il en penser ? C’est un dossier de presse que j’ai reçu récemment. Il présente le projet Morocco Riviera qui se situera dans le sud du Maroc: « Ce projet s’inscrit dans un environnement écologique et naturel incomparable et exceptionnel : près de 8 km de plage avec du sable d’une blancheur immaculée, une vue imprenable. » Et l’argumentaire se poursuit ainsi : « Morocco Riviera est un projet immobilier avec des maisons de retraite médicalisées, à vocation sociale et environnementale durable, pour des seniors européens et au bénéfice de la population marocaine sahraouie (…) La capacité immobilière du projet,s’étendant sur 15 ans et en trois phases, permettra la venue de 270.000 retraités senior européens. »

Les promoteurs du projet estiment que Marocco Riviera générera plus de 30.000 emplois directs et indirects. « L’ambition d’ALG & LIBRA Capital Ltd est de faire passer ce site d’une économie primaire en panne à une économie tertiaire et industrielle, renforçant l’attractivité dudit site et de la région, tout en s’inscrivant dans le droit fil des Hautes Directives De Sa Majesté Le Roi Mohamed VI, pour un développement durable des provinces sahariennes du Maroc », explique le dossier de presse. Le mécanisme financier du projet a été confié à des institutions suisses par des bailleurs de fonds de l’émirat d’Abu Dhabi et du sultanat d’Oman. Le projet est entièrement vert : écomobilité, qualité environnementale des bâtiments,respect d’une charte écologique.

De l’autre côté de l’Atlantique, aux USA, ce concept de villes pour seniors fonctionne à plein. Les retraités américains de Boston ou Chicago vont réchauffer leurs vieux os en Floride. La rive sud de la Méditerranée et maintenant le Sahara vont-ils connaître le même phénomène ? Nos maisons de retraite vont-elles migrer au sud, où la main d’œuvre est moins chère et le soleil plus clément. J’animais il y a quelques semaines au Palais des congrès de Paris, lors du SIMI, un débat sur l’immobilier de service et les établissements pour personnes âgées. Le président d’un des principaux groupes français d’hébergement pour personnes âgées constatait que, si les jeunes retraités apprécient de s’expatrier au soleil, ils reviennent en France plus près de leurs enfants au moment du grand âge, des problèmes de santé et de la dépendance.

La nostalgie de Venise

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Jean-Claude Barreau aime Venise. Pas la vitrine touristique, non, il est amoureux de la Sérénissime, il a la nostalgie de la ville-État, de cette thalassocratie qui fut ville-monde avant l’heure. Son dernier livre Un capitalisme à visage humain. le modèle vénitien (Ed. Fayard) remonte le temps à la rencontre de Venise, de son organisation politique, son génie économique, son urbanisation unique, sa culture et son art de vivre.

N’en déplaise aux zélateurs de Max Weber, Jean-Claude Barreau développe la thèse que, bien avant les protestants, les Vénitiens inventèrent le capitalisme moderne (la Bourse, les banques, la lettre de change, la comptabilité double), mais aussi l’écologie au quotidien, une certaine forme de laïcité, le non cumul des mandats et la justice égale pour tous. Bref, l’amoureux Barreau pare l’oligarchie vénitienne de toute les vertus du vivre ensemble. Tout simplement parce que les riches qui dirigeaient cette ville-État avaient à cœur de la préserver, de faire fructifier le bien commun et non de le consommer.

« Venise aimait le profit, mais avait compris, dans sa sérénissime sagesse, qu’à long terme le profit ne saurait ignorer le bien commun, Venise était une économie mixte, alliant les capitaux et l’État », écrit Jean-Claude Barreau. Pour lui, c’est l’exemple achevé d’une économie keneysienne qu’il propose en modèle pour notre société parce que Venise inventa un capitalisme intelligent, respectueux de son peuple, fondé sur le sens de l’État de ses dirigeants. Et si Venise a périclité, c’est à cause de la sclérose de ses élites dirigeantes. Ce livre très plaisant donne envie d’en savoir plus sur la Sérénissime et de tomber, nous aussi, sous le charme de la République de Marco Polo, Casanova, Canaletto ou Hugo Pratt. Entre nostalgie et tentation de Venise.

 

Le covoiturage, ça roule

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De plus en plus de collectivités territoriales s’impliquent dans le covoiturage et ce nouveau mode de mobilité se développe rapidement. Ne pas confondre autopartage et covoiturage. L’autopartage est la mise à disposition de véhicules en location courte ou par mutualisation de flotte automobile, tel Autolib qui sera opérationnel à Paris dès l’automne prochain ; le covoiturage consiste à partager un véhicule entre plusieurs passagers pour effectuer un trajet identique, domicile-travail, domicile-étude, longue distance ou loisirs. Selon une étude de l’Ademe, en juin 2010, trois millions de personnes pratiquent le covoiturage principalement sur des trajets entre le domicile et le lieu de travail en France. Les usagers covoiturent principalement sur des trajets domicile travail (sur des trajets de moins de 60km) que ce soit ceux issus des services  »entreprise » (81% de trajets domicile-travail) ou ceux issus des services  »tout public locaux » (67%).  L’outil de mise en relation privilégié des services de covoiturage est Internet, si bien qu’on peut parler de nouvelles mobilités 2.0.

Les conseils généraux aménagent de plus en plus de parkings dédiés au covoiturage. Ainsi le département de Seine-Maritime, après avoir ouvert un site Internet dédié au covoiturage auquel aujourd’hui adhèrent de nombreuses institutions départementales (administrations, collectivités, entreprises), puis mutualiser ce site avec celui du département de l’Eure, a réalisé un schéma d’aires de covoiturages. Il s’agit d’aménager aux abords des principaux axes routiers pénétrants dans les agglomérations des aires où les gens pourront se retrouver, laisser leur voiture et emprunter soit le véhicule de l’un d’entre eux, ou le cas échéant un service de transport collectif. Le conseil général des Côtes-d’Armor a voté son schéma départemental dès 2007 et finalise l’aménagement d’une quinzaine d’aires de covoiturage d’ici à 2012. De plus en plus de conseils généraux se dotent de sites dédiés, avec des chartes d’utilisation du service de covoiturage et réalisent leurs schémas d’aires de stationnement.

Depuis septembre dernier, le conseil général de l’Isère teste l’é.covoiturage ou covoiturage « dynamique« . Il s’agit d’une expérimentation de covoiturage en temps réel entre le plateau du Vercors et Grenoble. Passagers et conducteurs s’inscrivent sur le site Internet du conseil général et reçoivent les informations (demandes, disponibilités, points relais…) en temps réel sur leurs téléphones mobiles par SMS. Cette expérimentation a été rendue possible par l’évolution technologique. Première application de covoiturage dynamique, elle est développée par Covivo, et associe géo-localisation  et internet mobile. Comme l’explique les promoteurs de cette initiative, la voiture a atteint, aujourd’hui, ses limites écologiques et elle représente le deuxième budget des ménages, juste après le loyer. Le transport collectif a aussi ses limites et ne peut répondre à toutes des les demandes de déplacements et il est financé pour l’essentiel par le contribuable (85 % du financement public). Ce covoiturage dynamique constitue une alternative prometteuse.

 

 

Jaimeattendre.com pour en finir avec les files d’attente

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Voilà un projet épatant qu’il faut faire connaître. De plus en plus de mairies, préfectures, CPAM, centres des impôts et établissements publics figurent sur le site Jaimeattendre.com, ce portail qui aide à éviter les heures d’affluence et permet aussi aux services de mieux satisfaire les usagers. Des lieux culturels tels que le Musée des Beaux Arts de Lyon, le musée d’Orsay ou le Futuroscope figurent déjà sur le site.

« J’aime attendre » est une initiative lancée par Emmanuel Alquier et Jocelyn Richard en octobre 2009. Voyant le succès que leurs premiers tableaux d’affluence ont rencontré, ils ont décidé de transformer l’aventure en véritable entreprise et l’équipe s’est depuis complétée. Leur mission est de permettre au grand public d’éviter de perdre son temps au téléphone ou dans des files d’attente, de réduire les coûts en lissant les flux d’appels et de visiteurs reçus par les organismes présents sur « J’aime attendre » tout en augmentant la satisfaction de leurs usagers ou clients. Le site donne aussi des conseils aux usagers dans leur relation avec les administrations. Le jeudi est ainsi recommandé comme un jour globalement plus creux.

Le service est gratuit pour les administrations et établissements publics qui figurent sur le site. « J’aime attendre » a aussi développé des outils dédiés aux professionnels des secteurs public et privé qui permettent de lisser le trafic d’appels ou de visiteurs reçu, par la mise à jour de tableaux d’affluence, avec des fonctions en ligne pour inciter les internautes à utiliser les outils de « selfcare » déjà existantes (agent virtuel, communauté d’entraide, FAQ, etc.) ou des canaux autres que l’appel (e-mail, webchat), ou pour faciliter la gestion d’événements imprévus générant des pics de trafic par la diffusion de flash info ciblés.